Les sinistrés pillent pour survivre pendant que le Chili appelle à l'aide

 Un homme armé fait le guet sur le toit. Autour de lui sont éparpillés des conteneurs que le tsunami a entraînés sur son passage après le tremblement de terre d’une magnitude de 8,8 au Chili. Appelée en renfort, l’armée tente de rétablir le calme alors que les commerces sont pillés dans les zones sinistrées.
Photo: Agence France-Presse (photo) Daniel Garcia Un homme armé fait le guet sur le toit. Autour de lui sont éparpillés des conteneurs que le tsunami a entraînés sur son passage après le tremblement de terre d’une magnitude de 8,8 au Chili. Appelée en renfort, l’armée tente de rétablir le calme alors que les commerces sont pillés dans les zones sinistrées.

Concepción, Chili — Le Chili s'est résolu hier à solliciter l'aide internationale pour des milliers d'habitants dans l'attente de secours ou coincés dans les décombres après le séisme et les vagues géantes qui ont balayé une partie des côtes, tuant plus de 720 personnes.

À Concepción, une des villes les plus touchées dans le centre-sud du pays, des dizaines de personnes ont mis à sac et incendié un supermarché, blessant au moins un pompier. Les pillages de commerces par des habitants désespérés, souffrant de faim et de soif, ayant passé la nuit dehors, se poursuivaient pour la deuxième journée consécutive.

«Ici, ils pillent même les casernes de pompiers», a affirmé le commandant des pompiers de la ville, Jaime Jara.

Les renforts de l'armée, blindés et soldats, se montraient pourtant ostensiblement dans les rues pour tenter de rétablir le calme. Pendant la nuit, dans une ville totalement plongée dans le noir, au moins 160 personnes ayant violé le couvre-feu avaient été arrêtées, selon le ministère de l'Intérieur.

Pour faire face à la tension croissante, la présidente, Michelle Bachelet, a annoncé le déploiement de 7000 militaires dans les régions sinistrées.

Des groupes d'habitants ont passé leur deuxième nuit dehors, sous des tentes ou autour d'un feu, menacés par la faim et la soif. «De l'eau, je demande juste de l'eau!», criait une jeune femme, agitant une bouteille en plastique vide.

«La situation est pire que ce à quoi je m'attendais», a avoué le président élu, Sebastian Piñera, qui a parcouru la zone dévastée à dix jours de sa prise de fonction pour remplacer Michelle Bachelet.

Le bilan de la catastrophe s'est alourdi à 723 morts et 19 disparus, selon le Bureau national des urgences (Onemi) dépendant du ministère de l'Intérieur. En tout, près de deux millions de personnes, un Chilien sur huit, ont été touchées par le séisme de magnitude 8,8, un des plus violents des cent dernières années.

La zone la plus touchée est le littoral de la région du Maule, où 544 personnes ont péri. Située à 300-400 km au sud de Santiago, elle a été submergée par endroits par une vague de 2 à 6 m qui a surpris les habitants, les autorités ayant reconnu une «erreur de diagnostic».

Devant la lenteur de l'arrivée de l'aide, freinée par les dégâts sur les routes, les prises d'assaut de supermarchés ont repris de plus belle à Concepción, la deuxième ville du pays (500 000 habitants), capitale de la région du Bio Bio. Résignées, les patrouilles de police arrêtaient uniquement les personnes pillant autre chose que des produits de première nécessité.

Parallèlement, des secouristes équipés de chiens et de détecteurs thermiques s'acharnent, depuis samedi, nuit et jour, à la recherche de survivants.

Des villages rayés de la carte

Les opérations se concentrent sur la côte du Maule, où des villages ont été rayés de la carte, et à Concepción, dans l'immeuble «Borde Rio», couché sur le dos, où une cinquantaine de personnes seraient coincées.

Là, trois d'entre elles ont été repérées, mais les sauver sera extrêmement périlleux puisque, s'il faut perforer le mur, la structure pourrait s'effondrer. «C'est un travail d'horlogerie. Que Dieu nous aide», lance le commandant des pompiers, Juan Carlos Subercaseaux.

Après avoir demandé à la communauté internationale d'attendre, les autorités chiliennes se sont rendues à l'évidence et ont officiellement demandé «l'assistance internationale», a indiqué à Genève la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Elisabeth Byrs.

Le gouvernement de la présidente Bachelet, qui doit céder dans dix jours le pouvoir à M. Piñera, a fourni une «liste de priorités».

L'Argentine, le Pérou, le Brésil et la Bolivie vont envoyer de l'aide.

Avec des maisons broyées, des bateaux projetés à l'intérieur des terres, des immeubles écroulés, la côte offrait tout particulièrement un spectacle de mort et de dévastation.

Le coût des dégâts du séisme atteindrait 15 à 30 milliards de dollars, selon la société américaine spécialisée, EQECAT.