Aide française à la reconstruction d'Haïti - Un canular qui ne fait pas sourire les autorités

Le regroupement responsable du canular avait laissé croire que la France verserait 17 milliards d’euros pour la reconstruction d’Haïti, victime d’un séisme le 12 janvier dernier.
Photo: Agence Reuters Eduardo Munoz Le regroupement responsable du canular avait laissé croire que la France verserait 17 milliards d’euros pour la reconstruction d’Haïti, victime d’un séisme le 12 janvier dernier.

Un groupe de militants dont font partie des Québécois a revendiqué la création d'une réplique du site du ministère français des Affaires étrangères et européennes sur lequel Paris annonçait prétendument son intention de verser 17 milliards d'euros à Haïti pour aider à la reconstruction du pays. Un canular qui n'a pas fait sourire les autorités politiques, qui étudient la possibilité d'intenter des recours judiciaires contre ses auteurs.

Le regroupement en question, qui se fait appeler le Comité pour le remboursement immédiat des milliards envolés d'Haïti (CRIME), a mis en ligne le 14 juillet ce site très similaire au site officiel. Mais celui-ci marquait un virage pour le moins marqué dans la politique de l'Hexagone à l'égard de la «perle des Antilles».

On pouvait ainsi y visionner une vidéo dans laquelle une prétendue porte-parole du Quai d'Orsay annonçait fièrement «l'initiative la plus ambitieuse jusqu'ici pour la reconstruction d'Haïti», initiative par laquelle la France s'engageait «à rembourser les 90 millions de francs or qu'elle avait exigés de la part d'Haïti pour le dédommagement des colons, à la suite de son indépendance, au début du XIXe siècle». En y ajoutant des intérêts annuels de 5 %, la somme totale s'élèverait aujourd'hui à 17 milliards d'euros, ou 21 milliards $US. «Séisme en Haïti: la France se hisse au premier rang des pays donateurs avec un engagement de 17 milliards d'euros», titrait aussi le communiqué envoyé à différents médias.

«Certains diront que le contexte actuel de crise financière internationale n'est pas le meilleur moment pour un plan aussi ambitieux, soulignait la fausse porte-parole du ministre au cours d'une conférence de presse factice. Mais c'est justement dans une telle situation [...] que nous nous devons de revenir à nos valeurs fondamentales: "liberté, égalité, fraternité". Celles-ci doivent devenir les piliers de l'économie mondiale si nous voulons cette fois-ci nous assurer que les Haïtiens puissent, eux aussi, bénéficier de la prospérité économique.» Un style de militantisme qui rappelle beaucoup les Yes Men, ce groupe américain qui a multiplié les pastiches du même genre au cours des années.

Certains médias ont rapporté la nouvelle, dont l'Associated Press, le Nouvel Obs et le New York Times. Mais Paris a rapidement démenti la nouvelle et a fait fermer le site, qui a depuis été ouvert à une nouvelle adresse. L'Express a pour sa part tenté de remonter la piste des faussaires. Celle-ci conduirait à Montréal. Une source a d'ailleurs confirmé au Devoir que des militants québécois avaient pris part au canular.

Pour la porte-parole du groupe, l'important était d'attirer l'attention sur la misère qui sévit en Haïti. Selon celle qui s'est présentée sous le pseudonyme de «Laurence Fabre», la très vaste majorité des pays qui avaient promis leur aide financière à la suite du tremblement de terre de janvier dernier n'ont toujours rien versé. Le Devoir soulignait d'ailleurs récemment que six mois après le violent séisme qui a dévasté Haïti, le Canada n'a toujours pas versé sa contribution promise de 400 millions au Fonds de reconstruction d'Haïti. Et il n'est pas le seul. À peine 1,9 % des 5,4 milliards $US promis à court terme par la communauté internationale ont été versés jusqu'à maintenant.

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