«Comme les canaris dans les mines»

Des chamans ont procédé hier à une série de rituels.
Photo: Agence Reuters Danilo Balderrama Des chamans ont procédé hier à une série de rituels.

Cochabamba — Débordante d'enthousiasme, mais limitée dans le débat ou les pistes nouvelles, la Conférence des peuples sur le climat en Bolivie fournit surtout un exutoire réconfortant aux premières victimes du réchauffement climatique.

«Nous sommes comme les canaris dans les mines, qui mouraient les premiers, avertissant ainsi les mineurs d'un gaz toxique», explique Faith Gemmill, représentante de l'ethnie Gwich'in, en relatant l'érosion du littoral qui menace les tribus indiennes d'Alaska.

«Un village entier de 700 habitants, Newtok, est forcé de se transférer à cause de la fonte du permafrost, ajoute Brad Garness, un Indien samish d'Alaska. Et nos rivières, qui gèlent insuffisamment, ne peuvent plus être utilisées comme routes, comme on en a l'habitude. Nous avons eu trois noyades l'an dernier. Ces gens-là n'avaient pas pollué l'environnement...»

Montée des eaux ici, raréfaction ailleurs: dans la cordillère royale de Bolivie, des glaciers — source de 15 à 20 % de l'eau de La Paz — meurent à vue d'oeil. Ainsi Chacaltaya, il y a 15 ans encore fière «piste de ski la plus haute du monde», à 5300 mètres, et aujourd'hui un carré de neige devenu un lieu de pèlerinage écologique.

Les plus de 15 000 délégués à Cochabamba, dont une majorité issus de mouvements sociaux, paysans, peuples indigènes, partagent ce sentiment d'être «ceux qui ont le moins contribué au problème [du changement climatique], mais seront les plus affectés», comme l'a souligné lui-même le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, dans son message transmis au Forum mardi.

Dans les tables rondes de Cochabamba, la prise de parole est libre et le défoulement manifeste, applaudi, sans forcément de lien avec l'ordre du jour: ici un long monologue sur «l'humanité carnivore» et sa consommation animale, là un réquisitoire sur l'acharnement minier du Canada.

Terre mère

Peu importe que sous «Pachamama» (la Terre mère), l'extraction continue de plus belle, ici-même en Bolivie, dont le gouvernement intensifie l'exploitation de son gaz naturel, de son cuivre, s'apprête à exploiter un des plus grands gisements de fer au monde sur 40 ans et négocie âprement l'industrialisation du lithium, son futur «or gris».

On vient à Cochabamba pour ressentir une solidarité sans questionnement, voire un sens au destin: «Ce qui se passe ici est un moment nouveau dans la vie de l'humanité, assure Tom Goldtooth, dirigeant indien Dakota du Indigenous Environmental Network. Cela s'inscrit dans une de nos prophéties, qui veut que les dirigeants mondiaux commenceront à écouter les peuples indigènes sur les moyens de sauver la planète».

L'influence des délibérations de Cochabamba, qui seront transmises au prochain round de négociations climat de Cancun (Mexique) en décembre, est au mieux incertaine. Surtout si un «tribunal de justice climatique», aux farouches accents anticapitalistes, est en tête des propositions.

Mais même dans le partage d'une «impuissance citoyenne» face au réchauffement, le forum, ses rituels, sa symbolique «Terre mère», agit comme une catharsis, observe un habitué de ces réunions: «On recharge ses batteries, et en ce sens ces contre-sommets remplissent une fonction sociale. Ils permettent de faire baisser la soupape».
5 commentaires
  • oscar Fortin - Inscrit 22 avril 2010 05 h 54

    LE SOMMET MONDIAL DES PEUPLES SUR LA "TERRE MÈRE"

    Il n’est pas trop surprenant que l’AFP ramène la rencontre de plus de 20 000 délégués (ées) en provenance de 125 pays comme « un exutoire réconfortant aux premières victimes du réchauffement climatique » et tente d’en miner la crédibilité de son promoteur, Évo Morales, en laissant entendre qu’il est le premier à poursuivre le massacre de la « mama terre » en poursuivant l’exploitation de mines sans aucun égard pour cette dernière. Une manière subtile de discréditer l’importance de cette rencontre qui regroupe des centaines d’intellectuels et des milliers de travailleurs sociaux et de représentants gouvernementaux. Ce n’est pas parce qu’ils font une critique sévère du capitalisme et qu’ils invitent à réinventer un nouveau système qui sera davantage au service de la vie qu’ils ne sont pas à prendre au sérieux.

    Benoît XVI, dans son livre sur Jésus de Nazareth a écrit au sujet du capitalisme et de l’aliénation de l’homme:

    "Face aux abus du pouvoir économique, face aux actes de cruauté d’un capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise, nos yeux se sont ouverts sur les dangers que recèle la richesse, et nous comprenons de manière renouvelée ce que Jésus voulait dire quand il mettait en garde contre la richesse, contre le dieu Mammon qui détruit l’homme et qui étrangle, entre ses horribles serres de rapace, une grande partie du monde" (p.120)

    "N’est-il pas vrai que l’homme, cette créature appelée homme, tout au long de son histoire, est aliéné, brutalisé, exploité? L’humanité dans sa grande masse a presque toujours vécu sous l’oppression. Et inversement, les oppresseurs sont-ils la vraie image de l’homme, ou n’en donnent-ils pas plutôt une image dénaturée, avilissante? Karl Marx a décrit de façon drastique « l’aliénation » de l’homme. […] Il a livré une image très concrète de l’homme qui tombe aux mains de bandits." (p.224).

    Il ne faut pas se surprendre que les premières victimes de ce capitalisme en fassent une critique sévère et en démontrent les effets pervers. Pour sa part, Frei Betto, conseiller de Lula, président du Brésil, pour les questions environnementales et promoteur pour que Cochabamba soit le siège permanent des Conférences sur les changements climatiques, a expliqué qu’il s’agissait d’une reconnaissance de la Bolivie de la part des peuples du monde ainsi que d’Évo dont le nom signifie vie. « Que cette nouvelle Conférence ne sorte pas du premier pays dans l’histoire de l’Humanité qui soit plurinational, pluriculturel et pluri spirituel, gouverné par les peuples indigènes, par les peuples d’origine. Frei Betto a terminé sa réflexion en insistant sur le fait de maintenir bien vivantes l’espérance et l’utopie même à l’encontre de certains medias qui souhaiteraient les transformer en folklore.

    Si le G8 et le G20 ont leur importance, il ne faudrait pas penser que le G20000 n’en a pas.

    Oscar Fortin

  • oscar Fortin - Inscrit 22 avril 2010 11 h 25

    La théologie de libération en action

    Une réflexion fort intéressante de François Houtart qui permet de comprendre la toile de fond de ces grands forums sociaux...

    http://www.medelu.org/spip.php?article395

  • Normand Chaput - Inscrit 22 avril 2010 12 h 46

    mais c'est tout à fait du folklore

    Je veux bien suivre le discours mais il ne faut pas me prendre pour une valise non plus. Ce n'est pas vrai que l'indigàne qui y habite depuis des millénaires a une spiritualité supérieure à la mienne même si je n'en ai pas. S'il veut prier les roches et voir des esprits dans un tas de neige libre à lui. Cependant toute cette civilisation spirituelle n'a pas donné grand chose jusqu'à date.

    Son espérance de vie est moins élevée, tout le monde ne mange pas à sa faim, aucune instruction et les seuls moyens de communication sont l'âne et la fumée.

    Et parlant de folklore, le président Morales vient justement de prononcer un discours mentionnant que manger du poulet aux hormones rendait homosexuel!

  • oscar Fortin - Inscrit 23 avril 2010 05 h 30

    Une réflexion d'Éduardo Galeano, auteur Veines ouvertes de l'Amérique

    Je vous transmet la réflexion que E.Galeano a envoyé aux participants et participantes du Sommet mondial sur La Mère Terre. J'ose espérer que vous y trouverez de quoi nourrir votre réflexion.

    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article101329

    .

    À l'avance je vous en remercie

  • oscar Fortin - Inscrit 26 avril 2010 07 h 49

    Morales et les soi-disant propos homphobes

    Je réfère le lecteur à un article tout récent sur le sujet.
    Bolivie : Morales a tenu des propos homophobes...Vraiment ?
    lundi 26 avril 2010 (13h35)

    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article101481

    L'information a parfois ses petits secrets.