Colloque «Reconstruire Haïti» - Jean-Max Bellerive craint que l'aide humanitaire ne devienne une habitude

Jean-Max Bellerive a rencontré son homologue québécois, Jean Charest. Bellerive n’a pas hésité à souligner la relation privilégiée qu’entretient son pays avec le Québec.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Jean-Max Bellerive a rencontré son homologue québécois, Jean Charest. Bellerive n’a pas hésité à souligner la relation privilégiée qu’entretient son pays avec le Québec.

Au deuxième jour du colloque Reconstruire Haïti qui se tient à l'École polytechnique de Montréal, le premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, a fait une apparition très attendue où il a énoncé les défis humanitaires, mais aussi de développement et de coordination auxquels Haïti devra faire face.

Bien qu'il faille encore répondre aux besoins fondamentaux de nourriture et d'abris, Jean-Max Bellerive s'est inquiété du fait que la situation d'aide humanitaire se prolonge. «Les gens ne doivent pas s'habituer à attendre le camion qui distribue des vivres pour subvenir à leurs besoins. Actuellement, 90 % de la population est au chômage et je crains qu'elle s'installe dans une situation qui tue l'envie de travailler», a prévenu Jean-Max Bellerive, qui a rappelé que les problèmes du pays ne datent pas du 12 janvier.

C'est le cas par exemple du système d'éducation, qui était déjà largement défaillant avant le séisme et qui devra être totalement revu et reconstruit afin de permettre la scolarisation de l'ensemble des jeunes. Environ 200 000 enfants se sont retrouvés sans école après le tremblement de terre, alors qu'avant, près de 500 000 n'avaient déjà pas accès à l'école. Pour le premier ministre, il est donc important de tirer des leçons du passé pour créer quelque chose de nouveau qui soit réellement adapté aux Haïtiens. «Je ne crois pas aux plans de reconstruction américain ou canadien. Il nous faut un plan fait par et pour des Haïtiens et évalué par des Haïtiens. C'est une question d'efficacité afin de répondre aux réels besoins», assure le premier ministre.

Plus tôt dans la journée, Jean-Max Bellerive a rencontré son homologue québécois, Jean Charest. «C'est une visite amicale. Nous avons discuté de la situation parfois difficile des étudiants haïtiens au Québec, ainsi que des occasions à saisir pour les entreprises lors de la reconstruction», explique le premier ministre haïtien, qui n'a pas hésité à souligner la relation privilégiée qu'entretient son pays avec le Québec. Pour lui, les partenaires qui ont montré leur soutien à Haïti doivent aussi profiter des occasions offertes par la reconstruction. «Les entreprises québécoises doivent prendre leur part du gâteau, car l'aide humanitaire ne dure pas, mais les intérêts, oui», confie-t-il. Le Québec aurait, d'après lui, un rôle à jouer, par exemple dans la construction de logements et d'entreprises.

Mais c'est surtout auprès de la diaspora que le premier ministre haïtien est venu chercher un appui, tout en précisant qu'il n'était pas là pour faire campagne et que les divergences devaient êtres mises de côté. «Nous n'étions pas préparés à cela. Le gouvernement est englué dans l'urgence. Je veux juste remplir au mieux mon mandat avec votre aide, celle de l'opposition et de l'ensemble de la population», concède-t-il. Il a proposé que la diaspora s'intègre dans les différentes structures de coopération qui seront actives dans le pays, car ce sont ces organismes qui géreront Haïti ces prochaines années.

Le colloque a été l'occasion pour beaucoup d'exprimer leur volonté de s'investir et de présenter des projets d'aide. Les réflexions élaborées lors de cet événement serviront à établir un plan de reconstruction qui sera présenté le 31 mars prochain à New York lors de la conférence des donateurs.
8 commentaires
  • Robert Richard - Inscrit 6 mars 2010 10 h 50

    Le sourire de Jean Max Bellerive en dit long......

    Les représentants de SNC-Lavalin , Dessau et leurs semblables qui devaient arpenter les couloirs de la Conférence ont-ils pensé à demander à monsieur Bellerive quel était son "cut" des juteux contrats qui les font surement saliver.

  • Michel Decarie - Abonné 6 mars 2010 13 h 43

    Du pareil au même???

    Peut-on m'expliquer la nécessité de ce colloque à Montréal??? J'ose penser que les sous de ma contribution,(faites je dois l'avouer à contrecoeur et sur l'insistance de mon épouse) n'auront pas servi à payer le voyage et les dépenses de ces irresponsables parleurs tirés à quatre épingles et transpirant la vénalité. On ne change pas l'histoire. On se gargarise de "diaspora". A-t'on déjà pensé son origine? Corruption, grabuge, meurtres et on en passe. On envoie des sous pour former leurs élites qui viennent étudier à l'étranger et va sans-dire ne reviennent jamais, mais, forment une "diaspora", mon oeil. Il doit y avoir plus de médecins haïtiens(la plupart très compétents) au québec aux USA, New-York, Miami que dans ce pays à la dérive depuis sa malheureuse indépendance en 1804... Le colloque si nécessité il y avait aurait du se tenir à l'ONU pour décider une tutelle d'une cinqhantaine d'années et repartir à zéro... Excusez-la et je crois que de nombreux haïtiens abonderais en ce sens.

  • Jean Desjardins - Inscrit 7 mars 2010 08 h 48

    Une tirade qui mérite réflexion...

    La tirade de monsieur Décarie mérite réflexion...

    Je suis également d'avis que Haïti ne pourra s'en tirer qu'au prix d'une tutelle internationale manifestement devenue nécessaire quand on regarde comment ce pays à la dérive a été dirigé, pour ne pas dire spolié, par des gens peu scrupuleux depuis tant d'années déjà. La diaspora haïtienne a aidé, bien sûr, mais force est d'admettre que cette aide a été historiquement dirigée vers les mieux nantis au détriment des plus démunis dans ce pays laissé pour compte ...jusqu'à l'avènement du séisme. La preuve, je l’ai vue ‘de mes yeux vue’ lors d’un voyage en Haïti, il y a quelques années: un écart monstrueux (inhumain) entre les riches et les pauvres supporté par une diaspora haïtienne pour le moins …sectaire. Qu’on me donne quelques cas concrets de familles haïtiennes vraiment pauvres qui ont réussi à se sortir de leur misère via la diaspora depuis l’indépendance d’Haïti et je me raviserai.

    Le discours du premier ministre haïtien est accrocheur, certes, puisqu'il préconise une reprise en main du pays par les Haïtiens. Bravo. Mais ne nous trompons pas. Ce n'est certes pas la prise en charge par la diaspora et par les leaders d'hier que cela donnera des résultats. N'en déplaise à monsieur Bellerive, l'aide du Canada et des États-Unis, malgré ses défauts, aura plus de chance de servir à ceux qui en ont réellement besoin qu'à être détournée au profit des p'tits amis de son système. Pas surprenant, d’ailleurs, que Jean Charest soit dans les parages... Lui, y connaît ça !

    Vivement une tutelle internationale patronnée par l’ONU. 50 années ne seront pas de trop, sachant d’où on part et le temps de permettre à ‘l’ensemble’ de la population haïtienne de s’instruire et de sortir sa tête du lisier dans lequel l’ont maintenu ad nauseam les abuseurs de ce système corrompu !

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 8 mars 2010 18 h 10

    Peu mentionné: la surpopulation

    Un aspect qui est peu mentionné : la surpopulation en Haïti.

    En plus de tous les autres problèmes comme la déforestation, la corruption, Haiti souffre de surpopulation dans un petit territoire: 400 habitants au kilomètre carré. Situation insoutenable à long terme.

    Le problème fondamental d´Haiti est la surpopulation (actuellement 9 millions d’habitants, et doublement à tous les 25 ans), sur un territoire si exigu.

    À moyen et long terme, seul un meilleur contrôle des naissances pourrra assurrer la pérennité de ce peuple.

    Il y a donc un vaste chantier à mettre sur pied:

    Meilleur contrôle des naissances, reforestation, agriculture visant à l'autosuffisance alimentaire, édifices en bois plutôt qu'en béton, usines de traitement d'eau, instruction décentralisée en régions, fours à énergie solaire, chasse à la corruption ...

    Bon courage à ce peuple éprouvé.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 9 mars 2010 15 h 35

    Il y a un certain problème

    En 2006, Haïti comptait 9,4 millions d’habitants, pour une densité de 340 habitants au km carré.

    En 2006, la République dominicaine comptait 9,6 millions d’habitants, pour une densité de 197 habitants au km carré.

    (Chiffres tirés de “L' État du monde 2008, Annuaire économique géopolitique mondial », Éditions Boréal, 2007, pages 393 et 395)

    La surpopulation n’est pas le seul problème d’Haïti. La déforestation en est un autre.

    À mon humble avis, à moyen et long terme, seul un meilleur contrôle des naissances pourrra assurrer la pérennité de ce peuple courageux.


    Voici d’ailleurs ce qu’écrivait Pierre-Raymond DUMAS dans le Juriste haïtien le 7 janvier 2008 :
    « Le contrôle des naissances en Haïti, un impératif majeur

    Il faut bien, à la fin, donner cours à une juste inquiétude et dénoncer publiquement ce laxisme inqualifiable qui, depuis plus d'une vingtaine d'années, ne tend à rien de moins, en tous points, qu'à déposséder les Haïtiens de leur avenir, de leur sécurité, de leur développement. Il s'agit du phénomène de l'explosion démographique. Ce déséquilibre macabre et dévastateur qui s'amplifie sans cesse entre nos ressources matérielles et notre taux de natalité est à la base de la presque totalité de nos plaies abyssales, de nos grands défis, de nos difficultés les plus alarmantes : la dégradation environnementale, la bidonvillisation, le pullulement des marchés-marchands ambulants, la criminalité bondissante, les boat people, les écoles-universités borlette, l'exode rural, les enfants des rues, la délinquance juvénile, la pédophilie, etc., etc. Bien entendu, on simplifie le plus vite possible.

    S'il y a aujourd'hui un danger pour la démocratie, la paix publique, l'harmonie sociale en Haïti, il ne vient pas d'un secteur politique mais de ces jeunes qui grandissent sans formation professionnelle ni emplois, de ces catégories sociales déplacées qui vivent dans des bidonvilles insalubres. Ce pays est trop pauvre pour répondre aux besoins immenses et pressants de tous ses fils qui naissent en si grand nombre. Cette spirale infernale-population-pauvreté - s'est accélérée sous les coups de boutoir de l'instabilité politique et de l'affaissement de l'autorité de l'Etat. Si on ne la freine pas, cela finira pas mal tourner dans 15, 20, 40 ans. Mais comment ? Quand ?

    Voyons les perspectives. Et imaginons nos principales villes dépourvues de services d'électricité, de ramassage d'ordures, et d'eau potable appropriés, d'une force de sécurité publique adaptée aux pressions démographiques, d'hôpitaux et de prisons y afférents, etc., etc.

    Aujourd'hui, la population de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince s'élève à plus de deux millions d'habitants. Evidemment, le phénomène urbanistique et démographique majeur, disons de préférence épouvantable, c'est cette concentration d'une forte densité de la population nationale dans l'aire métropolitaine, c'est-à-dire Port-au-Prince, Carrefour, Cité Soleil, Pétion-Ville, Delmas. Au rythme actuel d'évolution, elle doublera d'effectif dans l'espace de 14 ans (2017). Comment va-t-on «gérer» 4 millions d'habitants en tous points (eau, sécurité, logement, emploi, santé, etc.) ? » (Fin de la citation)

    (P.S. Figure remarquable du paysage médiatique haïtien, Pierre-Raymond Dumas est journaliste, professeur de lettres et de sciences sociales haïtien, considéré comme un professionnel de la plume, un visionnaire qui aime son pays.
    Voir: http://public.fotki.com/pikliz/art__culture_of_hai )