Du pain et des abris

Devant le palais présidentiel, les sinistrés se bousculaient pour obtenir un peu de nourriture.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jewel Samad Devant le palais présidentiel, les sinistrés se bousculaient pour obtenir un peu de nourriture.

Le président haïtien, René Préval, a appelé hier la communauté internationale à fournir de toute urgence quelque 200 000 tentes pour protéger les familles que le séisme a laissées sans abri, avant que la saison des pluies ne ruine les efforts déjà entrepris.

«L'urgence s'aggrave avec la proximité de la saison des pluies», a-t-il indiqué. La saison des pluies commence habituellement en mai en Haïti, mais des tempêtes peuvent survenir plus tôt.

Quelque 200 000 tentes familiales respectant les normes onusiennes «sont urgemment nécessaires», a affirmé M. Préval, invitant les pays participant à l'aide à puiser dans leurs stocks militaires au profit du million de sinistrés.

L'ONU a mis en garde contre le risque de catastrophe sanitaire que pourraient provoquer de fortes pluies alors que des centaines de milliers de personnes sont toujours sans abri. Quelque «36 millions de rations alimentaires prêtes à manger sont indispensables pour faire face aux besoins de 1,5 million de personnes pendant 15 jours», a affirmé le président haïtien.

D'ailleurs, une opération de distribution d'aide quotidienne a viré au chaos hier à Port-au-Prince devant le palais présidentiel haïtien, alors que 18 Casques bleus tentaient à eux seuls de contenir une foule d'environ 4000 Haïtiens affamés.

Un soldat repoussait la foule avec un bouclier en plexiglas, tandis que ses collègues utilisaient des bombes au poivre contre les Haïtiens les plus proches. D'autres Casques bleus tiraient des balles de caoutchouc en l'air, dans l'indifférence quasi totale des Haïtiens se bousculant pour les précieux vivres fournis par l'organisation américaine Eagles Wings Foundation. «Uno! Uno! Uno!», criaient en vain les soldats uruguayens pointant le doigt en l'air dans l'espoir que la population forme une file ordonnée. Mais la foule avançait au contraire de façon désordonnée vers les camions chargés de sacs de riz et de bidons d'huile de soja. «Nous allons partir dans cinq minutes parce que nous allons être débordés», a prévenu un Casque bleu.

Une fois le départ des soldats effectué, l'attroupement a plongé sur les 50 sacs de riz qu'ils avaient laissés derrière eux. «Tout est parti, ils n'ont rien laissé», s'est lamentée Geneve, une Haïtienne âgée, en atteignant enfin les récipients piétinés et désespérément vides. Elle a alors rejoint la dizaine de personnes agenouillées dans la rue souillée de détritus pour ramasser les derniers grains de riz un par un.

La directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU, Josette Sheeran, a souligné la nécessité que la nourriture livrée à Port-au-Prince le soit sous escorte militaire. Elle a loué le rôle des troupes de l'ONU et des États-Unis dans ce domaine, malgré quelques débordements de violence. «Chaque fois que nous n'avions pas un service d'ordre adéquat, nous avons eu des émeutes sur les sites de distribution de nourriture», a-t-elle dit, soulignant que le PAM voulait assurer que les femmes et les enfants, «les plus vulnérables», aient accès à la nourriture. «Notre méthode consiste à ne distribuer qu'aux femmes pour assurer que la nourriture parvienne aux femmes et aux enfants à Haïti», a-t-elle ajouté.

Josette Sheeran a aussi lancé hier aux armées présentes sur le terrain un nouvel appel à la fourniture de rations de survie pour les Haïtiens sans abri et démunis depuis le séisme. Mme Sheeran a indiqué que le PAM avait «quasiment épuisé toutes ses réserves» de repas prêts-à-manger et en conséquence «appelait les forces armées des États à mettre à sa disposition les éventuels surplus des rations militaires qu'ils fournissent à leurs troupes».

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D'après l'Agence France-Presse et Reuters