Les maras, cauchemar de l'Amérique centrale

San Salvador — Reconnaissables à leurs tatouages de la tête au pied, les membres des maras, ces gangs soupçonnés d'être à l'origine de l'assassinat du reporter-photographe français Christian Poveda au Salvador, mercredi, sèment la terreur dans toute l'Amérique centrale.

La Mara 18 et la Mara Salvatrucha, les gangs les plus célèbres, sont nés dans les années 80 dans les quartiers latinos de Los Angeles, puis le phénomène a gagné l'Amérique centrale après l'expulsion de centaines de jeunes des États-Unis vers leurs pays d'origine.

Les maras, abréviation de «marabunta», une fourmi carnivore d'Amazonie, recrutent des adolescents désoeuvrés dans les quartiers les plus pauvres des capitales du Honduras, du Guatemala et du Salvador. Ils s'adonnent au trafic de drogue et d'armes, aux extorsions ou aux enlèvements contre rançon.

Ces gangs comptaient 50 000 membres aux États-Unis, 35 000 au Honduras, 15 000 au Guatemala et 15 000 au Salvador, d'après des sources policières citées par Christian Poveda en 2008, à l'occasion de la présentation de «La vida loca» (La vie folle), un documentaire sur le sujet tourné au Salvador, qui sortira en France le 30 septembre. Au Salvador, la police impute 60 % des meurtres à la M 18 et la Mara Salvatrucha.

Cinq pays centraméricains ont organisé un sommet début avril 2005 avec le Mexique et les États-Unis pour tenter d'enrayer le phénomène. En vain.

Des organisations non gouvernementales (ONG) dénoncent la stratégie répressive des gouvernements et préconisent de s'attaquer aux causes sociales du phénomène, dans une région de 35 millions d'habitants où deux tiers de la population vit dans la pauvreté.

«On voit bien que la répression ne fonctionne pas car le nombre des membres de ces gangs et des morts parmi ces jeunes augmente chaque année», avait lui-même estimé Christian Poveda l'an dernier.

Dans son documentaire, il décrit le quotidien de ces jeunes, parfois seulement âgés d'une dizaine d'années, rythmé par le trafic de drogue, les vols, les assassinats et les descentes de police. Pour entrer dans une bande, il faut se livrer à un rite d'initiation qui consiste généralement en un tabassage méthodique, voire en un meurtre.

Quand on entre dans une mara, c'est normalement pour la vie, sans sortie possible, d'autant que les membres ont le corps couvert de tatouages qui témoignent de leur appartenance à tel ou tel gang, ce qui rend difficile leur réintégration dans la vie civile.

Agence France-Presse