Colombie - Uribe est privé d'un troisième mandat

Bogotá — Le président colombien, Alvaro Uribe, aurait eu un rictus nerveux, vendredi soir, en découvrant la nouvelle sur l'écran de son téléphone: la Cour constitutionnelle venait de lui interdire de briguer un troisième mandat. L'homme de la «main de fer» contre les guérillas, le populaire héraut du conservatisme dans une région dominée par la gauche, devra céder la place aux élections de mai, après avoir écrasé le paysage politique pendant huit ans. «Tous les citoyens doivent observer la loi, en premier lieu les gouvernants», s'inclinait-il en soirée.

À l'issue de huit jours de débats, les magistrats ont invalidé la loi qui proposait aux électeurs de lever par référendum l'interdiction d'exercer plus de deux mandats présidentiels. Ils ont statué sur le fond, estimant qu'un troisième mandat aurait affecté la séparation des pouvoirs et l'équilibre des institutions — chaque chef d'État intervenant dans la composition des organes de contrôle de son successeur. Sur la forme, ils ont aussi estimé qu'«une chaîne de vices d'inconstitutionnalité» avait entaché le processus. La collecte de signatures de citoyens qui a donné naissance à la loi a été financée par des fonds six fois supérieurs aux limites légales. En outre, à peine 10 % des apports ont été justifiés et au moins une entreprise liée au blanchiment d'argent de la cocaïne y a participé.

Le président, qui s'est gardé d'intervenir personnellement dans la réforme avortée, se voit rattrapé par les ombres de ses deux mandats. Deux jours avant la décision de la Cour, son cousin et allié politique, Mario Uribe, a été incarcéré, après des mois de rebondissements judiciaires. Comme des dizaines d'autres parlementaires de la majorité pro-Uribe, il est accusé d'avoir collaboré avec la mafia de la drogue et les groupes paramilitaires. Les juges découvrent aussi que ces milices ont phagocyté les services secrets. Les sbires d'Uribe auraient dressé des listes de syndicalistes à assassiner et effectué des écoutes illégales contre l'opposition et des magistrats. Le directeur administratif d'Alvaro Uribe est directement mouillé.

Ces affaires n'ont pas affecté sa cote de popularité, rarement tombée sous les 65 %. Les succès d'Uribe contre la guérilla des FARC — qui ont rendu la sécurité à des régions entières —, la chute d'un tiers des homicides et son style paternaliste expliquent le soutien de la population. S'il avait pu se présenter en mai, tout juste aurait-il dû se plier à un second tour, selon les sondages.

Avec son retrait forcé, une campagne présidentielle très ouverte démarre: au moins cinq candidats ont une chance de passer le premier tour. Parmi les dauphins du président, l'ex-ministre de la Défense Juan Manuel Santos, à l'origine des plus gros coups contre les FARC, dont la libération d'Ingrid Betancourt, se détache.