L'économie d'Haïti est réduite en cendres

La pauvreté extrême est évidente, particulièrement dans les camps de réfugiés improvisés au lendemain du tremblement de terre, où s’entassent un million et demi de sinistrés.
Photo: Agence Reuters Carlos Barria La pauvreté extrême est évidente, particulièrement dans les camps de réfugiés improvisés au lendemain du tremblement de terre, où s’entassent un million et demi de sinistrés.

C'est la moitié de l'économie d'Haïti qui s'est écroulée en même temps que les édifices et les maisons ébranlées par le séisme du 12 janvier. Plus de 50 % du produit intérieur brut a été réduit en cendres, a indiqué hier le président du pays, René Préval.

«Dans ce moment de douleur, dans ce moment de désespoir, nous devons relever la tête», a ajouté le président, qui recevait hier son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva pour signer un accord d'aide aux paysans et aux écoliers.

Ayant pris connaissance de l'ampleur de la chute économique de la Perle des Antilles, Lula da Silva a par ailleurs invité la communauté internationale à annuler la dette du pays, qui s'élevait, fin septembre 2008, à 1,88 milliard de dollars, selon un groupe de créanciers publics, le Club de Paris. Le Sénat américain a par ailleurs adopté un texte mercredi pour favoriser l'allégement de la dette.

La pauvreté extrême est évidente, particulièrement dans les camps de réfugiés improvisés au lendemain du tremblement de terre, où s'entassent un million et demi de sinistrés. Les jeunes Haïtiens ont du mal à se projeter dans l'avenir. «Pour moi, l'avenir c'est aujourd'hui; je vis au jour le jour, dans la crainte de nouvelles secousses et dans le besoin de manger. [...] Hier c'était difficile; aujourd'hui, c'est pire», raconte Jeff, un citoyen du plus vieux quartier de Port-au-Prince, Bel Air.

Un voisin approuve. «Nous sommes des échoués, toujours au chômage, sans espoir. Il n'y a pas de vie pour nous», laisse tomber Pierre-André Gourdet, père de sept enfants. «Nous sommes à la rue depuis le soir du 12 janvier, tributaires des gens de bon coeur ou de vieilles connaissances qui nous offrent un plat de temps à autre», ajoute l'homme, qui se sent ignoré par les autorités et les organismes humanitaires.

Présence américaine indéfinie

L'ambassadeur des États-Unis à Haïti, Kenneth Merten, a quant à lui informé que l'armée américaine resterait présente en sol haïtien pour une période indéfinie. «Ce qui est envisagé maintenant, c'est qu'il y ait de plus en plus d'agents de [l'Agence américaine pour le développement international] sur le terrain et de moins en moins de soldats. [...] De mon point de vue, il faudra que certains éléments des troupes américaines restent ici pour l'avenir.»

La forte présence américaine fait jaser depuis le séisme, puisque Haïti a été occupé de 1915 à 1934 par les États-Unis. Le diplomate Merten indique qu'il n'est pas question d'une tutelle. «On travaille depuis longtemps, avant le départ [en 1986 du dictateur] Jean-Claude Duvalier, pour un État démocratique à Haïti. Je crois que [si on tentait aujourd'hui] de prendre en main l'État haïtien, cela voudrait dire que tout ce qu'on a fait auparavant n'a aucune valeur.»

Près de 6500 soldats sont toujours sur le terrain. Il y en avait 20 000 au lendemain du séisme.

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Avec l'Agence France-Presse
1 commentaire
  • Geoffroi - Inscrit 26 février 2010 14 h 03

    Sans ingérence svp

    Il faut aider le gouvernement haïtien de toutes nos forces, sans ingérence étrangère - ni américaine, ni canadienne, ni française -. Ils sont capables. Pas de néocolonialisme paternaliste.