Les Haïtiens puisent leurs forces dans la prière et les chants

Plusieurs Haïtiens s’étaient vêtus de blanc éclatant, hier à l’invitation du gouvernement, ce qui tranchait avec les conditions d’hygiène des milliers de rescapés.
Photo: Agence Reuters Ivan Alvarado Plusieurs Haïtiens s’étaient vêtus de blanc éclatant, hier à l’invitation du gouvernement, ce qui tranchait avec les conditions d’hygiène des milliers de rescapés.

La prière et les chants ont marqué le triste anniversaire du séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier. Les Haïtiens ont afflué dans les lieux de culte, vêtus de leurs plus beaux habits, en mémoire des 217 000 personnes décédées.

Partout à Port-au-Prince, on entendait hier des Je vous salut Marie. Devant la cathédrale Notre-Dame-Catholique, qui s'est écroulée lors du tremblement de terre, des centaines de personnes s'étaient rassemblées pour se recueillir. «Je prie pour tous ceux qui sont morts et pour moi-même et ceux qui dorment dans la rue», a expliqué une Port-au-Princienne, Roselaure Haspin. Autour d'elle, des femmes portaient leur plus belle voilette et des hommes se tenaient la tête, les yeux clos, tous se balançant au rythme des hymnes. Plusieurs s'étaient même vêtus de blanc éclatant, à l'invitation du gouvernement, ce qui tranchait avec les conditions d'hygiène des milliers de rescapés.

Cette image correspond à ce qui s'est passé hier à l'échelle du pays. Dans les camps de réfugiés, les gens se sont levés à l'aube pour prier. Les églises étaient bondées, les rues étaient pleines de fidèles qui, les bras levés au ciel, remerciaient le Seigneur de les avoir sauvés. Dans les rues de la banlieue de Pétionville, des haut-parleurs transmettaient des cérémonies pour ceux qui n'avaient pas réussi à entrer dans les lieux de culte. Les Haïtiens catholiques, vaudous, protestants, baptistes se sont tous rassemblés. «À la suite du séisme, l'aigreur, le mépris, les ressentiments sociaux, les complexes si forts semblent avoir perdu de leur poids», a déclaré l'évêque haïtien Joseph Lafontant.

Même le président René Préval, qui a fait peu de sorties publiques depuis que le séisme a frappé, a participé à une cérémonie religieuse à l'Université Notre-Dame, à Port-au-Prince. À la fin de la cérémonie diffusée à la télévision, le président s'est adressé à la nation. «Haïti ne périra pas, Haïti ne doit pas périr. Je n'ai pas de mots pour parler de cette douleur immense. C'est dans votre courage que nous trouvons la force de continuer», a lancé le chef d'État, ému. Il a invité la population à «essuyer [leurs] larmes pour rebâtir Haïti», tandis que des gouttes roulaient sur les joues de plus d'un. Il a demandé au peuple de soutenir son gouvernement, sans évoquer les petites manifestations demandant sa démission ces derniers jours.

De nombreux édifices religieux de Port-au-Prince ont été détruits, dont l'église du Sacré-Coeur, la plus vieille d'Haïti, et l'église épiscopalienne de la Sainte-Trinité, avec ses célèbres peintures murales réalisées par les plus grands artistes haïtiens des années 1950.

Des organismes ont continué à distribuer de la nourriture, l'une des seules activités qui ne se déroulaient pas au ralenti hier. Selon les agences de l'Organisation des Nations unies, 2,5 millions de personnes ont été nourries en Haïti dans le cadre de l'aide alimentaire depuis un mois.

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Avec l'Agence France-Presse et l'Associated Press