Une force humanitaire de réaction rapide - Haïti illustre le besoin de Casques rouges

Le récent séisme en Haïti a suscité un élan de solidarité et une mobilisation à la mesure de la catastrophe. Malgré cela, des doutes ont surgi sur la rapidité des secours et des critiques ont été formulées quant à la gestion de l'opération. L'ONU a-t-elle suffisamment agi? Trop? Idem pour les États-Unis.

«Ce qui s'est passé a coûté cher en vies humaines. Tout le monde s'est précipité, mais sans nécessairement disposer de l'équipement nécessaire. Il aurait fallu un chef d'orchestre ayant une légitimité reconnue partout et par tous», affirme en entrevue Nicole Guedj, membre du conseil d'État français et présidente de la Fondation Casques rouges.

Selon Mme Guedj, ce ne sont pas les moyens qui ont manqué en Haïti, mais bien la communication et la coordination. Ce qu'il aurait fallu, croit-elle, c'est un «état-major renforcé, capable par anticipation de recenser tous les moyens dont on dispose et de savoir quelles équipes sont géographiquement les plus proches, donc capables d'arriver les premières». Une «force humanitaire de réaction rapide» sous l'égide de l'ONU, en somme.

«Chef d'orchestre», «Casques rouges», les mots sont lancés. Tout en se défendant de vouloir créer une énième structure onusienne, Mme Guedj milite depuis 1997 pour la création de ces Casques rouges, qu'elle décrit comme les «frères humanitaires» des Casques bleus et qui disposeraient de toutes les spécialités et outils technologiques nécessaires.

Haïti

«Haïti a été la catastrophe de trop», celle qui a le plus montré la nécessité de ce projet, croit-elle. Voulant joindre le geste à la parole, Mme Guedj et des membres de la fondation qu'elle dirige se sont récemment rendus en Haïti avec du matériel de communication satellitaire. Elle a réitéré son appel pour la création de Casques rouges à l'occasion de ce voyage, recevant l'appui enthousiaste du président d'Haïti, René Préval.

Avocate spécialisée dans les droits de la personne, Nicole Guedj a occupé les fonctions de secrétaire nationale de l'UMP, puis de ministre d'État aux droits des victimes dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin en 2004. À ce titre, elle s'est intéressée tout particulièrement à la question du droit aux secours. C'est en s'inspirant de programmes canadiens qu'elle a mis sur pied, en France, une procédure pour les cas de disparitions d'enfants.

La création de la Fondation Casques rouges remonte à 1997. «En regardant à la télévision les images montrant des catastrophes, j'ai vu que, souvent, les équipes de secours faisaient double et même triple emplois, alors qu'il n'y avait parfois personne là où les secours étaient le plus nécessaires», explique Nicole Guedj.

«J'ai réfléchi à la meilleure façon d'optimiser les moyens mis en oeuvre dès le début de la mobilisation. J'ai constaté qu'il y a un manque de communication et de coordination et qu'il faut une sorte de chef d'orchestre», poursuit-elle.

Mme Guedj croit que l'agence onusienne actuellement responsable de la coordination de l'aide humanitaire, l'OCHA, «est privée du rôle opérationnel que pourraient lui reconnaître les États et qu'elle ne dispose par conséquent ni des moyens ni de l'autorité nécessaire pour jouer ce rôle».

«On l'a vu lors du tsunami dans l'océan Indien et on l'a encore vu en Haïti cet hiver», ajoute-t-elle. Il reste qu'à ses yeux, seule l'ONU jouit de la représentativité, de l'universalité, et donc de la légitimité nécessaire pour jouer ce rôle. «Je ne partage pas toutes les critiques de ce que De Gaule appelait "ce grand machin", dit-elle. L'ONU a le mérite d'exister. Que ferions-nous sans elle?»

Le tsunami

Nicole Guedj se défend de critiquer les États-Unis pour le rôle qu'ils ont joué au lendemain du tremblement de terre en Haïti. Au contraire. «Ils ont assuré un minimum d'ordre à l'aéroport de Port-au-Prince, qui était devenu saturé. On leur fait un mauvais procès», dit-elle, ajoutant toutefois: «Des Casques rouges 100 % humanitaires auraient eu plus de légitimité.»

Après le tsunami qui a frappé l'Asie du Sud en 2004, Nicole Guedj a travaillé du point de vue diplomatique pour faire avancer son projet. «Kofi Annan avait accepté le principe. Nous avons commencé à travailler, mais nous n'avons pas eu le temps d'aboutir», dit-elle.

«Je suis consciente que l'idée est ambitieuse, poursuit-elle. Je sais que les grandes causes sont dures à défendre, qu'elles ne sont jamais entendues du premier coup. Mais il faut que les gouvernements et les chefs d'État trouvent un terrain d'entente.»

Nicole Guedj place beaucoup d'espoir dans la prochaine conférence sur la reconstruction d'Haïti pour faire avancer son idée des Casques rouges, qui aurait la faveur d'une forte majorité de Français d'après un récent sondage.

«Nous n'avons pas tiré les leçons du tsunami. Nous devons tirer les leçons d'Haïti», conclut-elle.
7 commentaires
  • Stéphane Doré - Inscrit 18 février 2010 09 h 56

    Arrêtez de tout vouloir centraliser

    L'ONU est déjà assez tentaculaire comme elle l'est en ce moment; et j'ajouterais, de moins en moins indépendante et plutôt soumis aux intérêts et commandements de l'occident, les USA en tête.

    L'aide à Haïti aurait été déployée beaucoup plus efficacement si justement les USA n'avaient pas "pris le contrôle" de l'aéroport de Port-Au-Prince. Cette assertion est abondamment reprise par divers intervenants et largement documentée. Ç'aurait été la même chose si une instance onusienne avait joué ce rôle, puisque l'ONU est trop sujette à l'influence américaine.

    La centralisation créé un effet de bottleneck décisionnel, c'est précisément ce qui nuit à l'efficacité de ce genre d'opération. Bien qu'il y ait des problèmes de logistique liés à la multiplicité des acteurs la situation serait pire si on concentrait d'avantage la prise de décision et si on ajoutait une instance de contrôle.

  • Catherine Paquet - Abonnée 18 février 2010 10 h 42

    Faut-il une caserne de pompiers sans frontières?

    Ces pompiers, stationnées on ne sait où, spécialisée en on ne sait quoi, seraient-ils arrivés plus rapidement et surtout auraient-ils fait démarrer l'aéroport de Port-au-Prince plus rapidement que ne l'ont fait les spécialistes américains.

    Ce n'est pas que l'idée soit ambitieuse qui cause ici des réserves, c'est que les catastrophes frappent à intervalles irréguliers, de façon imprévisibles et laisse les lieux dans un état également imprévisible.


    Je soutiens qu'aucun contingent mis en place par l'ONU n'aurait pu faire mieux que ce que les canadiens et les américains ont fait. Pour qu'un contingent de l'ONU, quelque soit la couleur des casques se déploie sur le errain, il faut plusieurs semaines quand ce n'est pas des mois. Mais d'abord, il aurait fallu que l'ONU envoie sur le terrain des éclaireurs pour déterminer quel genre d'expertise est nécessaire. Il aurait fallu avant cela que l'ONU soit bien informée de la catastrophe.

    Souvenons-nous de la réaction, ou plutôt du manque de réaction de l'ONU aux signaux qui étaient envoyés par ses envoyés au Rwanda. Mettons-donc la confiance et nos ressources là où on a la preuve que cela a fonctionné.

    On peut comprendre que le Président Préval ne refuse pas une idée qui peut un jour aider son pays, mais l'urgence, ici, n'est pas dans cette direction.

  • Michaël Lessard (micles.biz) - Abonné 18 février 2010 16 h 32

    Reconversion de l'armée

    Des parties de l'armée, avec ses qualités de mobilisation rapide et son esprit de corps (travail d'équipe massif), pourraient être convertie de plus en plus en force d'aide rapide.

    Évidemment, pour ne pas mêler les cartes avec les organismes humanitaires, de telles interventions humanitaires doivent se faire sans arme. Les organismes humanitaires ne veulent pas que les armées, contrôlées par des gouvernements intéressés, se confondent avec l'aide indépendante humanitaire. Sinon les organismes peuvent devenir des cibles, perçus comme une extension des missions militaires, en temps de conflit (comme en Afghanistan).

    Néanmoins, il serait positif pour l'Humanité, qu'une partie des armées soit convertie en force d'intervention positive lors de catastrophes. On pourrait le faire au Canada d'abord.

    Pour une force internationale, elle doit être dirigée par l'ONU, car sinon elle serait trop contrôlée par certains États (elle ne doit pas être liée du tout à l'OTAN par exemple). L'idée que l'ONU est contrôlée par les États-Unis est ridicule: les États-Unis n'aiment pas l'ONU justement parce qu'elle n'est pas assez soumise à leur autorité.

  • Catherine Paquet - Abonnée 18 février 2010 20 h 59

    L'ONU a beaucoup de qualité, mais pas celle d'agir rapidement. Ni de se coordonner mieux que les autres.

    Il est trop facile et à la limite cynique pour des observateurs, assis tranquillement dans leur salon, de dire qu'ils auraient pu faire mieux que ceux qui se sont précipités pour remettre en marche l'aéroport de Port-au-Prince et le Port de la Capitale, tous deux endommagés par le temblement de terre.

    Il n'existe aucune méthode qui permette à quiconque de dire, avant qu'une catastrophe ne se produise, quelle est la meilleure façon d'intervenir pour minimiser les dégats et organiser les secours. Les décisions ne peuvent se prendre que par des gens qui savent qu'ils ont à leur disposition les instruments et les moyens pour intervenir rapidement et efficacement. Il n'est absolument pas possible de prévoir et de prédire ce qu'une prochaine catastrophe pourrait exiger comme intervention. Toutes les catastrophes sont pas définition des expériences uniques et imprévues. Personne n'est préparés à y faire face. Qu'il s'agisse de l'irupion d'un volcan, d'un gtsunami, d'une crise du verglas ou d'un tremblement de terre. Et je puis affirmer que dans chacune de ces ciconstances, les pompiers et les policiers n'ont pas été de plus de secours que les autres fonctionnaire, serviteurs et techniciens de l'administration publique qui ont inventé des solutions à mesure que la situation évoluait.

    Alors, pour les recettes qui seraient meilleures que les autres, permettez-moi d'exprimer des doutes très sérieux.

  • Gaiagernaire - Inscrit 24 février 2010 08 h 16

    Des excuses pour Haïti

    Une profonde réflexion s'impose. L'article écrit par Carlos Wesley dans Nuevo Federalista "Haïti is no natural disaster" et cité sur le site, en date du 23 février 2010 : http://larouchepac.com/node/13647 nous donne tout un historique.
    Voir aussi les commentaires suite à l'article de Préval et al, plus bas dans cette rubrique.