Haïti - Le règne des tentes n'est pas terminé

En Haïti, des milliers de déplacés vivent sous les tentes.<br />
Photo: Agence Reuters St Felix Eves En Haïti, des milliers de déplacés vivent sous les tentes.

En matière de logement, l'attente sera beaucoup plus longue pour la majorité des centaines de milliers de déplacés vivant sous les tentes.

Plusieurs projets de maisons semi-permanentes ont été annoncés dans le dernier mois. La Croix-Rouge canadienne, par exemple, devrait en construire 4500 à Léogane et 3000 à Jacmel d'ici l'automne 2011. Pour l'instant, seules 47 de ces maisons ont été complétées, qui devraient recevoir leurs résidents cette semaine. Plusieurs ONG ont fait des annonces similaires et de nombreux projets-pilotes audacieux sont en cours, tels que des maisons faites de pneus ou de bouteilles de plastique. Le gouvernement haïtien vient également de lancer un concours d'architecture de maisons qui se terminera en octobre.

Mais la capacité de construction limitée constitue un frein. Dans les camps, les gens voudraient pourtant retourner dans leur maison ou sur le terrain de leur ancienne maison avec leur tente. C'est le cas de Marie-Michèle Dorilas, qui habite le gigantesque camp sur le site du club de golf Pétion-Ville depuis le 13 janvier.

«Je n'ai pas d'argent pour réparer la maison familiale. Ici, les gens pissent dans les rigoles qui suivent le chemin de terre et ensuite les enfants y jouent», raconte cette femme de 40 ans, qui vit pour l'instant sous une bâche orange avec son mari et ses huit enfants.

En effet, les débris jonchent encore toute la capitale et le président de l'État haïtien, René Préval, ne prévoit pas être en mesure de les retirer avant deux ou trois ans. «Quand la pluie tombe, tout se transforme en boue. Et on dit que cette année, les ouragans vont frapper fort», explique madame Dorilas. Tout va s'écraser encore. Toutes les tentes vont s'envoler!» s'esclaffe-t-elle, les bras montant dans les airs pour indiquer la future trajectoire de ces tentes.

Plusieurs habitants des plus gros camps s'y sont installés parce qu'ils n'ont pas de travail et n'avaient pas de véritable logis avant le séisme, affirme aussi Casandre, une étudiante du lycée Jean-Jacques-Dessalines.

«À Martissant 1, où j'habite, les gens ne reçoivent pas d'aide. J'ai reçu de l'aide [des bâches] parce que je me suis rendue à Carrefour», commune où plusieurs grands camps ont été érigés et reçoivent de l'aide.

Les plus chanceux ont pu reprendre l'école ou trouver un toit digne de ce nom chez un ami ou des parents. Les autres acceptent désormais leur sort et devront habiter encore longtemps dans des camps de fortune. Un peu partout dans la capitale et dans les régions directement touchées par le terrible tremblement de terre du 12 janvier, la population s'est résignée face aux problèmes auxquels ils font désormais face.

«Je ne sais pas si l'avenir sera radieux ou non, conclut Casandre. Il y a eu beaucoup de victimes, mais après deux ou trois semaines remplies de problèmes, les gens ont fini par apprendre à vivre avec ceux-ci. Comme on sait, Haïti était déjà toute à l'envers avant le séisme et on s'habitue, à la longue, à vivre avec les obstacles.»

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Collaborateur du Devoir