Honduras - Zelaya accuse le putschiste Micheletti d'avoir torpillé l'accord de sortie de crise

Tegucigalpa — Le président déchu du Honduras, Manuel Zelaya, a accusé hier le président putschiste Roberto Micheletti d'avoir torpillé l'accord de sortie de crise politique conclu entre eux, dénonçant le «théâtre» joué par son rival. Il a appelé ses partisans à manifester «pacifiquement».

Dix minutes avant l'expiration de l'heure-limite (6h GMT hier) stipulée dans l'accord pour la formation d'un gouvernement d'«union nationale», M. Micheletti avait annoncé, en pleine nuit, une équipe ministérielle où ne figurait aucun représentant de M. Zelaya.

«Nous avons décidé de ne pas continuer dans ce théâtre de Monsieur Micheletti», a déclaré M. Zelaya à l'antenne de Radio Globo, un des rares médias du Honduras à avoir critiqué les auteurs du coup d'État du 28 juin.

«Je ne suis plus engagé dans le dialogue», car «ils ne veulent pas respecter l'accord», a-t-il déclaré en appelant ses partisans du «Front de résistance contre le coup d'État» à manifester «de façon pacifique», comme il l'ont fait régulièrement depuis qu'il a été chassé du pouvoir.

«La commmunauté internationale devra étudier quelles sont les mesures à prendre», a-t-il ajouté depuis l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa, où il s'est installé depuis son retour clandestin dans la capitale, le 21 septembre.

«L'accord a été mis en échec par la faute de Micheletti [...] et il n'a pas convoqué le Congrès national» pour voter le rétablissement au pouvoir de M. Zelaya, a expliqué Jorge Arturo Reina, proche représentant du président déchu.

C'est une «escroquerie» de M. Micheletti, a protesté le vice-président déchu Aristides Mejia, du Guatemala où il a trouvé asile.


«Subterfuges»

M. Zelaya s'était refusé à proposer des candidats à la charge de ministre tant qu'il ne serait pas rétabli officiellement dans ses fonctions présidentielles, et que seraient «annulés [ainsi] les ef-

fets du coup d'État».

À Washington, José Miguel Insulza, le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), a appelé à un respect «sans subterfuges» de l'accord de sortie de crise.

Il a demandé à MM. Micheletti et Zelaya de s'accorder sur la formation du gouvernement d'union, qui doit être dirigé par «celui qui détient légitimement les fonctions de président de la nation hondurienne».

L'ambassadeur des États-Unis au Honduras, Hugo Llorens, a appelé au rétablissement du dialogue, tandis qu'à Washington le département d'État se disait «déçu» par les deux camps.

Le Congrès aurait dû voter sur le retour de M. Zelaya à la présidence, dont le principe est inscrit dans l'accord, mais la date de la session parlementaire n'a pas été fixée, les députés étant en vacances parlementaires.

Le camp de M. Micheletti a multiplié les initiatives pour geler la situation jusqu'à l'élection présidentielle programmée pour le 29 novembre. M. Zelaya a dit qu'il n'accorderait aucune légitimité au scrutin s'il n'est pas rétabli d'ici-là à la présidence.

M. Zelaya a été renversé le jour où il avait organisé une consultation populaire envisageant une réforme de la Constitution qui interdit à un président de briguer un second mandat. Son mandat devait expirer le 27 janvier 2010.