AF447: l'avion pourrait s'être brisé en plein vol

Des restes de corps des victimes du vol AF447 ont encore été repêchés hier au large des côtes brésiliennes, ainsi que de nombreux débris de l’Airbus et des bagages.
Photo: Agence France-Presse (photo) Des restes de corps des victimes du vol AF447 ont encore été repêchés hier au large des côtes brésiliennes, ainsi que de nombreux débris de l’Airbus et des bagages.

São Paulo et Seine-Saint-Denis — Les autopsies pratiquées sur un certain nombre de corps des victimes du vol AF447 d'Air France suggèrent que l'appareil s'est brisé en plein vol, selon des experts. Ces autopsies de victimes du drame du 1er juin montrent que les corps présentent de multiples fractures aux jambes, aux hanches et aux bras, a indiqué hier à l'Associated Press un porte-parole de l'équipe médico-légale brésilienne sous le couvert de l'anonymat.

Selon Frank Ciacco, un expert médico-légal qui a travaillé par le passé au Bureau américain de sécurité des transports, ce type de blessures laisse effectivement supposer que l'appareil pourrait s'être disloqué en plein vol. Cette thèse est également alimentée par la découverte de larges morceaux de l'Airbus A330-200 d'Air France qui s'est abîmé au large du Brésil avec 228 personnes à son bord.

Frank Ciacco note que les corps et les débris auraient été bien plus fragmentés si l'appareil s'était désintégré directement au contact de l'eau. «Normalement, quand vous retrouvez des corps intacts avec des fractures multiples — bras, jambes, hanches —, c'est un bon indicateur d'une dislocation en vol, surtout si vous avez aussi des débris de grande taille.»

Le quotidien pauliste O Estado de São Paulo avait fait état hier, citant des enquêteurs sans les nommer, de fractures de même nature et du fait que des victimes ont été retrouvées avec pas ou peu de vêtements sur elles. Ce journal avait auparavant rapporté que les corps ne montraient pas de signes de brûlures.

Jack Casey, un consultant en sécurité aéronautique et ancien enquêteur, a confirmé que l'absence totale ou partielle de vêtements était un indice significatif. «Dans une dislocation en plein vol, les vêtements sont arrachés», dit-il, jugeant aussi que la nature des fractures renforçait cette hypothèse. «Je pense que la plupart d'entre eux étaient morts avant de toucher l'océan.»

Lorsqu'un avion de ligne intact s'abîme en mer, comme le Boeing 767 d'Egypt Air dans l'Atlantique après avoir décollé de New York en 1999, les débris de l'appareil et les corps sont brisés en mille morceaux, note Frank Ciacco. «En cas d'impact sur l'eau, la fragmentation des corps est beaucoup plus importante.»

L'équipe optimiste

La «véritable» équipe d'experts qui travaille sur ce dossier, le Bureau d'enquêtes et analyses (BEA), n'a pas encore déterminé la cause de la catastrophe. Son chef a fait preuve hier d'un optimisme mesuré sur la possibilité d'en découvrir les causes.

«Je ne dis pas que ce sera facile, mais quand même, compte tenu de tout ce que l'on a, je pense qu'on se rapproche peut-être un peu, effectivement, du but», a dit le directeur Paul-Louis Arslanian, lors d'une conférence de presse au Salon du Bourget, en France. «Nous sommes dans une situation un peu plus favorable que pendant les premiers jours, il y a moins d'incertitude, donc un peu plus d'optimisme», a-t-il ajouté.

Pressé par les syndicats de pilotes, Air France a terminé ces derniers jours le remplacement des capteurs de vitesse, les sondes Pitot, sur tous les appareils de sa flotte. Ces dernières envoyaient parfois de fausses indications en cas de turbulences. Les derniers messages automatiques de défaillance envoyés aux systèmes de maintenance par l'avion au moment de sa disparition sont pour l'essentiel liés à un tel problème, a d'ailleurs précisé le directeur du BEA, sans se prononcer sur cette piste.

«La plupart des autres messages émis apparaissent comme liés à cette perte de la validité d'information de vitesse, car on a des systèmes qui utilisent la vitesse pour exercer leur fonction, mais ce n'est pas le cas de tous les messages», a-t-il déclaré.

Recherches en mer

Les recherches se poursuivent également au large des côtes brésiliennes. Plus de 400 débris ont jusqu'à présent été ramassés par l'armée et les secours envoyés sur place par le Brésil et la France.

Les marines brésilienne et française recherchent toujours en mer les enregistreurs de données du vol et de conversations des pilotes, les boîtes noires.

Leur récupération semble hypothétique, même si les instruments de recherche acoustique peuvent descendre à 6000 mètres de profondeur, soit plus que la profondeur maximale du site.

Le signal émis par les balises reliées à ces boîtes noires peut être reçu à deux ou trois kilomètres de distance, mais si ces balises sont retrouvées, rien ne dit que les enregistreurs y seront encore attachés, a précisé le BEA.

Les conditions de recherche sont aussi très difficiles. «La surface est immense, le temps n'est pas toujours très beau, il y a des courants, les pièces et les corps ne sont pas nécessairement à la surface», a dit Paul-Louis Arslanian.