Bolivie - Le projet de constitution est adopté avec une mince majorité

Le texte de Constitution controversée présenté par le président Evo Morales donne une place plus importante aux communautés indigènes, à la justice sociale et au rôle de l’État.
Photo: Agence Reuters Le texte de Constitution controversée présenté par le président Evo Morales donne une place plus importante aux communautés indigènes, à la justice sociale et au rôle de l’État.

La Paz — Le projet de nouvelle constitution présenté par le président de gauche, Evo Morales, a été adopté de justesse hier en Bolivie par référendum, mais le score demeure serré, le non l'emportant dans cinq régions où la droite est traditionnellement majoritaire, indiquent les premiers sondages diffusés dans la soirée par les télévisions privées.

Le texte de nouvelle constitution, approuvé au niveau national, est rejeté dans les cinq régions autonomistes de droite: Santa Cruz (est), Tarija et Chuquisaca (sud), et Pando et Beni au nord.

Selon la chaîne Unitel, le oui l'emporte par environ 60 % contre 40 % dans l'ensemble du pays mais le non l'emporte dans la région de Santa Cruz, la plus riche du pays andin, par plus de 70 % des voix. Dans les régions andines, les plus pauvres du pays, le oui arrive largement en tête.

Ce texte de constitution controversée présenté par le président Morales donne une place plus importante aux communautés indigènes, à la justice sociale et au rôle de l'État.

Une victoire permet à M. Morales d'entreprendre des changements profonds et de briguer un nouveau mandat fin 2009.

Quatre millions d'électeurs étaient appelés aux urnes dans le pays de 10 millions d'habitants, où le vote est obligatoire.

«Il y a eu un climat de tranquillité», a noté le ministre de l'Intérieur Alfredo Rada à la clôture du scrutin en ne faisant état que de quelques incidents isolés. Evo Morales s'est rendu sans escorte au volant de son 4X4 blindé dans un village du Chapare, son bastion politique, où il a voté.

Changements «irréversibles»

Le président socialiste, premier chef de l'État bolivien d'origine amérindienne, a averti que les changements seraient «irréversibles». Le projet de constitution, qui donne un large espace au monde indigène aymara et quechua, renforce aussi les pouvoirs et prérogatives de l'État notamment sur les ressources naturelles du pays.

Ce projet prévoit aussi que l'État bolivien se séparera de l'Église catholique en devenant «indépendant» des religions qu'il reconnaît toutes, mais sans statut particulier pour l'une d'entre elles.

Les gouverneurs des régions de Santa Cruz, Chuquisaca, Tarija et Pando, dominées par l'opposition, ont appelé à voter non, jugeant trop faible la place accordée à l'autonomie régionale sur laquelle ils avaient eux-mêmes organisé des référendums locaux non reconnus par le pouvoir central.

Ruben Costas, le puissant gouverneur de Santa Cruz, la capitale économique du pays, a qualifié le projet de constitution de «totalitariste».

Le texte initial, qui a fait l'objet d'âpres négociations au Sénat entre l'opposition de droite et le gouvernement socialiste, a été largement remanié. Plus de 150 articles sur 400 ont été modifiés pour que le Sénat, dominé par la droite, accepte l'organisation du référendum.

Le mandat du président Morales, élu en décembre 2005 avec 53 % des voix, a été confirmé lors d'un référendum révocatoire en août 2008 avec 67 % des suffrages.

Mais les affrontements autour du projet de Constitution ont mené le pays le plus pauvre d'Amérique du Sud au bord de la guerre civile.

M. Morales devrait convoquer des élections générales en décembre 2009. Il pourra être réélu pour un seul nouveau mandat de cinq ans.

Les bureaux de vote étaient surveillés par 200 observateurs de l'Organisation des États américains (OEA), de l'Union des nations sud-américaines (UNASUR) et de l'Union européenne.

Les électeurs se sont aussi prononcés sur la taille maximum autorisée pour les grandes exploitations agricoles — 5000 ou 10 000 hectares — dans le cadre d'une réforme agraire qui a elle aussi provoqué une controverse jusqu'à ce que la droite obtienne que la future loi ne soit pas rétroactive.

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