Les Boliviens se prononceront demain sur la Constitution

Les Boliviens sont convoqués aux urnes, demain, pour ratifier la Constitution par référendum. L'opposition et le gouvernement de gauche ont modifié, en octobre 2008, une centaine d'articles du texte voté par l'Assemblée constituante fin 2007. L'autonomie des départements, le principal sujet de discorde, est ainsi reconnue. Malgré ce compromis, la droite a mené campagne pour le non. Mais la véritable surprise est venue du centre et d'une partie de la gauche, déçue par le président Evo Morales.

«Cette Constitution est la plus avancée du monde en termes de droits sociaux», assure M. Morales. Selon le premier de ses 411 articles, «la Bolivie est un État unitaire social de droit plurinational communautaire, libre, indépendant, souverain, démocratique, interculturel, décentralisé et avec des autonomies». Les «nationalités et peuples indigènes originaires paysans» ont le droit à l'autodétermination.

Selon le politologue Jorge Lazarte, élu centriste à l'Assemblée constituante, le texte discrimine les citoyens en fonction de leurs origines et n'assure pas leur égalité devant la loi. «La Constituante a échoué à rendre compatibles la justice sociale et l'État de droit», confie-t-il.

Élue à l'Assemblée constituante sur les listes du Mouvement pour le socialisme (MAS, gauche), le parti présidentiel, Loyola Guzman, survivante de la guérilla d'Ernesto Che Guevara, a pris position pour le non. «Au lieu d'avoir un projet unique», la Constitution divise les Boliviens, déplore-t-elle. L'analyste Alfonso Gumucio Dagron appelle à annuler le vote, pour ne pas mêler sa voix à la droite ni favoriser un «gouvernement autoritaire» voulant se perpétuer au pouvoir.

M. Morales a reçu, le 15 janvier, le soutien du président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, qui lui a prodigué des conseils pour éviter une polarisation. «Je ne gouverne pas uniquement pour les pauvres ou les travailleurs, même s'ils sont ma priorité. Je gouverne pour tous», a-t-il expliqué.

L'ancien président centriste Carlos Mesa, qui a dû quitter le pouvoir, s'est prononcé pour le non au référendum. Il fustige cette vision «paternaliste». «La communauté internationale ne juge pas Evo Morales bon ou mauvais président, mais comme un indigène, ce qui relève du racisme», dit-il.

M. Morales a transformé le scrutin en plébiscite et a placé la barre très haut. Après avoir été confirmé au référendum d'août 2008 par 67 % des voix, il espère battre dimanche un nouveau record, en obtenant 80 % de oui pour la 16e Constitution bolivienne. «Personne ne va arrêter cette transformation profonde et démocratique», a-t-il lancé devant ses partisans, jeudi, à La Paz.

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