La vie s'organise dans les camps de déplacés

La plupart des grands camps de déplacés haïtiens ressemblent de plus en plus à des villes dans la ville: cybercafés, bars, marchands de toutes sortes et même tentes-bordels. On peut trouver des abris temporaires en sous-location, entre autres au Champ de mars, la célèbre place publique de la capitale: le prix dépend de l'emplacement.

La vie est très organisée dans la plupart des 500 sites recensés par le gouvernement haïtien et l'ONU, et ce, malgré les problèmes fréquents de salubrité. Des tentes sont bien installées dans les rues des quartiers les plus durement touchés et on s'habitue à ce nouveau mode de vie, obligé par les circonstances. Les résidants de ces abris de fortune offrent souvent les meilleures pistes de solution pour répondre aux différents besoins de leurs voisins.

«Avant, les gens dormaient par terre et dès qu'il y avait de la pluie, ils étaient forcés de se lever et d'attendre, explique Wilner Harry-Monglie, résidant d'un camp sur la côte de Croix-des-Prés, au sud de la ville. Ils ont installé leur lit sur des briques de ciment. Comme ça, même s'il pleut, cela ne dérange personne.» Ces briques de ciment qui jonchent chaque rue de la capitale sont certainement le matériau le plus accessible en ce moment.

Maintenir le tissu social

L'une des initiatives originales et souvent citée comme exemple est celle en matière d'aide alimentaire de la clinique APROSIFA, installée depuis 17 ans dans un quartier populaire de la capitale. Depuis mars, elle s'est engagée à acheter 80 plats par jour auprès d'une soixantaine de marchandes de nourriture préparée installées le long des rues du quartier Carrefour-Feuilles. Elle nourrit ainsi 600 familles, soit près de 5000 personnes, en soutenant l'économie locale tout en évitant la cohue de la distribution de masse. «Chaque marchande s'occupe de 10 à 15 familles, de façon à totaliser 80 plats par jour, ou 400 plats par semaine; cela leur rapporte 50 gourdes par plat, ou 20 000 gourdes par semaine [environ 500 $]», raconte Lody Auguste, conseillère technique et cofondatrice de la clinique.

«Nous sommes exténuées, mais bien contentes de travailler», raconte justement l'une de ces marchandes de la zone qui travaille avec son propre équipement et achète elle-même chaque semaine la nourriture nécessaire pour préparer ces repas.

Ce programme financé par Christian Aid doit servir d'exemple, explique-t-elle.

Après le séisme, «j'ai eu l'impression que les gens se sont réveillés et ont renforcé leur solidarité», conclut madame Auguste. Dans tous les camps, la première réponse solidaire après le séisme a été celle entre Haïtiens et Haïtiennes. Chaque zone s'est organisée autour d'un comité qui assure la distribution et la sécurité physique de tous. Le pasteur Angénor Brutus, responsable d'un de ces camps explique: «Toutes les places publiques sont occupées et c'est un problème. Mais l'État doit réagir, rencontrer les gens et discuter avec eux afin de trouver la meilleure façon de réinstaller ces populations. Et il faut respecter les droits des habitants de ces camps, ils doivent être entendus.»

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Collaborateur du Devoir