Un an après le coup d'État - Le Honduras a perdu toute crédibilité

Soldat hondurien dans les rues de Tegucigalpa<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Claudia Barrientos Soldat hondurien dans les rues de Tegucigalpa

C'est un triste anniversaire que célèbre aujourd'hui le Honduras un an après le coup d'État constitutionnel de l'an dernier. La société civile, aux prises avec la répression accrue et la peur, n'a cependant pas baissé les bras.

Un an jour pour jour après le coup d'État, le Honduras n'est pas parvenu à retrouver le calme et la stabilité politique. L'élection de Porfirio Lobo Sosa à la présidence en novembre n'a pas mis fin à la crise politique, mais a plutôt exacerbé les tensions. Aujourd'hui, la société civile inaugure sa propre commission d'enquête sur les événements entourant le coup d'État. La création de la Vraie Commission, comme on l'a appelée, a reçu l'assentiment de divers organismes internationaux, inquiets de la situation problématique que vit le petit pays.

Cette crise, qui couvait, a commencé dans la nuit du 28 juin 2009, alors que la Cour constitutionnelle a demandé à l'armée de démettre le président dûment élu, Manuel Zelaya, officiellement parce qu'il voulait consulter la population sur la possibilité de changer la Constitution. Les militaires ont simplement expulsé le président du pays. Ce dernier est revenu clandestinement au pays et s'est réfugié à l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa.

Le petit pays, d'un peu moins de huit millions d'habitants, a ainsi perdu sa crédibilité aux yeux de pratiquement tous les pays du monde, et le gouvernement est aujourd'hui à la recherche d'une légitimité, quelques pays seulement ayant reconnu le résultat du scrutin de novembre. Ainsi, le gouvernement Lobo n'a été reconnu explicitement ni par l'Union européenne, ni par le Mercosur, ni par la plupart des pays d'Amérique latine. L'Organisation des États américains (OEA) n'a pas levé la suspension du Honduras qu'elle a imposée au moment du coup d'État. Seuls les États-Unis, le Canada, le Panama, le Mexique et la Colombie ont pour leur part reconnu le nouveau gouvernement.

Et le climat social ne cesse de se dégrader. Une dizaine de journalistes ont été assassinés depuis un an, particulièrement à San Pedro Sula, à La Ceiba et à Tegucigalpa. Les dirigeants de syndicats et d'organisations paysannes ne sont pas en reste. Des «escadrons de la mort» ont réapparu et, à ce jour, les organisations populaires ont documenté 21 cas d'assassinats sélectifs depuis janvier.

Par ailleurs, il n'aura fallu à l'armée que quelques mois pour sortir de nouveau des casernes qu'elle avait réintégrées peu après l'élection de Lobo Sosa et pour se rendre à Tocoa où des paysans occupaient des terres pendant que des négociations sur la tutélarisation de la terre se déroulaient entre le gouvernement et les organisations paysannes de cette région.

La situation qui prévaut au Honduras est suivie de très près par les autres pays d'Amérique latine, qui ont été surpris l'an dernier qu'un coup d'État nouveau genre puisse encore survenir sur le continent. L'implication du géant Brésil en juin 2009 n'est pas innocente. Le Honduras a ravivé de vieux démons et, à cause des revendications populaires de plus en plus fortes dans plusieurs pays, on craint la contagion hondurienne.

Une autre commission

C'est donc dans ce contexte que débutent aujourd'hui les travaux de la Vraie Commission qui témoigne par sa composition du sérieux de sa démarche. Il existe déjà une Commission de la vérité et de la réconciliation gouvernementale que Lobo Sosa a mise sur pied dans la foulée de l'accord survenu entre les putschistes et le gouvernement déchu, sous les auspices du Costa Rica. Outre le fait que le président ne parle jamais de réconciliation depuis qu'il est au pouvoir, fait valoir l'opposition, le processus de mise sur pied et la composition même de cette commission posent problème: aucune consultation n'a précédé sa création, particulièrement auprès des proches des victimes des événements. Quant à ses membres, mentionnons la présence à la commission du Canadien Michael Kergin, ancien diplomate et avocat chez Bennett Jones LLP, un cabinet représentant plusieurs compagnies minières actives au Honduras.

Le mandat de la commission gouvernemental a été restreint par décret de l'exécutif à la «crise politique» et ne se penchera pas sur les responsabilités de l'État, de l'administration publique. Elle n'a aucun pouvoir légal, et les comparutions se feront selon le bon vouloir des fonctionnaires.

Les principales organisations de défense des droits de la personne (CDM, CIPRODEH, CODEH, COFADEH, CPTRT et FIAN) se sont donc unies pour créer la «Plataforma de derechos humanos», qui a organisé la nouvelle commission qui siégera sporadiquement jusqu'au deuxième semestre de 2011. Sa composition est impressionnante: Elsie Monje, de l'Équateur, qui a participé aux travaux d'une commission similaire dans son pays et qui fut candidate pour le prix Nobel de la paix en 2006, Nora Cortiñas, de l'Argentine, Luis Carlo Nieto, du Honduras, le professeur canadien et avocat réputé Craig Scott, le père Fausto Milla, du Honduras, l'écrivaine Helen Umana, Antonieta Perla Jimenez, membre de la Cour suprême du El Salvador, le prêtre belge Français Houtart et le juriste costaricain Francisco José Aguilar.

Alors que le Front populaire, qui s'est manifesté, lors du coup d'État, a réussi à s'établir sur un plan national, la Vraie Commission est une autre manifestation de la volonté de la société civile du Honduras de combler le vide laissé par les élites politiques. Et le Canadien Craig Scott, dont ce n'est pas la première participation à une commission, de dire: «Lorsque les gens s'organisent, j'ai tendance à écouter, car plus de vérité est préférable à moins de vérité.» Le juriste espère que cette commission contribuera à mettre davantage de pression sur le gouvernement Lobo pour l'amener à réviser certaines de ses politiques et qu'elle assurera au pays un climat assaini.
10 commentaires
  • oscar Fortin - Inscrit 28 juin 2010 05 h 30

    De l'information fiable

    Merci M.Legault pour ce rappel de ce triste coup d'État militaire du 28 juin 2009 au Honduras. Votre analyse de la situation permet aux lecteurs et lectrices du Devoir de mieux comprendre, en ce premier anniversaire, ce qui se passe dans ce petit pays de l'Amérique centrale. La répression a poursuivi son sale bouleau en tuant et emprisonnant les opposants à ce régime antidémocratique. Il est curieux de remarquer que les pays qui se font les plus fanatiques de la démocratie, le Canada et les États-Unis, sont les premiers et pratiquement les seuls à reconnaître ce gouvernement fantoche. En somme, l'hypocrisie n'a pas de frontière. Ce sont eux qui envoient leurs soldats en Afghanistan soit disant pour y instaurer la démocratie. On peut se demander de quelle démocratie il est question.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 28 juin 2010 10 h 02

    Honduras : un coup d’État de plus

    Après les élections du 29 novembre 2009, marquées par une forte abstention et entachées de fraude, Porfirio Lobo succède le 27 janvier 2010 à la dictature militaire qui avait écarté par la force le président légitimement élu Manuel Zelaya, arrivé à la fin de son mandat. Manifestement, Lobo était de connivence avec l’armée puisqu’il avait préféré rester au Honduras et reporter son voyage aux États-Unis, où il avait l’habitude de se rendre pour son anniversaire, afin d’assister à l’hommage des Forces armées en l’honneur de ses 62 ans, le 22 décembre 2009. Finalement, malgré des apparences démocratiques, Lobo est porté au pouvoir par les suites d’un coup d’État militaire, ce qui en explique la non-reconnaissance par un grand nombre de citoyens honduriens et quasiment tous les pays, à de rares exceptions dont les États-Unis et le Canada.

    Les États-Unis ont un lourd passé dans la reconnaissance des coups d’état, quand il ne s’agit pas même d’une aide active. Le cas de Pinochet au Chili est un exemple patent. La motivation habituelle est la crainte de voir s’établir un gouvernement de gauche.
    Or, c’est ce qui risquait de se passer au Honduras. En effet, Manuel Zelaya, élu président comme candidat du Parti libéral (droite), a changé son fusil d’épaule, à l’encontre même de son parti qui l’a rejeté, en signant en août 2008 l'adhésion du Honduras à l'ALBA, l'Alliance bolivarienne pour les Amériques, une organisation politico-économique de la gauche radicale dont les principaux membres sont Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et l'Équateur, perçus par les États-Unis comme de dangereux États révolutionnaires.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 28 juin 2010 10 h 03

    Honduras - suite

    Un autre exemple de ce virage à droite est l’éloge apporté le 3 février 2010 par le cardinal Óscar Rodríguez à Roberto Micheletti, du parti de droite qui a renie Zelaya, qui était devenu provisoirement chef d’État à la suite du coup d’État, soutenu d’ailleurs par l’Opus Dei : « Aujourd’hui est un jour spécial pour rendre grâce à Dieu, par la Vierge Marie, pour notre Honduras, pour la liberté, la souveraineté et l’indépendance que Don Roberto Micheletti a su défendre avec les forces armées et aux côtés des milliers de Honduriens qui veulent faire partie des solutions, non des problèmes. »

    Il est donc évident que l’on retrouve ici comme ailleurs, une réaction de la droite conservatrice, qui entend s’opposer à tout ce qui pourrait ressembler à un gouvernement de gauche ou progressiste. Il n’est donc pas étonnant de trouver le Canada de Stephen Harper dans la courte liste des pays qui reconnaissent le nouveau gouvernement du Honduras, issu d’un coup d’État. S’agit-il aussi, en reconnaissant ce gouvernement, d’encourager d’autres renversements de gouvernements progressistes dans la région? C’est sans doute la crainte qu’avait le Brésil en offrant un asile au président Zelaya dans son ambassade au Honduras.

  • Pierre Rousseau - Abonné 28 juin 2010 10 h 44

    Ce n'est pas tout...

    L'attitude du Canada au Honduras est cohérente avec ses politiques de la droite radicale et on peut voir le même phénomène en Colombie où la droite radicale mène en maître à cause du conflit armé interne. Le Canada a même poussé l'audace à signer dernièrement un accord de libre-échange avec la Colombie sans aucune garantie de restauration des droits de l'homme dans ce pays... On s'est contenté d'un « rapport » de chaque gouvernement au sujet des droits de l'homme à son Parlement... un amendement à l'accord qui a été obtenu par le député libéral Scott Brison!

    Or la Colombie connaît une situation désastreuse en matière de droits de l'homme avec au-delà de 4 millions de personnes de déplacées à l'intérieur du pays, des massacres de villageois autochtones, les meurtres de leaders syndicaux, de défenseurs des droits de l'homme et de dirigeants autochtones. La situation est telle que même les États-Unis ont des réserves à signer un tel traité avec la Colombie et la semaine dernière le ministre colombien du commerce, tout comme le président Uribe à Toronto, ont dit que la signature du Canada au traité de libre-échange devrait pousser les États-Unis et l'Europe à faire de même! Le Canada en fait se trouve complice des abus des droits de l'homme non seulement en Colombie mais maintenant au Honduras en reconnaissant ce gouvernement issu d'un coup d'état. C'est là l'oeuvre de notre cher gouvernement conservateur...

  • GERARD LAMONTAGNE - Inscrit 28 juin 2010 12 h 55

    Le gouvernement Harper, des tc

    Les canadiens sont corrects et comprennent ce qui vient de se passer au Honduras et ce qui se passe en Colombie; mais ce n'est pas la première fois que leur gouvernemnt agit comme une bande de TC, suivant les américains le nez à l'endoit situé au bas de leur dos.
    Rien de nouveau dans l'attitude du gouvernement Harper.

    Pour la démocratie, il faudra attendre qu'ils soient débarqués; malheureusement il y a encore un grand nombre d'idiots dans ce pays qui votent pour lui.

    L'érudit député Bernier doit venir nous expliquer bientôt comment doit fonctionner l'économie.Et le pire, c'est que des imbéciles vont le prendre au sérieux.