Pérou - Alberto Fujimori est condamné pour crimes contre l'humanité

Alberto Fujimori, peu après le prononcé de sa sentence, hier
Photo: Agence Reuters Alberto Fujimori, peu après le prononcé de sa sentence, hier

La condamnation d'Alberto Fujimori hier marque une première. En effet, aucun ancien président latino-américain élu n'avait encore été condamné dans son pays pour une atteinte aux droits de l'homme.

Lima — La justice péruvienne a condamné hier l'ancien président Alberto Fujimori à 25 ans de prison pour crimes contre l'humanité, dont des massacres de civils pendant sa présidence de 1990 à 2000, un jugement salué comme exemplaire par des organisations de défense des droits de l'Homme.

Le tribunal qui le jugeait depuis 16 mois à Lima, a reconnu Fujimori coupable «avec circonstances aggravantes» de graves violations de droits de l'homme, les assimilant «selon le droit international, à des crimes contre l'humanité». Il a précisé que l'ancien chef d'État âgé de 70 ans, qui a déjà passé deux ans en prison, devra servir sa sentence jusqu'au 10 février 2032. Il devra aussi indemniser, à hauteur d'environ

90 000 dollars au total, les familles de 29 victimes.

Fujimori, resté impassible pendant trois heures et demie d'énoncé du jugement, prenant des notes, a immédiatement indiqué qu'il ferait appel de la sentence, sans autre commentaire. Aucun ancien président latino-américain élu n'avait encore été condamné dans son pays pour une atteinte aux droits de l'homme.

Des tueries

Ce verdict pourrait avoir des implications importantes pour le président actuel, Alan Garcia, également accusé d'atteintes aux droits de l'homme lors de son premier mandat, dans les années 1980, avant que Fujimori le remplace.

Fujimori était jugé pour son rôle dans deux tueries qui firent 15 morts — dont des femmes et un enfant — en 1991 et 10 morts en 1992, perpétrées par un «escadron de la mort» dans le cadre de la guerre sans pitié, en partie occulte, menée alors par l'État contre les guérillas d'extrême gauche, dont le Sentier lumineux. L'ancien président était aussi jugé pour les séquestrations par ses services secrets d'un correspondant du journal espagnol El Pais et d'un entrepreneur.

Alberto Fujimori fut autrefois encensé pour avoir vaincu la guérilla sanglante du Sentier lumineux et fait libérer des dizaines d'otages retenus à la résidence de l'ambassadeur du Japon à Lima par des guérilleros de Tupac Amaru, en 1997. Il n'y eut alors aucun survuvant parmi les guérilleros. Un scandale de corruption impliquant le chef des services secret Vladimiro Montesinos a entraîné sa chute en 2000.

Fujimori avait alors fui son pays pour s'exiler au Japon, le pays de ses parents, avant d'être appréhendé au Chili et extradé au Pérou.

Une condamnation saluée

«C'est un jour historique», a commenté Amnesty International. «Ce n'est pas tous les jours qu'un ancien chef d'État est condamné pour des violations des droits de l'homme comme la torture, la séquestration et la disparition de personnes.»

Human Rights Watch a pour sa part salué un jugement «emblématique» qui a «respecté les standards internationaux qui garantissent un procès équitable». Ce procès «a démontré au monde que même les anciens chefs d'État ne peuvent réussir à garder leurs crime impunis».

L'impact politique du jugement restait incertain hier au Pérou, où l'ancien chef d'État populiste à la poigne de fer a gardé un écho, près de 10 ans après sa chute sur fond de scandales de corruption. Déjà condamné fin 2007 dans une affaire distincte, il doit encore être jugé courant 2009 pour faits de corruption.

Après le verdict, sa fille, la députée Keïko, probable candidate à la présidentielle en 2011, s'est adressée à quelques centaines de partisans aux abords du procès.

Un épais dispositif de 2000 policiers contrôlait les abords de la Direction des opérations spéciales de la police, à Ate (est de Lima), où s'est déroulé depuis fin 2007 le procès. Huit mille autres étaient en état d'alerte. Aucun incident sérieux, hormis des bousculades et face-à-face crispés avec la police, n'avait été relevé à la mi-journée.

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