Une femme à la présidence du Costa Rica?

Laura Chinchilla
Photo: Agence Reuters Carlos Leon Laura Chinchilla

San José — Le Costa Rica, la démocratie la plus stable d'Amérique centrale, a voté hier dans une présidentielle qui pourrait porter, pour la première fois, une femme à sa tête: Laura Chinchilla, candidate du parti au pouvoir et héritière du chef de l'État sortant Oscar Arias. Les bureaux de vote ont été fermés à 18h locales, à l'issue d'un scrutin organisé dans le calme, selon les autorités du pays et les observateurs étrangers.

Mme Chinchilla, ancienne ministre et vice-présidente de M. Arias, avait un avantage considérable, selon les derniers sondages avant le scrutin, qui lui permettaient même d'envisager une victoire dès le premier tour.

La barre pour une élection directe est fixée à 40 % des suffrages, et Mme Chinchilla, une politologue de 50 ans, était créditée de 41 %, loin devant ses principaux rivaux, l'avocat de droite Otto Guevara (22 %) et Otton Solis (19 %), représentant du centre gauche.

Tous deux en sont à leur troisième tentative, après deux échecs, le dernier d'extrême justesse pour M. Solis qui a été battu de 1 % seulement par M. Arias en 2006. Si un second tour était nécessaire, il serait organisé le 4 avril.

Le président sortant, 69 ans, Prix Nobel de la Paix en 1987 pour son rôle dans l'arrêt des guerres civiles en Amérique centrale, ne pouvait briguer un second mandat consécutif conformément à la Constitution, mais ses opposants jugent que Mme Chinchilla est sa «marionnette».

Les 2,8 millions d'électeurs, soit environ la moitié de la population de la «Suisse d'Amérique centrale», étaient également appelés à renouveler la composition du Congrès de 57 membres et la direction des municipalités.

L'issue du scrutin ne modifiera guère la ligne politique du pays. Le Parti de libération nationale (PLN) de M. Arias et de Mme Chinchilla est officiellement social-démocrate. Mais pour M. Solis, qui a été ministre dans le premier gouvernement Arias (1986-1990), il a viré au centre-droit.

Quant à Me Guevara, avocat ultralibéral de 49 ans, il proclame que sa «victoire serait celle de politiques publiques différentes de celles qu'on applique dans d'autres pays d'Amérique latine», en allusion aux pays marqués à gauche.

Îlot de paix

Le Costa Rica, qui a décidé de ne plus avoir d'armée nationale après une guerre civile en 1948, demeure un îlot de paix et de prospérité dans une région au taux de criminalité élevé, secouée par le coup d'État du 28 juin au Honduras.

Il a toutefois découvert ces dernières années l'insécurité et la violence criminelle qui minent ses voisins.

Mme Chinchilla a ainsi fait de la criminalité et de la drogue les premières cibles de son discours, au même titre que la relance économique, après la chute du PIB de 1,3 % en 2009 dans un pays qui a largement fondé sa prospérité sur l'afflux d'investissements étrangers.

Deux cents observateurs internationaux s'étaient placés pour le scrutin.

«Tout se passe dans l'ordre, il y a une décision civique des Costariciens de participer», avait déclaré à la presse à la mi-journée l'ancienne ministre colombienne des Affaires étrangères Maria Emma Mejia, qui dirige une mission de 52 observateurs de l'Organisation des États américains (OÉA).

«Aucune anomalie ne nous a été signalée», avait-elle ajouté. L'abstention pourrait toutefois être élevée, comme aux précédentes élections, où elle a dépassé 30 %.