Course contre la montre au Chili

 Des voitures et des débris rejetés par le passage d’une vague de tsunami à Dichato, au Chili.
Photo: Agence Reuters Jose Luis Saavedra Des voitures et des débris rejetés par le passage d’une vague de tsunami à Dichato, au Chili.

C'est à l'aide de pelles et de masses que les services de secours chiliens s'efforçaient de dégager hier les survivants du séisme de magnitude 8,8 qui a frappé samedi le centre et le sud du pays d'Amérique du Sud, faisant plus de 700 victimes et touchant plus de 500 000 bâtiments.

Pas moins de 90 répliques d'une magnitude d'au moins 5 ont été recensées en moins de 24 heures, dont une qui était presque aussi puissante que le tremblement de terre qui a dévasté Haïti le 12 janvier.

La majorité des victimes sur la côte

La présidente sortante du Chili, Michelle Bachelet, a fait l'annonce d'un bilan de 708 morts, actualisé 35 heures après la catastrophe. Ce dernier est appelé à s'alourdir, étant donné «le nombre croissant de personnes disparues», a-t-elle ajouté.

La majorité des victimes, plus de 540, sont concentrées dans la région côtière du Maule, de 300 à 400 km au sud de Santiago, une zone littorale qui a été submergée par endroits par une vague de deux à six mètres.

Sur la côte, des villes balnéaires comme Talcahuano, Penco, Dichato offraient un spectacle de désolation, après le passage d'une vague de tsunami. «Dichato a pratiquement disparu. Les bateaux sont perchés sur le toit des maisons», a déclaré à l'AFP une femme dont le fils revenait de cette ville située à 40 km de Concepción. À Penco, «la vague a tout recouvert. Elle devait faire six mètres de haut. Elle a emporté les maisons, un garage et les restaurants», a raconté Carlos Palma, qui comme beaucoup d'autres a pu se mettre hors d'atteinte sur les collines proches.

Risque mal évalué

D'ailleurs, Francisco Vidal a reconnu que le risque de tsunami post-séisme avait été initialement mal évalué. Il a évoqué «une erreur de diagnostic en n'annonçant pas le raz de marée». Mais l'évaluation corrigée et l'alerte «ont aidé à sauver des centaines sinon des milliers de personnes», a ajouté le ministre. «Les populations ont pu être alertées et se diriger vers les collines.»

La facture des dégâts pourrait s'élever entre 15 et 30 milliards de dollars, selon les calculs de la société américaine EQECAT, spécialisée dans la modélisation du risque.

Au total, près de deux millions de personnes, soit un habitant du Chili sur huit, ont été affectées par le séisme.

À Concepción, l'une des villes les plus touchées par le tremblement de terre, des dizaines de sauveteurs, équipés de chiens et de détecteurs thermiques, se démenaient, ce week-end, pour atteindre une cinquantaine de personnes qu'ils pensent prisonnières d'un immeuble effondré de 14 étages, dans une des opérations de sauvetage les plus importantes en cours. «Il y aurait 48 personnes prisonnières présumées vivantes», a déclaré Ignacio Carrizo, le chef d'une équipe de secours à l'AFP, dont les opérations sont compromises en raison de répliques qui se succédaient.

Huit corps ont été dégagés de l'immeuble, qui comptait plus de 100 personnes lors du séisme. Alors que certains individus ont pu sortir par leurs propres moyens, d'autres ont dû être secourus.

Couvre-feu imposé

Un couvre-feu a été instauré dans la ville. Sise à plus de 400 km de Santiago, l'agglomération de Concepción a été hier le théâtre de scènes de pillage de supermarchés, sur fond de pénuries de produits de première nécessité.

Des grappes de dizaines de personnes ont pris d'assaut des établissements fermés, pour s'emparer entre autres choses de lait, de riz, d'eau, de couches-culottes. «C'est pour mes enfants, c'est la seule façon de leur donner à manger», criait un homme, en s'évertuant à disloquer le rideau de fer d'un supermarché.

La présidente, Michelle Bachelet, avait annoncé plus tôt un «état d'exception» dans les régions sinistrées de Maule et de Biobio, dont Concepción est la capitale, et annoncé la distribution d'aide alimentaire avec l'appui de l'armée. Le ministre de la Défense, Francisco Vidal, avait quant à lui précisé qu'il appartenait aux «chefs militaires de région et aux autorités locales» d'établir si cet état d'exception justifiait des couvre-feux.

La mairesse de Concepción, Jacqueline van Rysselberghe, a de son côté mis en garde contre un grave risque de «tension sociale». «Nous avons besoin de nourriture pour la population. Si nous n'y remédions pas, nous allons avoir de graves problèmes», a-t-elle averti.

Des centaines de milliers de personnes évacuées au Japon

Le Japon a levé ce matin l'alerte au tsunami sur l'ensemble de son territoire, touché la veille par des vagues de plus d'un mètre de haut.

Hier matin, pour la première fois depuis 15 ans, l'Agence météorologique japonaise avait déclenché une «alerte majeure» au tsunami, en prévision d'un raz de marée pouvant atteindre trois mètres de hauteur, généré par le violent séisme du Chili.

Plusieurs centaines de milliers de personnes avaient reçu l'ordre d'évacuer les côtes du nord du Japon, les plus exposées à un raz de marée.

Dans plusieurs ports, la mer, dont le niveau s'est élevé à certains endroits de 120 cm, a franchi les digues et recouvert les quais et les routes côtières, mais aucune victime ni aucun dégât important n'ont été signalés.

La Russie a aussi levé l'alerte, après que des vagues mesurant jusqu'à deux mètres eurent atteint hier l'archipel des Kouriles, sur sa côte pacifique.

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D'après Reuters, l'Agence France-Presse