Premiers pas dans la neige

Une Haïtienne évacuée arrivant à Montréal, le 17 janvier.
Photo: Agence Reuters Christinne Muschi Une Haïtienne évacuée arrivant à Montréal, le 17 janvier.

Les Jeux olympiques envahissent l'actualité, mais les dernières répliques du séisme agitent toujours la diaspora haïtienne de Montréal, qui a accueilli plus de 3500 personnes en un mois, ramenées d'Haïti par l'armée canadienne.

Quand on lui demande ce qui l'a marqué à son arrivée au Canada, Ugor St-Fort, un jeune musicien de 24 ans, n'hésite pas une seconde: «Le froid! Il faisait moins 40 quand j'ai atterri», s'exclame-t-il. «Je pense qu'il ne faisait que moins 18», tempère Jean Baptiste Bonny, 40 ans, docteur en économie en mission pour l'ACDI, l'Agence canadienne de développement international.

Ces Haïtiens, résidants permanents ou citoyens binationaux, composent un échantillon assez représentatif de la diaspora de Montréal, qui compte pas moins de 100 000 personnes.

En un mois, la Croix-Rouge a accueilli une quarantaine d'avions de rapatriement. L'organisation peut se charger des réfugiés pendant 72 heures en leur fournissant assistance, hébergement, alimentation et vêtements. Au-delà de ce laps de temps, c'est le ministère de la Sécurité publique qui prend le relais. Sur presque 3500 évacués, un peu moins du tiers a dû être hébergé temporairement à l'hôtel Wyndham, qui sert de centre de transition depuis la catastrophe. De plus, 1200 personnes ont pu profiter de coupons pour acheter des vêtements d'hiver chez Walmart. En effet, la plupart des évacués ont quitté leur pays avec une simple valise, et sont passés en quelques heures de la fournaise haïtienne au frigo québécois.

D'autres réfugiés, moins chanceux, ont dû transiter par la République dominicaine et n'ont pas pu profiter de l'aide de la Croix-Rouge. À la Maison d'Haïti, on se souvient du cas de cette femme, sans ressources et sans logement, qu'il a fallu aider.

Pour Ugor, l'accueil a été plus facile. «Mon père, ma petite soeur et mes cousins habitent déjà à Montréal», dit le jeune artiste toujours nostalgique de son île. Il y retournera dans quelques mois pour terminer ses démarches administratives, puis espère pouvoir reprendre ses études au Québec. En attendant, il témoigne, explique et répond aux questions des curieux: «Les gens ne se rendent pas compte de ce que les Haïtiens endurent là bas.»

De son côté, Jean Baptiste espère que la catastrophe va enfin changer les choses. Dès qu'il le pourra, l'économiste repartira sur le terrain, avec l'ACDI, ou un autre organisme d'aide. «Il faut que nous en profitions pour décentraliser le pays, désengorger Port-au-Prince et en finir avec la mentalité du laisser-faire», affirme-t-il. Ugor approuve: «Avant le 12 janvier, on disait: "Je ne suis pas venu pour changer Haïti, je l'ai trouvé comme ça", mais maintenant, on ne pourra plus dire ça.»

Tous s'interrogent sur la place que pourrait prendre la diaspora dans la reconstruction du pays. Pour Jean Baptiste Bonny, on ne pourra plus se contenter d'envoyer des fonds, il faudra aussi surveiller ce qu'ils deviennent. «Le point positif, finit-il par conclure, c'est que l'argent ne sera pas entre les mains du gouvernement.»

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Valerian Mazateau
Collaboration spéciale