Certains craignent l'éclosion d'un trafic d'enfants

Photo: Agence France-Presse (photo) Jewel Samad

Port-au-Prince — Les petits Haïtiens qui ont perdu leurs parents dans le séisme du 12 janvier risquent de devenir la proie des trafiquants d'enfants, s'inquiètent le gouvernement de Port-au-Prince et des groupes humanitaires.

Une unité de la police spécialisée dans la protection des mineurs a envoyé des hommes à la frontière avec la République dominicaine, dans l'est de l'île.

«Nous sommes très inquiets, on parle de plus en plus d'enfants emmenés hors du pays», a déclaré hier Kent Page, un porte-parole de l'UNICEF, ajoutant toutefois n'avoir aucun détail ni cas précis susceptibles de permettre de lancer des investigations.

Les autorités haïtiennes craignent aussi que des associations n'aient en toute bonne foi envoyé des enfants à l'étranger pour qu'ils y soient adoptés, sans avoir épuisé tous les moyens pour tenter de retrouver leurs parents.

Le gouvernement haïtien a décidé la semaine dernière de suspendre ce type d'adoptions.

«Il n'est pas question que des ONG ou n'importe quelle institution ramassent comme cela des enfants dans les rues en disant que ce sont des orphelins», a averti le premier ministre, Jean-Max Bellerive.

Dans le chaos qui a suivi le séisme, il n'est pas possible de connaître le nombre exact d'enfants qui se retrouvent sans parents à Port-au-Prince. Sept cents d'entre eux ont été recensés et placés dans des centres de l'UNICEF.


«Aller en Amérique»

Une association haïtienne d'aide à l'enfance qui travaille dans le quartier de Delmar 31 a recensé pour sa part 3000 enfants qu'elle estime en danger.

Certains mineurs ont rejoint la semaine dernière des groupes de pillards et se sont attaqués à des magasins à la recherche de vivres ou de marchandises qu'ils peuvent ensuite revendre, explique Alveus Prospère, président de l'Organisation pour un meilleur avenir des enfants.

D'autres enfants ont été recueillis par des parents ou des voisins et survivent dans des conditions précaires dans les camps de fortune qui parsèment la capitale.

Une association chrétienne américaine, For His Glory Outreach, a envoyé samedi 80 enfants par avion aux États-Unis afin qu'ils y soient adoptés et prévoit en envoyer 29 autres dans les jours qui viennent, a dit l'un de ses membres, Michael Gibson.

Les enfants vivaient dans un orphelinat de la capitale haïtienne avant leur départ pour les États-Unis et tous les papiers nécessaires avaient été obtenus des autorités haïtiennes avant le tremblement de terre, a-t-il dit.

Avant même le cataclysme du 12 janvier, les dures conditions de vie à Haïti, l'un des pays les plus pauvres au monde, ont poussé des parents à placer leurs enfants dans des centres d'adoption. Cela était le cas pour la plupart des enfants confiés à For His Glory Outreach.

Judlanda Toussaint, 12 ans, est à l'orphelinat depuis trois années, ses parents ne pouvant plus s'occuper d'elle. «Je veux aller en Amérique; de là je pourrai aider ma famille», dit-elle.
1 commentaire
  • Diane Massicotte - Inscrite 26 janvier 2010 17 h 06

    à trop restreindre l'adoption...

    Loin de moi l'idée d'approuver le trafic d'enfants, haïtiens ou autres.

    Mais je ne peux m'empêcher de penser que devant l'état lamentable de survie dans ce pays, on aurait dû procéder plus rapidement dans les récents dossiers d'adoption et au lieu de suspendre toute nouvelle demande, on devrait au contraire faciliter le processus!

    La fin de votre article dit tout. Quand un enfant est à l'orphelinat bien que ses parents soient vivants...


    http://lebloguedediane.blogspot.com