L'État espère contenir l'expansion des favelas - Rio veut cacher ses pauvres derrière un mur

Le gouverneur Sérgio Cabral veut rétablir l’ordre urbain en érigeant un mur de trois mètres de haut autour de 13 favelas, dont la Dona Marta.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le gouverneur Sérgio Cabral veut rétablir l’ordre urbain en érigeant un mur de trois mètres de haut autour de 13 favelas, dont la Dona Marta.

São Paulo — Rio de Janeiro, la capitale touristique du Brésil, chercherait-elle à isoler ses pauvres? L'État de Rio a en tout cas lancé la polémique en annonçant la construction de murs autour de 13 des 1000 favelas de la ville. Dans l'une d'elles, la Dona Marta, les travaux ont déjà commencé. Objectif déclaré: contenir l'expansion de ces bidonvilles sur la forêt atlantique et «rétablir l'ordre urbain», selon le gouverneur, Sérgio Cabral.

Les murs de Rio feront trois mètres de haut, ce que la secrétaire d'État à l'Environnement, Marilene Ramos, trouve «naturel», et leur tracé devrait passer uniquement là où les favelas jouxtent la forêt. Les quartiers pauvres ne seront donc pas totalement murés et la liberté de circuler de leurs habitants n'est pas menacée, assurent les autorités.

Pour le paysage

Pour ses défenseurs, l'initiative, décidée sans même consulter les populations concernées, va aider à préserver les paysages de la «cité merveilleuse», qui seraient défigurés par ses favelas. Curieusement, 51 % des plus pauvres interrogés par le très sérieux institut de sondage Datafolha disent y être favorables. «Ils n'en mesurent pas encore la portée», assure Itamar Silva, coordinateur de l'ONG Ibase et habitant de la Dona Marta, qui dénonce une mesure de ségrégation: «La protection de la forêt n'est qu'un alibi. La vraie raison, c'est que les classes aisées ne veulent pas de favelas à proximité, car cela dévalorise l'immobilier.» Et déloger les bidonvilles — une idée de plus en plus populaire en raison de la forte criminalité — est impossible, du moins pour les plus grands.

Pour le chercheur Ignacio Cano, la lutte contre l'insécurité est l'une des motivations cachées des autorités. Il s'agirait d'empêcher les narcotrafiquants armés qui contrôlent les favelas de s'enfuir par la forêt pendant les incursions policières. Les soupçons sont alimentés par le fait que presque tous les bidonvilles concernés par cette première phase du projet (censé être étendu à d'autres quartiers) se situent dans la zone touristique, qui est aussi la plus riche de la ville. De plus, «leur expansion est très inférieure à la moyenne, voire nulle, et elle est plutôt verticale qu'horizontale», note Beto Mesquita, du conseil municipal de l'environnement. L'État dit les avoir retenus à titre «préventif», notamment en raison de leur forte population et de leur relief. Il s'agirait d'éviter les nouvelles constructions sur les flancs des collines, sujets aux éboulements. Les bidonvilles sont édifiés sur des collines et l'idée serait également d'éviter de nouvelles constructions sur les flancs de celles-ci, sujets aux éboulements.

La conscientisation

Selon les experts, il existe des moyens moins agressifs que des murs pour contenir les favelas, comme la «concientización» (prise de conscience) des habitants sur la nécessité de stopper l'expansion des bidonvilles. Il existe déjà des clôtures autour de certains d'entre eux, mais ces «écolimites» ne sont pas toujours respectées. «Il suffit que l'État exerce son contrôle», reprend Itamar Silva. «Pas besoin de murs pour cela. Il faut faire aussi du logement social», sans quoi les favelas continueront d'enfler dans tout le pays. Le président Lula a lancé un plan pour construire un million de toits pour les démunis, mais il en faudrait près de huit fois plus pour répondre aux besoins en logements du Brésil.

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