Le plus gros déploiement de la Croix-Rouge

Sous leurs abris de fortune fabriqués avec des morceaux de chiffons qui volent au vent, ils sont des milliers de sinistrés à attendre l'arrivée des premiers secours. Certains ont récupéré un peu de matériel pour maintenir un semblant de vie normale.

Les sinistrés sont installés dans les rues, les parcs et les cours d'école. Certains sont couchés dans leurs abris et en mauvaise santé. Ils n'ont pas la force de se déplacer en direction de l'hôpital ou dans une clinique itinérante. Alors que je marchais à travers les abris, dans un camp situé dans le quartier du Carrefour, les sinistrés me posaient tous la même question: «Êtes-vous de la Croix-Rouge?»

Dans les rues de Port-au-Prince, on voit circuler les camions de la Croix-Rouge haïtienne, de la Fédération de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Je suis partie à la recherche du quartier général de la Fédération de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans la journée du 22 janvier en moto avec mon interprète. L'endroit est difficile à trouver. Bien caché dans un coin retiré, à proximité de la base des Nations unies, dans le quartier situé près de l'aéroport.

Un drapeau de l'organisation flotte sur l'endroit, désert à première vue. Les bureaux de la Croix-Rouge haïtienne sont inutilisables depuis le tremblement de terre. Seulement quelques camions ont été récupérés. Le quartier général de la Fédération a été installé sur le vaste terrain où est situé l'entrepôt de la Croix-Rouge haïtienne.

«L'actuel déploiement de la Fédération est le plus gros jamais monté au monde. Il faut tout refaire et penser autrement, car l'infrastructure du pays n'existe plus», mentionne Jean-Pierre Taschereau, membre de l'équipe canadienne et responsable de l'équipe de coordination et d'évaluation.

Ils sont plus de deux cents membres de la Fédération à occuper le quartier général. Des secouristes provenant de plus de 22 pays y ont trouvé refuge. «On s'est installés dans l'entrepôt pour pouvoir évacuer rapidement advenant une secousse. Ce ne sont pas les conditions idéales», indique-t-il.

Jean-Pierre Taschereau compte plus de dix ans d'expérience sur le terrain. Il a vécu le tsunami de 2007, le tremblement de terre au Pérou, etc. «Cela a l'air beaucoup plus gros que le tsunami. Actuellement, le déploiement de la Fédération représente un budget de 123 millions de francs suisses sur cinq ans. On travaille dans des conditions qui dépassent l'imagination», dit-il, précisant que l'organisation du quartier général est assurée par la Croix-Rouge canadienne.

Au moment de ma visite, les personnes du quartier général célébraient modestement l'arrivée d'une équipe allemande de personnel médical venue installer un hôpital temporaire. «Il y a encore des gens qui arrivent avec des blessures. Le volume est considérable. Tout le monde travaille comme des malades», ajoute-t-il, expliquant que la Fédération a distribué plus 1 200 000 litres d'eau aux sinistrés. Sur le plan de la logistique, l'équipe travaille pour améliorer la livraison de la marchandise. Un problème majeur considérant l'effondrement des moyens de transport locaux.

«On se questionne sur ce qui va arriver au niveau des camps de sinistrés. On doit agir vite. Impliquer les Haïtiens et l'organisation de la Croix-Rouge haïtienne dans notre système», explique Jean-Pierre Taschereau, surpris par le dévouement des Haïtiens. La Fédération tiendra une rencontre les 9 et 10 février à Montréal. Le but: préparer l'intervention à mettre en place après la phase d'urgence.