Ottawa offre 5 millions et un soutien logistique

Michaëlle Jean
Photo: Agence Reuters Blair Gable Michaëlle Jean

Ottawa — Devant l'ampleur du drame haïtien, le gouvernement fédéral a débloqué hier matin une aide d'urgence de 5 millions, en plus d'envoyer immédiatement par avion une équipe de reconnaissance spécialisée qui jettera les bases de l'organisation de l'aide canadienne.

Un petit groupe de militaires de l'équipe de déploiement rapide DART (Disaster Assistance Relief Team) est arrivé hier en soirée pour commencer à évaluer la situation et faire des demandes précises d'assistance à Ottawa. Les communications avec l'île étant chaotiques, le gouvernement canadien a choisi de ne pas attendre de recevoir de demande formelle d'assistance de la part du gouvernement haïtien avant de déployer des militaires sur le terrain, a indiqué hier le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon.

L'ensemble du contingent de l'unité DART se tient prêt à quitter le Canada pour Haïti, a ajouté le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, qui a souligné que d'autres soldats pourraient être déployés pour porter secours à la population. Un avion C17 (capable de transporter du matériel médical et un hélicoptère Griffon) est en attente de départ, et deux navires de la marine devraient appareiller aujourd'hui. Leurs équipages chargeaient hier les bateaux de matériel de première nécessité.

La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, a pour sa part annoncé en matinée que le Canada débloquait une aide immédiate de 5 millions pour permettre aux organismes humanitaires de fournir des abris d'urgence, des services médicaux, de la nourriture et de l'eau potable. L'aide sera distribuée dès qu'une évaluation sommaire de la situation aura été faite par la Croix-Rouge et les Nations unies.

Le gouvernement a affirmé à plusieurs reprises hier être prêt à aider le peuple et le gouvernement haïtien de toutes les manières possibles, dès que les besoins se préciseront.

Après s'être entretenu avec le président Obama pour discuter d'une réponse conjointe, le premier ministre Harper a tenu en après-midi une rencontre d'information avec ses principaux ministres, la chargée d'affaires de l'ambassade haïtienne et la gouverneure générale, Michaëlle Jean. Les caméras admises ont alors montré une Michaëlle Jean profondément émue et bouleversée par les événements. En s'adressant à la petite assemblée, elle a évoqué d'une voix tremblante la douleur profonde que lui infligeaient les images de son pays d'origine complètement dévasté.

«C'est comme si une bombe atomique était tombée sur Port-au-Prince», a-t-elle dit. Plus tard, lors d'une brève conférence de presse, Mme Jean a carrément fondu en larmes en demandant aux Haïtiens de rester courageux.

Une cellule de crise à Québec

Quant à Québec, il n'a fixé aucun montant d'aide. «On va évaluer au fil des jours», a dit le premier ministre Jean Charest lorsqu'il a rencontré les médias en fin d'après-midi au sortir de la réunion du Conseil des ministres. L'urgence, selon Québec, est d'aider les Haïtiens à se «relever». L'argent pour la reconstruction viendra plus tard. L'aide privilégiée est technique et en ressources humaines. Un corps médical francophone se rendra en Haïti dans un «éventuel hôpital de campagne» sous l'égide de la Croix-Rouge internationale dès qu'il sera possible de s'y rendre.

Le gouvernement a aussi créé une «cellule de crise» qui coordonnera l'aide québécoise avec le ministère de la Sécurité publique. Le député libéral de Viau, Emmanuel Dubourg, d'origine haïtienne, fera le pont avec la communauté haïtienne québécoise. Québec fait aussi l'inventaire de toutes les ressources du gouvernement qui pourraient aider Haïti, notamment la Régie du bâtiment, le ministère des Transports et Hydro-Québec, qui a déjà fait des interventions dans le passé sur le territoire haïtien.

De plus, le gouvernement préparait hier soir un plan d'accueil des ressortissants québécois et canadiens à l'aéroport Trudeau. Il reprendra le modèle qui avait servi lors de la crise libanaise de 2006 et qui s'était avéré efficace. Des quelque 6000 Canadiens présents en Haïti au moment du drame, des «deux tiers à 80 % d'entre eux» sont Québécois, a précisé Jean Charest.
2 commentaires
  • Rodrigue Guimont - Abonnée 14 janvier 2010 10 h 15

    La communauté internationale aujourd’hui est haïtienne et compatit avec leur souffrance


    Les organisations mondiales s’organisent, les dons monétaires arrivent et fort de l’expérience du tsunami du 26 déc. 2004 en Thaïlande nous savons que l’argent ne manquera pas non plus cette fois-ci. Tous

    Vers 1960 on recensait environ 200 haïtiens au Québec. Aujourd’hui la communauté haïtienne compte environ 130 000 membres essentiellement concentrés à Montréal, (près de 98 000 à Montréal, autres régions : Hull-Ottawa compte environ 10 000 personnes d’origine haïtienne, Vancouver 150, Winnipeg 50 et Toronto entre 10 000 et 15 000).

    Une personne sur 6 à Montréal est donc issue de la communauté haïtienne, c’est donc dire les liens étroits qu’à tisser cette communauté avec la société d’accueil.

    Un malheur nous grandit quelquefois, Haïti aura une occasion de répartir du bon pied, de reconstruire sans corruption (selon Transparency Internationnal, la corruption en Haïti est endémique) et de s’organiser en véritable démocratie. Ce ne sera pas facile mais avec l’aide internationale, voire même peut-être l’aide et le soutien moral de la diaspora haïtienne éduquée (plus de 2 M d’Haïtiens sont répartis de par le monde) ce sera possible et pour une fois réalisable.

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 14 janvier 2010 10 h 24

    Correction


    En lieu et place d’«une personne sur 6 à Montréal est donc issue de la communauté haïtienne » on doit lire plutôt :« 6% de la population montréalaise est donc issu de la communauté haïtienne ».