Ébranlé, le Chili s'en tire mieux qu'Haïti

 À Valparaiso, des résidants sortent de leur domicile, emportant avec eux leurs effets personnels.
Photo: Agence France-Presse (photo) Felipe Gamboa À Valparaiso, des résidants sortent de leur domicile, emportant avec eux leurs effets personnels.

Port-au-Prince — L'un affichait une magnitude de 8,8 et a fait plus de 700 morts, l'autre une magnitude de 7 et a tué plus de 220 000 personnes. Mais le tremblement de terre du 12 janvier en Haïti a pris au dépourvu un pays infiniment pauvre, tandis que celui de samedi au Chili a frappé un pays beaucoup plus riche et mieux préparé, doté de normes de construction antisismiques.

Le facteur chance a joué aussi: au Chili, l'épicentre du phénomène a été localisé dans le Pacifique, à environ 34 km de profondeur, près d'une région relativement peu peuplée, alors qu'en Haïti le séisme s'est produit à seulement 13 km de la surface et à quelques kilomètres de la capitale, Port-au-Prince.

«Les tremblements de terre ne tuent pas, ils ne font pas de dégâts s'il n'y a rien à abîmer», souligne Éric Calais, géophysicien à l'Université Purdue, qui étudie le séisme en Haïti.

Selon le Centre américain d'études géologiques (USGS), huit municipalités haïtiennes, dont Port-au-Prince et ses trois millions d'habitants, ont subi une secousse «violente» à «extrême» le 12 janvier. Au Chili en revanche, aucun secteur urbain n'a subi plus qu'un tremblement «sérieux», terme qui correspond au troisième échelon par ordre décroissant de gravité. L'épicentre se trouvait à 325 km de la capitale et plus grande ville du pays, Santiago.

Le séisme chilien a certes libéré 501 fois plus d'énergie à l'épicentre que son prédécesseur haïtien, mais cette énergie se dissipe rapidement en s'éloignant de l'origine, et le sol autour de Port-au-Prince est moins stable et «tremble comme de la gelée», pour reprendre l'expression du géologue Tim Dixon de l'Université de Miami.

Les rescapés haïtiens ont décrit la panique qui les a saisis alors que les immeubles implosaient autour d'eux, qu'ils s'accrochaient à des piliers de ciment pour les voir s'effondrer sous leurs mains. Ils n'avaient reçu aucune instruction sur la conduite à tenir: se réfugier sous une table, se tenir à l'écart des vitres. Au Chili, logements et bureaux sont construits selon des normes antisismiques, leur armature d'acier étant conçue pour osciller avec l'onde au lieu de lui résister.

«Quand vous observez l'architecture au Chili, vous voyez des bâtiments endommagés, mais pas cet effet de crêpe que vous avez en Haïti», note Cameron Sinclair, directeur général de l'ONG Architecture for Humanity, qui a participé à la reconstruction dans 36 pays frappés par des catastrophes naturelles. Des collègues architectes au Chili ont notamment construit des milliers de logements à bas prix respectant cependant les normes parasismiques, affirme-t-il.

Rien de tel n'existait en Haïti. L'architecte local Patrick Midy ne connaît que trois bâtiments construits pour résister aux tremblements de terre dans ce pays, l'un des plus pauvres du monde. Cameron Sinclair dit avoir reçu 400 demandes d'aide au lendemain du séisme en Haïti, et aucune à ce jour du Chili. «Le Chili compte davantage de sismologues de renommée internationale et d'ingénieurs spécialisés par tête qu'aucun autre pays», estime Brian Tucker, président de l'ONG GeoHazards International, basée à Palo Alto (Californie).

Au Chili, «le fait que la présidente [Michelle Bachelet] ait été dehors à faire le point minute par minute quelques heures après le séisme du milieu de la nuit donne une idée de leur capacité de réaction à une catastrophe naturelle», souligne Cameron Sinclair.

Le Chili se trouve dans l'une des régions sismiques les plus actives du monde. «Chaque habitant a probablement déjà connu un tremblement de terre majeur, alors que le dernier à avoir frappé Port-au-Prince remontait à 250 ans», rappelle le géophysicien Éric Calais.