Argentine - Astiz entend le récit du rapt des religieuses françaises

Buenos Aires — L'ancien officier de marine Alfredo Astiz a écouté hier pour la première fois devant ses juges le récit de l'enlèvement, de la torture et de la disparition, pendant la dictature argentine (1976-1983) de deux religieuses françaises, dont il est accusé.

L'ex-capitaine de corvette n'avait pas écouté la narration des faits quand il avait été jugé par contumace et condamné à la prison à perpétuité en France et en Italie pour son rôle à l'École de mécanique de la marine (ESMA), le plus grand centre de torture de la dictature.

Pendant le procès hier à Buenos Aires, où il est jugé aux côtés de 18 autres militaires pour différents crimes, de nombreux témoignages de survivants ont été lus. Des témoins iront à la barre à partir de fin janvier.

Un survivant, Carlos Garcia, a cité dans son témoignage un disparu évoquant au moins une des deux religieuses qui s'appelaient Alice Domon et Leonie Duquet.

«Un prisonnier du nom d'Acosta m'a dit qu'il avait vu une femme d'environ 50 ans, qui avait été très torturée et d'autres prisonniers lui ont assuré que c'était une religieuse avec un accent étranger qui avait été torturée au point de ne plus pouvoir uriner, un signe évident de ce que nous étions torturés au niveau des organes génitaux», selon lui.


Impavide

Astiz a écouté impavide le récit, tout comme l'ensemble des plaintes présentées à cette époque. Certains témoignages ont évoqué l'enlèvement des religieuses et d'autres militants des droits de la personne les 8 et 10 décembre 1977 à l'église de la Santa Cruz, après avoir été dénoncés par Astiz.

Beatriz Nora Neuhad a affirmé que l'ancien officier de marine avait infiltré sous le pseudonyme de Gustavo Nino l'organisation naissante des Mères de la place de mai qui recherchaient leurs enfants disparus, se faisant passer pour le frère d'un disparu.

Cecilia Vazquez, selon un autre témoignage, a dit avoir vu comment des inconnus avaient poussé Alice Domon devant la porte de l'église avant de la faire monter dans une voiture.

Pour la survivante Graciela Daleo, l'enlèvement du groupe de Santa Cruz a été commandé par Astiz et l'ancien capitaine de frégate Antonio Pernia, tout comme les interrogatoires.

Daleo a raconté avoir vu une femme à l'ESMA et lui avoir demandé: «Vous avez besoin de quelque chose?», recevant comme répons: «Oui, d'un café.» Alors, un des gardes l'a reprise en lui disant: «Ma soeur, je vous ai dit de ne parler à personne.» La survivante suppose qu'il s'agissait d'Alice Domon.

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