L'Amérique latine prépare la vie après la crise

Vina Del Mar, Chili — La crise mondiale, qui a frappé l'Amérique latine avec un décalage fin 2008, peut représenter une opportunité pour cette région désormais mieux gérée que lors des crises des années 1980 et 1990, selon les grands organismes financiers internationaux.

Lors du forum continental annuel organisé à Vina del Mar (à l'ouest du Chili), en présence des ministres des Finances de la zone, ils ont évalué l'impact, mais aussi le potentiel, de la crise qui a brutalement ramené l'Amérique latine sur terre, après des années de croissance culminant à +4,6 % en 2008.

Après une contraction attendue de -2 à -2,5 % en 2009, la croissance reviendra dans la région en 2010, prédit un rapport dévoilé par la Banque mondiale (BM), mais «elle sera lente — entre 1 et 2 % — et inégale» entre les pays.

Cela dépendra bien sûr de la reprise ailleurs, et certains pays proches de l'épicentre de la crise (comme le Mexique, voisin des États-Unis) resteront beaucoup plus affectées que d'autres (Pérou, Panama).

«Mais la situation s'y est normalisée, malgré une évolution mondiale pire que ce qu'on pensait aux premier et deuxième trimestres», relève le Fonds monétaire international (FMI).

«Aucun doute, la grande surprise pour tout le monde est que l'Amérique Latine-Caraïbes sera une des régions à sortir le plus vite de cette crise», estime le chef de la Banque interaméricaine de développement (BID), Luis Alberto Moreno.

La crise a frappé l'Amérique latine depuis l'extérieur: plongeon des matières premières, tarissement des financements privés internationaux, du flux des revenus rapatriés.

Résultat: un million de chômeurs en plus à la fin mars dans la région, et 3 ou 4 millions supplémentaires d'ici fin 2009, selon la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) de l'ONU.

Parmi les plus vulnérables, 8 à 13 millions de Latino-Américains seront plongés dans la pauvreté par la crise, s'ajoutant aux 181,3 millions vivant avec moins de 4 $ par jour — dont 73 en extrême pauvreté, à moins de 2 $.

Pour autant, la région a échappé cette fois aux symptômes (dévaluations massives, faillites de banque, fuite des capitaux) des précédentes crises financières des volatiles années 1980-90.

Surtout, a souligné le président de la BM, Robert Zoellick, la crise a trouvé des économies stabilisées et assainies, «dans une position bien plus forte» qu'alors. Et mieux placées pour profiter d'une future reprise.

Ce qui a changé? «Gestion prudente des budgets et de la dette, changes flexibles, dans certains cas des surplus commerciaux, des réserves et une plus forte base de protection sociale», a-t-il énuméré, citant Brésil, Mexique, Chili, Pérou, Colombie et Uruguay.

D'où, pour la BM, opportunités à terme pour les économies de la région.

En révélant que la croissance du monde «ne sera plus indéfiniment tirée par la surconsommation des pays du G7», elle leur fait obligation de miser plus sur leur demande interne. Avec les réformes que cela implique: infrastructures, éducation, régime de propriété.

En outre, quelques principes de gestion publique ont eu un impact pendant cette crise, et un succès qui fera des émules: ainsi, «économiser dans les périodes fastes pour dépenser dans les temps difficiles», la politique contracyclique du Chili, cité en exemple.

Certes, le rebond post-crise des pays latino-américains n'est pas garanti, car leurs «problèmes ne sont pas purement économiques», entre «des institutions politiques pas pleinement cimentées, et des dynamiques propres de drogue et de violence», a mis en garde la BM.

Mais «il est plausible, et ironique, qu'une région qui n'a jamais pu réellement décoller quand le monde florissait pourrait à présent réussir à sa façon, tandis que le reste du monde dégringole».