Élections au Salvador - Le candidat de l'ex-guérilla d'extrême gauche se déclare élu

Le candidat de la gauche salvadorienne, Mauricio Funes, au moment d’aller voter. Il s’est déclaré élu hier soir.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le candidat de la gauche salvadorienne, Mauricio Funes, au moment d’aller voter. Il s’est déclaré élu hier soir.

San Salvador — Mauricio Funes, candidat de l'ex-guérilla d'extrême gauche du Salvador, s'est déclaré hier soir président élu de ce pays d'Amérique centrale dirigé par la droite depuis 20 ans, alors que les derniers résultats officiels lui donnaient l'avantage sur plus de 90 % des bulletins. Il obtient 51,3 % des voix contre 48,6 % au candidat de la droite au pouvoir, Rodrigo Avila, ont annoncé les autorités électorales dans la soirée.

Le coordinateur de l'ex-guérilla d'extrême gauche du Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN) dont M. Funes porte les couleurs, Medardo Gonzalez, avait déjà proclamé la victoire de leur camp avant l'annonce de ces derniers résultats par le Tribunal suprême électoral (TSE).

Le président conservateur sortant Elias Antonio Saca était absent du scrutin, car la Constitution lui interdit deux mandats successifs.

Un succès de M. Funes constituerait un revirement historique, car il marquerait une victoire de l'ancienne guérilla par les urnes contre le camp conservateur qui l'avait vaincue en 1992, grâce à l'appui de Washington, après une guerre civile de douze ans qui a fait 75.000 morts.

Les Etats-Unis, très présents au Salvador, sont aussi très attentifs au scrutin, d'autant que le FMLN a déjà gagné les législatives de janvier dernier.

Le scrutin a été «transparent, tranquille, pacifique et massif», a déclaré à la radio-télévision nationale le président du Tribunal électoral suprême (TSE), Walter Araujo. La précédente élection présidentielle, le 21 mars 2004, avait été marquée par une participation élevée, 67,34%.

Les observateurs internationaux de l'Union européenne (UE) et de l'Organisation des Etats américains (OEA) ont souligné eux aussi l'absence d'incidents notables. La campagne avait été émaillée d'incidents parfois violents entre les deux camps, qui avaient fait plusieurs blessés.

Des parlementaires américains avaient évoqué des «menaces potentielles» pour les «intérêts de sécurité nationale» dans le cas d'une victoire de l'ancienne rébellion, qui rapprocherait le Salvador de leur bête noire dans la région, le président vénézuélien Hugo Chavez.

Mais le responsable du Département d'Etat des Etats-Unis pour l'Amérique latine, Tom Shannon, a annoncé que Washington respecterait le résultat du scrutin et travaillerait avec le vainqueur, quelle que soit sa couleur politique.

Depuis l'intervention décisive de Washington contre la guérilla, le Salvador est «américanisé», avec une économie «dollarisée» au sens propre du terme, puisque le billet vert est devenu la monnaie nationale.

Le Salvador, qui vient de rapatrier d'Irak son contingent de 200 militaires, a été le seul pays d'Amérique latine à y être resté jusqu'à la fin du mandat de l'ONU, le 31 décembre dernier.

M. Funes, 49 ans, ancien journaliste vedette de la télévision et correspondant de la station américaine CNN, a promis que, s'il l'emportait, le Salvador demeurerait un allié de Washington. Il a ajouté qu'il ne voyait pas de raison de ne pas «s'entendre» avec le président Barack Obama, dont l'Amérique Latine attend un nouveau dialogue avec les Etats-Unis.

Le candidat du président Saca, son ancien directeur de la Police nationale, Rodrigo Avila, un ingénieur de 44 ans, avait toutefois martelé tout au long de sa campagne qu'une victoire de son rival ferait «basculer le Salvador dans le camp du Venezuela de Hugo Chavez», comme le Nicaragua de Daniel Ortega et le Honduras de Manuel Zelaya.

«La gauche que je représente est la gauche salvadorienne» et le FMLN a «évolué», a répondu M. Funes.

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