Les juges colombiens sous écoute

Bogotá — Les présidents des plus hautes cours colombiennes, dont la Cour suprême, ont adressé mardi soir une demande d'explication sans précédent au président Alvaro Uribe après la révélation d'écoutes pratiquées sur les magistrats.

Dans une lettre ouverte signée des présidents des plus hautes instances judiciaires où il est rappelé que le service ayant pratiqué les écoutes, le département administratif de sécurité, dépend directement de la présidence colombienne, les magistrats demandent à Alvaro Uribe «qu'il s'exprime directement sur cette grave affaire».

Des enquêtes délicates

Les magistrats qualifient «de grave atteinte à l'autonomie et l'indépendance de la justice et par conséquent à toute la démocratie», les écoutes pratiquées sur les juges, en particulier ceux qui enquêtaient sur le scandale dit de la parapolitique, qui a mis en lumière les liens entre plusieurs dizaines de parlementaires de la majorité et des groupes paramilitaires. Ils appellent le président dont les rapports avec la magistrature sont notoirement tendus depuis des mois, à offrir des garanties pour les «attaques» et «vexations» dont sont victimes les magistrats cessent.

Le 26 avril, le procureur général Mario Iguarán avait confirmé le scandale d'espionnage révélé par un hebdomadaire d'investigation en février, touchant des opposants, des membres du gouvernement, des magistrats et des journalistes. Il avait qualifié les faits d'«atteinte à la sécurité de l'État» et de «violation injustifiable des droits des citoyens».

L'appel à Alvaro Uribe, est signé de la Cour suprême, du Conseil d'État, de la Cour constitutionnelle et du Conseil supérieur de la magistrature.

Dans un rapport sur la Colombie publié en octobre, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch avait directement accusé le gouvernement d'Alvaro Uribe de freiner les enquêtes de la Cour suprême sur les liens entre paramilitaires et classe politique, évoquant des actes de «sabotage» et d'«obstruction».

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