Cuba pourra réintégrer l'OÉA

La ministre hondurienne des Affaires étrangères, Patricia Rodas, a lu la résolution qui annule une décision prise en 1962.
Photo: Agence France-Presse (photo) La ministre hondurienne des Affaires étrangères, Patricia Rodas, a lu la résolution qui annule une décision prise en 1962.

San Pedro Sula — L'Organisation des États américains (OEA) est parvenue hier au Honduras à un consensus surprise sur le principe de la réintégration en son sein de Cuba, dont elle avait décidé la «suspension» en 1962.

L'OEA a annulé l'exclusion qu'elle avait prononcée en 1962, dans une résolution adoptée par acclamations. Mais il appartient maintenant à Cuba de demander ou non sa réintégration, ce que l'île communiste a jusqu'ici toujours rejeté.

En outre, La Havane devra respecter «les pratiques, les objectifs et les principes de l'OEA», parmi lesquels figurent sa Charte démocratique, précise l'organisation dans sa résolution.

Washington a salué une «décision historique», dans un communiqué signé du porte-parole du département d'État, Robert Wood.

«Les États-Unis ont travaillé sans relâche pour défendre leurs principes de base et convaincre les pays du continent de soutenir une position spécifiant clairement qu'un retour de Cuba dans l'OEA se ferait conformément aux principes de la démocratie et des droits de l'homme», ajoute-t-il.

Dégel

En ouvrant officiellement la porte à un retour de Cuba, l'OEA donne un nouveau signe de dégel dans les relations américano-cubaines, qui se sont légèrement réchauffées depuis l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche en janvier.

Le contentieux, dans cette assemblée annuelle de l'OEA, opposait en effet Washington, opposé à une réadmission de Cuba sans condition, aux pays latino-américains les plus «durs», qui dénonçaient une mainmise des États-Unis sur l'organisation.

Les États-Unis soumettaient le principe du retour à la condition expresse que Cuba se mette d'abord en conformité avec la Charte démocratique de l'OEA, avait rappelé mardi la secrétaire d'État Hillary Clinton.

La majorité des pays latino-américains souhaitaient une révocation immédiate et sans condition de la résolution de 1962, après quoi Cuba serait appelé à se mettre progressivement en conformité avec la Charte.

Mardi soir, après plus de 13 heures de débats, un accord semblait encore improbable.

«Il n'y a pas de consensus», avait déclaré à la presse Mme Clinton avant de s'en aller en fin d'après-midi, laissant les dossiers à ses collaborateurs. Nombre de ministres des 34 pays membres l'avaient imitée.

La ministre mexicaine des Affaires étrangères, Patricia Espinosa, avait alors expliqué que les pays de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (Alba), qui réunit le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et le Honduras, s'opposaient à un compromis.

Mais hier les participants ont fini par se mettre d'accord sur la nouvelle résolution, qui stipule que «la résolution VI adoptée le 31 janvier 1962 [...] et selon laquelle le gouvernement de Cuba était exclu [...] est désormais sans effet».

«La participation de Cuba [...] sera le résultat d'un processus à engager à l'initiative de son gouvernement», ajoute l'organisation.

«Nous avons commencé à construire une nouvelle Histoire», a lancé la ministre des Affaires étrangères du Honduras Patricia Rodas, qui présidait l'assemblée annuelle de l'OEA.

La question cubaine est un sujet de plus en plus épidermique en Amérique latine, et Washington l'avait encore constaté au Sommet des Amériques, en avril à Trinidad-et-Tobago, qui s'est achevé sans consensus sur la déclaration finale, faute d'accord sur ce sujet.

Le Sommet de l'OEA se déroulait à San Pedro Sula, au coeur économique du Honduras, secoué jeudi dernier par un violent tremblement de terre qui a fait sept morts.