La Port-au-Prince du Nord, un mois après le séisme

Une femme attend patiemment une consultation à la Maison d’Haïti.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une femme attend patiemment une consultation à la Maison d’Haïti.

Leurs pensées tournées toutes entières vers Haïti depuis un mois, plusieurs Québécois d'origine haïtienne mettent tout en oeuvre pour faire venir leurs proches au Canada. Par centaines, ils s'entassent quotidiennement dans les centres de crise mis sur pied depuis le 12 janvier pour chercher une solution avec les agents d'immigration, mais aussi pour partager leurs souffrances.

À l'aube de la trentaine, Manie Augustin veut sortir ses grands-parents d'Haïti, forcés de passer les nuits à la belle étoile, le tremblement de terre ayant «fendu en deux» leur maison de Cap-Haïtien. Elle entend, elle-même s'il le faut, aller les chercher sur l'île. «Je veux juste avoir un visa et qu'ils viennent ici pour quelques mois. C'est pressant», dit-elle.

Assise au milieu d'une salle d'attente où se sont agglutinées des dizaines de personnes, elle souligne l'immense soulagement qu'elle a ressenti lorsque, pour la première fois après le séisme, elle a pu, enfin, échanger quelques mots avec eux. C'est à force de coups de fil qu'elle réussit fin janvier à communiquer avec ses proches. «J'ai appelé tous les jours. Je n'ai trouvé personne. Tu appelles et tu demandes: "Est-ce qu'un tel est vivant?"», raconte-t-elle, avant de faire remarquer qu'elle est toujours sans nouvelles de plusieurs personnes de son entourage. «On reste positif. On ne dit pas que quelqu'un est mort, on dit que quelqu'un est disparu. C'est comme ça», dit Manie Augustin, laissant entrevoir une grande résilience.

Derrière elle, Chery Maxo appelle de tous ses voeux qu'Immigration Canada donne le feu vert à ses deux frères et à ses deux soeurs, ainsi que leurs enfants, pour immigrer au pays. «Ils sont dans la rue. Moi, je suis ici. J'ai une maison. J'ai tout», fait-il savoir. «Ma famille vit dans la misère. C'est vraiment dur pour moi», ajoute-t-il, secouant la tête.

Marie Renette Philistin faisait pour sa part le pied de grue dans le corridor du centre communautaire. Elle a promis à son «petit frère», retrouvé sous les décombres de sa maison trois jours après le séisme, de tout faire pour le faire venir au Canada. «Il ne peut pas parler. Il doit rester couché», dit-elle.

«C'est insupportable pour les gens de se dire: "Ce n'est pas possible que nous soyons ici, bien confortables et en sécurité, alors que nos proches sont dans la rue ou dans des camps de réfugiés avec rien"», dit la directrice des programmes à la Maison d'Haïti, Marjorie Villefranche, prise dans un tourbillon depuis un mois. C'est donc par centaines qu'ils continuent d'affluer dans les centres de crise, où Immigration Canada, Services Québec, mais également des psychologues et des travailleurs sociaux ont élu domicile le temps de la crise.

Une communauté sous le choc

À peine une demi-heure après avoir appris la terrible nouvelle, les Montréalais d'origine haïtienne sont accourus en grand nombre vers la Maison d'Haïti le 12 janvier. «Des gens venaient, s'asseyaient. Ils disaient: "Je viens ici parce que c'est la Maison d'Haïti, mais je ne sais pas ce que je veux"», affirme Marjorie Villefranche. «Après l'état de choc, c'était l'inquiétude, parce qu'on n'arrivait pas à contacter nos familles sur place», ajoute-t-elle.

Près de 15 kilomètres à l'est, l'équipe de Ruth Mibel, qui a investi le centre communautaire de Pointe-aux-Trembles, a réussi le tour de force de numériser une à une les photos des centaines de personnes qui manquaient à l'appel au lendemain du séisme et que lui apportaient des parents angoissés. À quelques reprises, la coordonnatrice du centre RDP-Solidarité pour Haïti a pu faire le bonheur de quelques-uns, trop rares, en les mettant en contact avec leurs proches, que la Croix-Rouge, des organisations non gouvernementales ou les Affaires étrangères du Canada étaient arrivées à localiser.

À la Maison d'Haïti — lieu de repli des 100 000 Montréalais d'origine haïtienne —, ce sont ajoutées deux cellules de crise, une à Rivière-des-Prairies et une autre à Montréal-Nord. Les trois centres de crise ont aussi rapidement que possible mis à la disposition de la communauté haïtienne éplorée des dizaines de téléphones afin qu'ils puissent communiquer avec leurs proches, ou, du moins, essayer de le faire.

Les gens prenaient acte des bilans des morts et des disparus qui s'alourdissaient de jour en jour avec consternation. «Les gens sont devenus d'une tristesse incroyable. Il y a des gens qui faisaient la liste des vivants. Ils en avaient marre de faire la liste des morts.»

Des équipes de psychologues et de travailleurs sociaux ont également été déployées. «Il y avait des personnes qui souffraient de haute pression. Quand on prenait leur tension, on se rendait compte qu'elles allaient exploser», se rappelle Mme Villefranche. «Les gens sont complètement déboussolés», lance Ruth Mibel, qui reçoit en moyenne 100 personnes quotidiennement. Quelque 200 familles sont pour leur part accueillies, chaque jour, à la Maison d'Haïti, située en plein coeur du quartier Saint-Michel.
5 commentaires
  • Maryanne - Inscrite 13 février 2010 10 h 36

    faire venir leur proche|

    Je compatie à leur misère MAIS nous ne sommes pas la seul région sur cette planète.

  • strux - Inscrit 13 février 2010 11 h 42

    @jacques noel

    Pour ton info, tout haitien qui se trouvaient aux USA avant le 13 ont quand meme obtenu le droit de rester et travailler sur decision du gouvernement.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 13 février 2010 16 h 57

    Surpopulation


    Le problème fondamental d´Haiti est la surpopulation (actuellement 8 millions , et doublement à tous les 25 ans), sur un territoire si exigu.

    À moyen et long terme, seul un meilleur contrôle des naissances pourrra assurrer la pérennité de ce peuple.

    Voici d'ailleurs ce qu’écrivait Pierre-Raymond DUMAS dans le Juriste haïtien le 7 janvier 2008 :

    « Le contrôle des naissances en Haïti, un impératif majeur

    Il faut bien, à la fin, donner cours à une juste inquiétude et dénoncer publiquement ce laxisme inqualifiable qui, depuis plus d'une vingtaine d'années, ne tend à rien de moins, en tous points, qu'à déposséder les Haïtiens de leur avenir, de leur sécurité, de leur développement. Il s'agit du phénomène de l'explosion démographique. Ce déséquilibre macabre et dévastateur qui s'amplifie sans cesse entre nos ressources matérielles et notre taux de natalité est à la base de la presque totalité de nos plaies abyssales, de nos grands défis, de nos difficultés les plus alarmantes : la dégradation environnementale, la bidonvillisation, le pullulement des marchés-marchands ambulants, la criminalité bondissante, les boat people, les écoles-universités borlette, l'exode rural, les enfants des rues, la délinquance juvénile, la pédophilie, etc., etc. Bien entendu, on simplifie le plus vite possible.

    S'il y a aujourd'hui un danger pour la démocratie, la paix publique, l'harmonie sociale en Haïti, il ne vient pas d'un secteur politique mais de ces jeunes qui grandissent sans formation professionnelle ni emplois, de ces catégories sociales déplacées qui vivent dans des bidonvilles insalubres. Ce pays est trop pauvre pour répondre aux besoins immenses et pressants de tous ses fils qui naissent en si grand nombre. Cette spirale infernale-population-pauvreté - s'est accélérée sous les coups de boutoir de l'instabilité politique et de l'affaissement de l'autorité de l'Etat. Si on ne la freine pas, cela finira pas mal tourner dans 15, 20, 40 ans. Mais comment ? Quand ?

    Voyons les perspectives. Et imaginons nos principales villes dépourvues de services d'électricité, de ramassage d'ordures, et d'eau potable appropriés, d'une force de sécurité publique adaptée aux pressions démographiques, d'hôpitaux et de prisons y afférents, etc., etc.

    Aujourd'hui, la population de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince s'élève à plus de deux millions d'habitants. Evidemment, le phénomène urbanistique et démographique majeur, disons de préférence épouvantable, c'est cette concentration d'une forte densité de la population nationale dans l'aire métropolitaine, c'est-à-dire Port-au-Prince, Carrefour, Cité Soleil, Pétion-Ville, Delmas. Au rythme actuel d'évolution, elle doublera d'effectif dans l'espace de 14 ans (2017). Comment va-t-on «gérer» 4 millions d'habitants en tous points (eau, sécurité, logement, emploi, santé, etc.) ? »

  • Yves Capuano - Inscrit 14 février 2010 10 h 29

    Non au malthussianisme de Monsieur St-Arnaud

    Vers 1798 paraissait "L'essai sur le principe de population" de l'économiste Thomas Malthus. Il y a donc de cela 212 ans que des penseurs émettent l'hypothèse d'une surpopulation de la planète. Le fondement de la théorie est simple, voir simpliste: Les ressources naturelles sont limitées et donc moins il y aura de monde pour se partager la même tarte, plus chacun en aura un plus gros morceau. Il n'est pas difficile d'imaginer les conséquences pratiques de l'application de cette théorie. Au temps de Malthus, la population mondiale était d'environ 1 milliard d'habitants. Aujourd'hui elle est de 6 milliards. En conséquence, puisque la planète était déjà trop populeuse à cette époque , selon Malthus, au moins cinq habitants sur six de la planète actuelle ne devraient pas exister ! Donc éliminez 5 personnes sur 6 de votre entourage et vous commencer à satisfaire Monsieur Malthus!

    En réalité toute cette théorie repose sur un immense oubli: Le progrès technologique n'existe pas pour Malthus. C'est pourtant le progrès technologique qui permet à l'homme de pouvoir augmenter sa densité de population. C'est le progrès technologique qui, sans cessse, nous a fait découvrir des ressources naturelles. Le bois, le charbon, le pétrole, et maintenant l'énergie nucléaire se sont succédées pour augmenter notre capacité énergétique par km de surface habitable.

    Selon M. St-Arnaud il y aurait trop d'haïtiens en Haïti.
    Selon lui donc le séisme haïtien serait donc une bonne nouvelle. Tout comme le serait une période prolongée d'épidémie qui ferait mourir plus d'haïtiens
    car les survivants en seraient plus riches. Poursuivons donc le raisonnement jusqu'au bout et déclenchons donc une guerre civile en Haïti afin d'éliminer plus de gens et ainsi on enrichira les survivants encore plus! C'est à peu de choses près ce que pensent les environnementalistes au niveau planétaire: Il y a trop de monde et donc éliminons les gens pour sauver la planéte.

    Monsieur se demande aussi comment les haïtiens pourront gérer 4 millions d'habitants à Port-au-Prince alors qu'actuellement ils peinent à en faire vivre 2 millions.

    Mais, Monsieur, de la même façon que les new-yorkais font vivre 20 millions d'habitants sur une surface équivalente! Il y a d'autres mégapoles aujourd'hui comme Tokyo, Mexico qui avoisinent environ 20 millions d'habitants et ceux-ci ne se portent pourtant pas plus mal.

    C'est ici qu'intervient la mise en place d'un plan Marshall visant à développer Haïti. C'est la construction de nouvelles infrastructures énergétiques et de transport qui permettra le développement de Haïti. Il s'agit aussi de développer l'agriculture haïtienne afin de permettre le développement des régions de ce pays. Une politique protectionniste sera nécessaires, probablement pour une dizaine d'années au moins, en matière d'agriculture dans ce pays. Il y a des milliards d'investissements nécessaires non seulement pour reconstruire ce qui a été détruit, mais construire aussi ce qu'il n'y a jamais eu en Haïti: des infrastructures énergétiques et de transport nécessaires pour une population de 9 millions d'habitants. Cela nécessitera la constructions de centrales nucléaires, de ponts, de routes et d'autoroutes, de chemins de fer, de ports, d'aéroports qui ont tant manqué à ce peuple lors du séisme. Cela nécessitera la construction d'habitations et d'édifices pouvant résister à des séismes de la même amplitude que celui-ci.

    Là , seulement, si la communauté internationale met en place un programme de développement infrastructurel de plusieurs dizaines de milliards, on pourra parler de développement dans ce pays. Sinon, c'est votre logique de la mort qui l'emportera...

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 14 février 2010 17 h 29

    La Chine

    Loin de moi de suggérer que le séisme en Haiti soit une bonne nouvelle, tel que le laisse entendre un blogueur de façon tordue. J'aime trop le peuple haïtien pour cela.

    Au-delà de l'optimisme du blogueur que je respecte, car il il est un signe d'espoir, il reste qu'avec un meilleur contrôle des naissances, un pays comme la Chine est passée en 30 ans du rang de pays extrêmement pauvre à celui (bientôt) de première puissance économique mondiale.