Rencontre au sommet à New York pour reconstruire Haïti

Les représentants de plus de 100 pays, dont le Canada, se rencontrent au siège des Nations Unies, à New York aujourd’hui, afin de discuter de la reconstruction d’Haïti.

A l’ouverture de la conférence, le président haïtien René Préval a remercié la communauté internationale pour être venue à l’aide d’Haïti à la suite du séisme du 12 janvier, qui a fait plus de 200 000 morts. M. Préval a invité le monde à rêver à un nouvel Haïti et a appelé les Haïtiens à la maison et à l’étranger à transformer leur pays.

Le président haïtien a profité de l’occasion pour saluer la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, qui est née en Haïti et qui assiste à la conférence comme observatrice.

L’administration américaine s’est engagée ce matin à verser 1,5 milliard $ sur deux ans pour la reconstruction d’Haïti après le séisme de janvier.

Pour sa part, le Canada a promis une aide supplémentaire de 200 millions $, aussi bien en liquide qu’en allègement de dette.

Ottawa avait annoncé le mois dernier qu’il égalerait la somme de 113 millions $ de dons privés faits à Haïti par les Canadiens. A cela s’ajoutent les quelque 85 millions $ déjà versés en aide d’urgence versée dans les semaines suivant le séisme, ce qui porte à 400 millions $ l’aide totale promise ou versée jusqu’ici.

L'aide du Canada lui permettra d’occuper un siège au sein de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti.

La nouvelle commission sera constituée de représentants de plus d’une douzaine de pays donateurs, du gouvernement haïtien, de l’Organisation des États américains (OEA), des 15 pays de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), d’organisations non gouvernementales et d’institutions internationales.

Haïti est le deuxième plus important récipiendaire de l’aide accordée par le Canada, derrière l’Afghanistan, Ottawa ayant prévu y verser 555 millions $ entre 2006 et 2011.

Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, ainsi que son homologue Développement international, Bev Oda, représentent le Canada à la conférence. Celle-ci est co-présidée par le premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive et l’ancien président américain et envoyé spécial des Nations Unies en Haïti, Bill Clinton.

L’Union européenne, a annoncé de son côté sa haute représentante pour les Affaires étrangères Catherine Ashton, s’engage à hauteur de 1,23 milliard d’euros (environ 1,69 milliard CAN).

Haïti compte demander 3,8 milliards $ lors de la conférence afin d’entamer la reconstruction du pays.

Il ne s’agirait toutefois que d’une première étape: en tout, la facture de la reconstruction du pays s’élèverait à 11,5 milliards $ sur dix ans, selon les estimations généralement admises.

2 commentaires
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 31 mars 2010 17 h 23

    Un aspect qui est peu mentionné : la surpopulation en Haïti.

    En plus de tous les autres problèmes comme la déforestation, la corruption, Haiti souffre de surpopulation dans un petit territoire: 400 habitants au kilomètre carré. Situation insoutenable à long terme.

    Le problème fondamental d´Haiti est la surpopulation (actuellement 9 millions d’habitants, et doublement à tous les 25 ans), sur un territoire si exigu.

    À moyen et long terme, seul un meilleur contrôle des naissances pourrra assurrer la pérennité de ce peuple.

    Il y a donc un vaste chantier à mettre sur pied:

    Meilleur contrôle des naissances, reforestation, agriculture visant à l'autosuffisance alimentaire, édifices en bois plutôt qu'en béton, usines de traitement d'eau, instruction décentralisée en régions, fours à énergie solaire, chasse à la corruption ...

    Bon courage à ce peuple éprouvé.

  • Paul Racicot - Inscrit 31 mars 2010 19 h 39

    Oui, bon courage !

    L'aide internationale participera à la reconstruction des édifices et des infrastructures. Mais après? Les problèmes endémiques propres à ce pays, le plus pauvre hors-Afrique, demeureront-ils sans solution durable?

    Haïti présente une densité de population de plus de 360 habitants au km carré, montagnes (déboisées) incluses. En 1985, la population y était de 5 272 000 habitants. En 2005, 8,3 millions. En 25 ans, elle a presque doublé, passant à plus de 9 millions. La croissance démographique y est de 3% par année : 270 000 bouches de plus à nourrir chaque année ! Et le charbon de bois qui sert de combustible à la cuisson provient désormais du bois grappillé derrière la frontière, en République dominicaine. Pas de politique agro-alimentaire. Pas de politique environnementale. Pas de politique de la natalité non plus. Et «ses taux de contamination par le VIH, la tuberculose et la malaria figurent parmi les plus élevés du Nouveau Monde*.» Bref, pas joli-joli.

    L'article de Wikipédia "Haïti - Économie" mentionne d'ailleurs que...

    «Les transferts d’argent de la diaspora demeurent une importance source de devise, représentant un quart du produit intérieur brut et deux fois la valeur des exportations. Haïti souffre d’une inflation élevée et d’un manque d’investissement à cause de l’insécurité, des infrastructures limitées et d'un déficit commercial important. Le gouvernement dépend de l’aide internationale pour financer en partie le budget.»

    «Plus d'un Haïtien sur quatre est sous-alimenté, soit 1,9 million de personnes, selon un rapport du conseil national de la sécurité alimentaire (CNSA) haïtien. Le taux de chômage atteint plus de 65 % de la population active. L’agriculture emploie plus de deux tiers de la population en âge de travailler. Ce sont des fermes de subsistance, de dimensions restreintes, où le café, le cacao, le sisal, le coton, les mangues constituent les principales exportations. L’explosion démographique et le manque de compétitivité par rapport aux produits importés ont affaibli considérablement ce secteur, dont la production se trouve de plus en plus destinée au marché intérieur avec des produits tels le maïs, le riz, les fruits.»

    On imagine aisément la suite si rien n'est fait : une émigration clandestine encore plus importante vers sa voisine de toujours, la République dominicaine. 12% de la population de la République est d'ailleurs composée de ces réfugiés économiques et environnementaux. Ils y font des boulots de misère, n'ont aucun accès à l'instruction, aux soins de santé et au logement. Saint-Domingue, pas non plus très riche, ne pourra tout de même pas accueillir sans fin la pauvre marmaille de sa si prolifique voisine ! À moins, elle aussi, de voir migrer massivement sa population vers le Continent. Ce qu'elle fait d'ailleurs depuis longtemps : tout comme en Haïti, ceux et celles qui en ont les moyens et l'opportunité fichent le camp, principalement vers les États-Unis où ils vont grossir les rangs de la population hispanophone.

    Alors que faire par delà la saison des pluies? Soyons réalistes ! De quelque manière que ce soit, il faudra bien, tôt ou tard, que le biotope et le secteur agro-alimentaire d'Haïti soient profondément restructurés, et la densité de sa population ajustée en conséquence. Sans ce très sérieux coup de barre, les Haïtiens sont condamnés à une misère et à une dépendance sans fin.

    * Effondrement, «Chapitre 11. Une île, deux peuples, deux histoires : la République dominicaine et Haïti», Jared Diamond, Éditions Gallimard, 2006.