Une crise aux relents de guerre froide - Washington prive d'aide le Nicaragua

Relents de guerre froide au Nicaragua où les États-Unis ont récemment décidé de punir politiquement le gouvernement en privant ce petit pays très pauvre d'une somme de 64 millions $US en aide au développement. Imperturbable, le président Daniel Ortega a répliqué que le Nicaragua pouvait s'en passer puisqu'il allait bientôt bénéficier du soutien de la Russie de Vladimir Poutine et du Venezuela d'Hugo Chávez.

Washington n'est pas le seul donateur occidental à trouver qu'Ortega, chef historique du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), vire autoritaire. Trois des six pays européens qui ont l'habitude de soutenir financièrement l'État nicaraguayen ont eux aussi suspendu leur aide, insatisfaits de la manière dont Ortega se comporte en matières de gouvernance et de respect des droits humains. L'UE n'a jusqu'à maintenant débloqué que 10 % des 115 millions $US promis à Managua en aide budgétaire pour 2008. Des sommes dont on peut imaginer que le Nicaragua, pays le plus pauvre des Amériques après Haïti, a éminemment besoin.

La goutte qui a fait déborder le vase? Les allégations très sérieuses de fraude généralisée qui ont entouré les élections municipales du 9 novembre dernier, tenues — ainsi que l'avait décidé Ortega — sans la présence d'observateurs internationaux. L'opposition incarnée par le Parti libéral, appuyée par ses alliés dans les milieux d'affaires et l'Église catholique, a refusé de reconnaître la victoire sandiniste. Mais des ONG nationales et la dissidence sandiniste, réunie dans le Mouvement pour la rénovation sandiniste (MRS), ont également poussé les hauts cris. L'organisation réputée Éthique et Transparence (EyT) a jugé que les municipales du 9 novembre étaient sans doute «les moins transparentes et marquées par le plus grand nombre d'actes d'intimidation depuis 1996». Une fraude «grossière» que le Conseil suprême électoral s'est à peine donné la peine de maquiller, a écrit sur son blog l'écrivain Sergio Ramírez, dont la collaboration avec Ortega, qui remonte au renversement du dictateur Anastasio Somoza en juillet 1979 et à la guerre des Contras des années 1980, a tourné au vinaigre en 1994.

«Le gouvernement paie chèrement la fraude électorale, affirme l'économiste et député de gauche Enrique Sáenz, du MRS, qui a été interdit de se présenter aux municipales. Pour les milliers de voix qui ont été volées, le Nicaragua paie des millions de dollars en aide perdue.»

La tentative d'asphyxie américaine du régime sandiniste dans les années 1980 avait contribué à pousser le Nicaragua dans les bras de l'URSS. Le Nicaragua plongeant aujourd'hui dans sa énième crise en trente ans, l'histoire semble vaguement vouloir se répéter. D'autant que Daniel Ortega a finalement réussi à reprendre le pouvoir au début de 2007, perdu en 1990 aux mains de Violeta Chamorro.

«Le commandant-président Hugo Chávez m'a dit que si les États-Unis coupaient les fonds [...], je pourrais dire aux Nicaraguayens qu'ils peuvent compter sur le peuple vénézuélien pour prendre le relais», a déclaré Ortega dans un discours. Chávez, bête noire des États-Unis, a félicité le Nicaragua pour avoir «brisé ses chaînes». Ensuite, le vice-ministre nicaraguayen des Affaires étrangères a annoncé cette semaine que Managua et Moscou signeraient des ententes dans les domaines du tourisme, de l'énergie, de l'agriculture, des mines et de la coopération militaire.

Chávez a fait d'Ortega le pôle d'exportation de sa «révolution bolivarienne» en Amérique centrale. Le président russe Dmitri Medvedev, apparemment grand admirateur de la révolution sandiniste, était il y a deux semaines à Caracas pour inaugurer avec ostentation des manoeuvres militaires conjointes. Ortega espère que cette «admiration» se traduira par une reprise de l'aide russe.

Pour plusieurs, il est clair qu'il rêve en couleurs, vu le poids de l'industrie pétrolière dans les économies russe et vénézuélienne. Déjà, Caracas a indiqué qu'il «évaluait» son engagement de construire au Nicaragua une raffinerie de pétrole. Le pétrole fournit au gouvernement vénézuélien la moitié de ses revenus. Devant la chute du prix du baril, Chávez, pour qui l'or noir est aussi une caisse électorale, se voit maintenant forcé de ralentir sa politique de nationalisations.

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Avec The Christian Science Monitor et LatinReporters.com
1 commentaire
  • Serge Charbonneau - Inscrit 6 décembre 2008 04 h 59

    Il faut se souvenir et bien voir la réalité du monde

    Relents d'Irangate.
    Il faut se souvenir. Cette Histoire, l'Irangate, est bien documentée.
    En étudiant avec un peu de sérieux cette Histoire, on peut vraiment parler de «droits humains» et de «démocratie». L'Histoire nous enseigne le respect des «droits humains» et de la «démocratie», par le pays le plus juste et transparent de la planète.

    «Washington prive d'aide le Nicaragua»
    On croirait un retour de l'époque Reagan. C'est pourtant Obama qui va entrer en scène.

    Le Nicaragua, le 2e pays le plus pauvre d'Amérique (après Haïti).
    Une terrible pauvreté, 64 millions d'aide coupés!
    La générosité des justes est impitoyable.
    Embargo à Cuba, les gens ont appris à vivre avec rien.
    On les fait crever au Zimbabwe tout en annonçant une "aide" de 600 millions via «USAID»
    «USAID» un très joli nom, qui renferme AID (United States Agency for International Development), un superbe site qui est d'une affabilité mondiale incroyable, par contre, il a fallu faire mourir des centaines et même des milliers de Zimbabwéen de maladie, de misère et de faim avant d'annoncer cette "aide" salutaire.

    Il faut y regarder de plus près sur cette aide généreuse.
    USAID et la NED (National Endowment for Democracy) sont des organismes d'ingérence politique dénoncés avec preuves à l'appui, depuis des lustres.
    Il est incroyable qu'on assiste à cette pénurie de choléra sans rien faire.
    Le but est de renverser Mugabe, peu importe si les gens meurent. Renverser Castro peu importe si les gens souffrent, renverser Ortega peu importe si le pays est pauvre, il doit être plongé dans la misère la plus totale.
    En parallèle, il faut toujours se rappeler les milliards, non pas les millions, mais les milliards, c'est-à-dire, les milliers de millions dépensés pour occuper et tuer.
    Tuerie quotidienne constante depuis sept ans, certains disent un million de morts. Un budget militaire de sept à huit cents milliards annuellement (on avait évalué 1600 milliards pour les US en armes en 2007)
    http://www.ledevoir.com/2008/04/02/183206.html
    1600 milliards, c'est aussi le coût, dit-on, des guerres au Moyen Orient.
    http://www.interet-general.info/article.php3?id_ar

    Mais, qu'en sait-on vraiment?
    Peu importe, il est clair que l'ampleur des dépenses militaires pour tuer quotidiennement est un affront à la dignité humaine, une honte pour l'humanité.

    On parle de 1600000 millions pour tuer (argent dont on constate qu'elle est effectivement dépensée puisque l'on voit les résultats incroyables et honteux) et on parle aujourd'hui après 600 morts du choléra au Zimbabwe de 600 millions «d'aide» via, non pas un organisme de l'ONU, mais USAID. Et cette aide annoncée de 600 millions, verra-t-on le résultat de ces dépenses?
    On verra Mugabe abattu avant de voir l'épidémie endiguée.
    L'épidémie et la misère, on s'en fout, par contre ceux qui sont des ennemis des intérêts US, on s'en occupe.
    Mugabe, «le grand responsable dénoncé de tous».
    Comme Ortega était le grand responsable de la guerre inhumaine contre les Contras, ces talibans créés et soutenus par Washington pour terroriser la population paysanne et renverser le gouvernement sandiniste dans la tête des gens.
    Après des centaines de massacres horribles, Ortega a été renversé. Renversé avec l'argent de la vente d'armes illégales à l'Iran via Israël.
    Depuis le scandale de l'Irangate, c'est la stratégie des « democracy builders », les bâtisseurs de démocratie (USAID, NED etc.), partout dans le monde, surtout dans les pays où les intérêts US ne sont pas suffisamment considérés, on soutient la résistance (en théorie, non violente) des organisations dites «démocratiques».

    L'arme économique est aussi terrible que l'arme militaire. L'arme pharmaceutique peut être aussi dévastatrice (contrôle des médicaments). Combien auraient coûté des médicaments contre le choléra dès les premiers symptômes décelés au Zimbabwe?
    Combien de médicaments pour une seule bombe?
    Combien de sacs de riz pour une mitraillette à vision nocturne?

    L'arme économique est redoutable. Chávez a pu sortir son pays de l'exploitation grâce au pétrole. Exxon on tenté de renverser le pays par plusieurs manoeuvres dont les tribunaux. Exxon, malgré sa puissance colossale a perdu devant les tribunaux londoniens. La baisse actuelle du cours du brut, n'est sûrement pas due à la loi de l'offre et de la demande. Cette stratégie est d'une efficacité remarquable pour tenter de mettre fin à ce regroupement, de plus en plus organisé et par le fait même, menaçant que représente l'Amérique latine.
    Le pétrole est le deuxième carburant de la révolution bolivarienne (le premier étant le peuple). En coupant drastiquement les revenus du pétrole, on espère ainsi interrompre tous les projets de Chávez. La guerre se poursuit en Amérique latine. On espère un retour des Pinochets.

    L'arme économique, terrible! On la néglige et soudain on nous informe qu'un pays va très mal, alors et on crie :
    C'est la faute à Mugabe, comme c'est la faute à Ortega, comme c'est la faute à Castro, comme c'est la faute à tout ceux qui ne suivent pas, bien docilement, les directives pour la bonne marche du monde préservant les intérêts US.

    «Les États-Unis ont décidé de punir le gouvernement du Nicaragua en privant ce petit pays très pauvre d'une somme de 64 millions $US. Le président Daniel Ortega a répliqué que le Nicaragua pouvait s'en passer puisqu'il allait bientôt bénéficier du soutien de la Russie de Vladimir Poutine et du Venezuela d'Hugo Chávez.»

    On dira que Ortega est communiste, comme Castro, comme Chávez, comme tous ceux qui ont dû se tourner vers un autre allier puissant pour tout simplement survivre.
    On refuse d'aider ces gouvernements dont les objectifs sont le développement de leur pays, on les rejette et on les pousse vers des alliances géographiquement "non naturelles".
    Comme on avait fait avec Maurice Bishop en Grenade.

    Castro aurait certainement préféré s'entendre avec un voisin à deux pas pour développer son pays après avoir libéré son peuple du joug de la dictature. Mais non, ce fut tout le contraire, il a dû se rendre à des milliers de milles pour réussir à avoir de l'aide. Une aide vitale. Bientôt 50 ans de blocage économique intense! C'est incroyable!

    Depuis bientôt 2 décennies, on condamne cet injuste embargo à l'ONU.
    Encore cette année (fin octobre) la condamnation de l'embargo cubain a été pratiquement unanime à l'ONU (moins 3 voix). C'était la 17e fois depuis 1992 que l'on adoptait à la quasi-unanimité une résolution pour la levée du blocus économique contre Cuba
    Cette année, le texte s'intitulant "Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d'Amérique", fut adopté par 185 voix contre 3 avec deux abstentions,
    Les trois voix contre ont été les États-Unis, Israël et Palau. Les îles Marshall et la Micronésie se sont abstenues.

    « Washington n'est pas le seul à trouver qu'Ortega "vire" autoritaire. Trois pays européens (qui ? Royaume-Uni sûrement, France de Sarko sûrement et Berlusconi probablement) ont eux aussi suspendu leur aide, insatisfaits de la manière dont Ortega se comporte en matières de gouvernance et de respect des droits humains. »

    Ces pays sont «insatisfaits» de la gouvernance de Ortega et de son respect des droits humains!

    Ortega devrait fermer Guantanamo. Il devrait abolir son décret légalisant la torture, il devrait cesser de bombarder le Moyen Orient, il devrait cesser d'occuper deux pays et devrait oeuvrer à aider véritablement ceux qui meurent de faim et de maladie. Ortega a tous les outils pour agir, mais il dépense des milliards en armement et occupe le monde entier avec des bases militaires sophistiquées.
    Ces trois pays européens ont bien raison de vouloir le renverser. Ils ont bien raison de se dire «insatisfaits» de la gouvernance de Ortega et de son respect des droits humains!

    Jamais on ne pourrait accepter une telle dérive si irrespectueuse des droits humains!
    À mort Ortega!
    À mort Castro!
    À mort Poutine!
    À mort Chávez
    À mort Morales!
    À mort Fernandez!
    À mort Lugo!
    À mort Mugabe!

    Vive la démocratie!


    Serge Charbonneau
    Québec

    Pour voir de belles photos et vous laissez aller à la beauté de l'aide US internationale
    http://www.usaid.gov/

    C'est aussi la réalité
    http://www.legrandsoir.info/spip.php?article2510

    http://alternatives-international.net/article1293.

    http://www.legrandsoir.info/spip.php?article4045