Patrimoine haïtien - Les collections et les archives sont sauvées à la pièce

Tous les types de patrimoine ne sont pas égaux à Haïti. Si les édifices détériorés par le séisme du 12 janvier font l'objet d'inventaires et d'un moratoire sur leur démolition, la sauvegarde des collections d'art et des archives dépend de la bonne volonté de la société civile et des ONG.

«Il y a asymétrie entre patrimoine bâti et archivistique», a constaté Dinu Bumbaru, rentré dimanche d'un second voyage de reconnaissance à Haïti, à Port-au-Prince cette fois, au nom du comité de pilotage du Conseil international des monuments et sites (ICOMOS). «Pour le patrimoine bâti, il y a l'ISPAN [l'Institut de sauvegarde du patrimoine national d'Haïti]. Mais pour les collections et les archives, il n'y a pas de mandataire gouvernemental.»

Il cite l'exemple du Centre d'art, foyer d'émergence de l'art naïf haïtien, qui n'a pas d'inventaire de ses oeuvres, alors que des équipes s'activent à traiter les 2500 oeuvres rescapées du lot des 50 000 pièces du Musée Galerie d'art Nader. Les ONG peuvent combler ces inégalités, souligne-t-il.

L'une d'elles, la Fondation Connaissance et liberté (Fokal), dispose d'un terrain de 3000 mètres carrés pour recueillir, dans des conteneurs surveillés, les objets d'art et documents rescapés des débris d'immeubles effondrés. L'organisme Patrimoine sans frontières a lancé, il y a dix jours, une campagne internationale de sauvegarde pour le Centre d'art et la cathédrale Sainte-Trinité, lieux emblématiques de l'art haïtien puisque cette dernière abritait une imposante fresque murale. «Les responsables de la Trinité isolent progressivement au milieu des gravats les fragments de fresques en vue d'une restauration ultérieure, mais le temps est compté [à cause des pluies imminentes et de la pénurie de bâches] et le travail à réaliser est considérable.»

Quant au patrimoine bâti, Dinu Bumbaru a constaté de visu le véritable «champ de bataille» du centre historique de la capitale. La cathédrale catholique Notre-Dame (1912) «est explosée», dit-il. Ne reste que des parties de façades qui tiennent encore debout. À l'intérieur, les débris sont livrés aux pillards. La cathédrale Sainte-Trinité a été soufflée.

Il y a toutefois des sites pour lesquels des décisions ont déjà été prises: «Il y a une réelle volonté de restaurer le palais présidentiel et le palais de justice, indique M. Bumbaru. Mais dans d'autres secteurs, on a besoin d'espace pour hisser les tentes des camps de réfugiés. Et les églises sont ciblées.»

Le comité de pilotage d'ICOMOS a deux objectifs immédiats dans sa mire: envoyer des experts en structure et en maçonnerie traditionnelle et planifier une réunion pour organiser la reconstruction du patrimoine.