170 000 cadavres ont été retirés des décombres

Dépossédé de tout, un homme — nu — marche dans une rue de Port-au-Prince.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Philippe Ksiazek Dépossédé de tout, un homme — nu — marche dans une rue de Port-au-Prince.

Pendant que les agences de l'ONU énonçaient leurs priorités aux décideurs politiques et économiques réunis au Forum économique mondial de Davos, le chef de l'État haïtien, René Préval, faisait savoir à Port-au-Prince que les cadavres de près de 170 000 victimes ont été ramassés depuis le séisme du 12 janvier.

«En quinze jours, beaucoup d'efforts ont été déployés. La Compagnie nationale d'équipement a fait beaucoup d'efforts en enlevant près de 170 000 morts dans les rues et a déblayé les avenues pour faciliter la circulation», a-t-il déclaré à l'occasion d'un point de presse.

Le président haïtien a par ailleurs vigoureusement rejeté l'idée selon laquelle les infrastructures haïtiennes, dont le port et l'aéroport, avaient été «mises sous tutelle» étrangère, notamment celle des Américains. «Vous avez dit que le port et l'aéroport avaient été mis sous tutelle», a affirmé M. Préval en réponse à la question d'un journaliste. «Je vous dis que le mot que vous employez, même s'il est français, et je parle un peu français, n'est pas bon», a-t-il répondu. «Nous sommes dans une situation qui serait une catastrophe dans n'importe quel pays du monde et, même pour un tremblement de terre en Italie, je vois qu'on demande de l'aide», a-t-il déclaré, soulignant qu'«Haïti était déjà très faible». «Vraiment, je ne sais pas où se pose la question de la souveraineté», a-t-il ajouté. Reprenant l'engagement de la France de reconstruire à l'identique le palais présidentiel, qu'il avait plus tôt confirmé, il a ironisé: «Est-ce à dire que le palais national est sous tutelle française?»

Associer le secteur privé à la reconstruction

Devant 2500 dirigeants politiques et économiques réunis à Davos, en Suisse, la catastrophe de Port-au-Prince a été exposée par Josette Sheeran, directrice générale du Programme alimentaire mondial (PAM), Catherine Bragg, directrice adjointe de la coordination humanitaire de l'ONU (OCHA) et Ann Veneman, directrice générale de l'UNICEF, ainsi que plusieurs dirigeants d'ONG.

L'ancien président américain Bill Clinton, qui est aussi envoyé spécial de l'ONU en Haïti, doit pour sa part lancer aujourd'hui une initiative visant à associer le secteur privé à la reconstruction.

«C'est la catastrophe la plus compliquée à laquelle nous avons été confrontés», a dit sans ambages Mme Sheeran, parlant de «cauchemar». Dans deux domaines au moins, l'agroalimentaire et le textile, le privé pourrait trouver des «occasions» d'investissements, a-t-elle expliqué hier.

Ann Veneman a dressé un tableau de la situation des enfants, qui étaient en nombre esclaves domestiques avant le séisme. Une des priorités de l'UNICEF est l'ouverture de «centres pour les enfants non accompagnés», a-t-elle dit, mettant en garde contre le trafic d'enfants. Mme Veneman a aussi dénoncé «le problème de la protection des jeunes filles dans les camps» et le sort de milliers d'enfants amputés. L'ONU est notamment à la recherche de sociétés et d'ONG capables d'investir dans la fabrication de prothèses sur place. Les enfants «ont besoin d'être nourris, d'être abrités, d'être retrouvés, d'être maintenus sains et saufs», a-t-elle martelé.

Les donateurs ont été appelés à s'appuyer sur les grandes ONG expérimentées, et à cesser les critiques «simplistes» contre l'aide américaine. À court terme, l'argent liquide est «le moyen le meilleur», «car nous pouvons l'utiliser de manière très ciblée», a observé Mme Sheeran. «Il faut de l'argent liquide, non des marchandises», a insisté Mme Bragg. Mais «il y a deux marchandises dont les Haïtiens ont besoin de façon désespérée: les repas prêts à consommer et les tentes», a-t-elle dit, en soulignant l'insécurité montante en raison de la rareté des vivres et de l'approche de la saison des pluies.

Effacer la dette d'Haïti

Le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, a appelé nommément les deux derniers créanciers bilatéraux d'Haïti qui n'ont pas encore annulé la dette de ce pays, soit Taïwan et le Venezuela, à le faire sans délai.

Le Canada et ses partenaires, créanciers réunis au sein du club de Paris, ont quant à eux annulé la dette d'Haïti l'an dernier, «avant même que le séisme ne frappe», a-t-il fait remarquer.

Des institutions comme la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Ban-que mondiale ont aussi effacé 973 millions de dollars américains de créances d'Haïti en juillet 2009, soit presque l'ensemble de la dette du pays à leur égard, mais elles peuvent faire plus, a laissé entendre le ministre lors d'une conférence de presse.

M. Flaherty a ajouté que ces questions seraient discutées lors de la réunion des ministres des Finances du G7 à Iqaluit, début février.

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Avec l'AFP et Reuters