Sommet continental au pays des Incas - Des groupes indigènes préparent la lutte contre l'exploitation sans vergogne des ressources

Un Indien Aymara a soufflé dans son putoto pour annoncer l’ouverture du sommet.
Photo: Agence Reuters Un Indien Aymara a soufflé dans son putoto pour annoncer l’ouverture du sommet.

Puno — Des milliers de délégués de communautés indigènes des Amériques ont ouvert hier un sommet continental dans le berceau de l'empire inca au Pérou, s'engageant à «résister» mais aussi à offrir une «alternative» au mode de développement occidental essoufflé.

«Nous ne sommes pas le folklore de la démocratie. Nous sommes des acteurs politiques, et à ce titre faisons avancer le mode de pensée», a dit l'un des principaux coordinateurs, le Péruvien Miguel Palacin, à l'ouverture du sommet à Puno à l'aube par un acte rituel sur les rives du lac Titicaca.

Au milieu d'une marée multicolore de tenues traditionnelles et de whipalas, le drapeau indigène arc-en-ciel symbole des nations andines, un jeune couple paré d'or a rejoué le mythe de la naissance de la nation Inca, par Manco Capac et sa soeur Mama Ocllo, sortis, comme le soleil, du lac sacré Titicaca.

En quechua, en aymara, en mapuche des Andes ou en shoshone des États-Unis, des délégués ont ensuite pris la parole à l'ouverture du sommet, tandis que circulaient dans l'assistance des feuilles de coca à mastiquer, tradition andine et aide contre le mal de l'altitude.

Le sommet de Puno va prendre acte de la crise mondiale du «mode de développement capitaliste qui a conduit à une hécatombe environnementale dans le monde [...] Or la seule l'alternative qu'il propose [à la crise] est d'injecter plus d'argent», a déclaré Palacin. Ce contexte «crucial requiert des indigènes un projet alternatif, a-t-il ajouté. Il faut se défaire de ce mode de développement, pour un autre qui ne détruise pas la nature».

Le sommet, jusqu'à demain, doit débattre de la crise et de ses conséquences, mais aussi organiser concrètement des luttes ponctuelles menées à travers le continent contre des projets d'exploitation minière, pétrolière ou forestière de terres considérées comme ancestrales par les indigènes. «L'objectif est de tisser un réseau de résistance devant l'invasion des terres des natifs sur le continent, par les industries extractives», a déclaré l'Américain Tupac Enrique Acosta, leader de la nation nahuatl d'Arizona.

La tenue sur l'altiplano du Pérou de ce «IVe Sommet continental des peuples et nations indigènes d'Abya Yala» («Terre dans sa maturité» en langue kuna du Panama, nom donné par les Amérindiens au continent) prend un relief particulier, dans un pays en délicatesse avec certaines de ses communautés indigènes.

Dans le nord-est du pays, des communautés amazoniennes mènent des actions de protestation depuis plus d'un mois avec des blocages de routes, d'oléoducs, de fleuves, pour obtenir la révocation de décrets jugés trop laxistes envers l'exploitation du sous-sol. En guise de riposte, l'État a décrété un état d'urgence dans certains districts, mais a ouvert le dialogue avec le principal dirigeant indigène.

Le groupe pétrolier public Petroperu a annoncé jeudi que des problèmes d'approvisonnement en carburant pourraient survenir dans les jours prochains dans certaines villes de régions amazoniennes, si un accord n'était pas trouvé pour lever le blocus d'un oléoduc du nord-est. «Ce gouvernement est insensible aux droits des peuples indigènes, et c'est un message que nous allons envoyer au monde», a déclaré Palacin à Puno.

Dans un message lu au sommet, le président bolivien Evo Morales a appelé les communautésr à Puno à réaliser, 200 ans après la première, «la deuxième et définitive indépendance» d'Amérique. Il a appelé les nations indigènes à «assumer leur destin de peuple», et à «construire de leurs mains le monde qu'elles souhaitent».