Brésil - Lula mobilise les femmes des favelas

Les forces de sécurité brésiliennes doivent régulièrement se rendre dans les favelas de Rio de Janeiro pour y rétablir l’ordre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les forces de sécurité brésiliennes doivent régulièrement se rendre dans les favelas de Rio de Janeiro pour y rétablir l’ordre.

Rio de Janeiro — Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a lancé hier dans le plus grand ensemble de favelas de Rio un ambitieux programme qui mobilise des milliers de femmes pour tenter de pacifier ces quartiers déshérités en proie aux violences.

Ce plan, baptisé Territoires de paix, a été présenté à la population du Complexo do Alemao, dans le nord de la ville, le plus grand ensemble de favelas de Rio où vivent quelque 200 000 personnes et qui est largement contrôlé par les trafiquants. Doté dans l'État de Rio de

15 millions de reais (6,25 millions de dollars), il mobilise plus de 2500 femmes chargées de prévenir les conflits locaux et de dissuader les jeunes de tomber dans la délinquance.

Après avoir été sélectionnées et formées, quelque 200 femmes travailleront au Complexo do Alemao, et recevront une petite allocation de 190 reals (80 dollars) par mois, a expliqué une «femme de la paix», Sueli Couto.

Le projet étend aussi l'expérience d'une police communautaire, installée dans les favelas pour rapprocher les forces de l'ordre de la population qui craint autant les violentes opérations policières que les trafiquants armés. Quelque

600 policiers, spécialement formés, seront assignés en permanence au Complexo do Alemao.

«Ce programme est une révolution pour améliorer la sécurité dans les favelas. La police sera présente dans la communauté, mais elle sera plus amicale et n'apparaîtra seulement pas de temps en temps en considérant tout le monde comme des bandits», a déclaré Lula.

Le président brésilien s'exprimait dans une ancienne usine désaffectée transformée en école devant plusieurs centaines d'habitants, dont des dizaines de femmes portant un T-shirt Femmes de paix.

Il s'agit d'un volet d'un plan de près de 7 milliards de reals (3 milliards de dollars) lancé en 2007 par le ministère de la Justice pour enrayer la criminalité, alors que le Brésil enregistre 45 000 homicides par an. Il allie renforcement des forces de sécurité et des programmes sociaux dans 11 métropoles particulièrement touchées par la violence comme São Paulo, Rio de Janeiro, Salvador de Bahia, Belo Horizonte.

«Pourquoi les pauvres doivent-ils habiter dans des favelas? C'est le résultat de la négligence des gouvernants au cours des 30 dernières années envers les pauvres. 30 ans sans croissance, sans distribuer les revenus», s'est indigné le président Lula, un ancien ouvrier de la métallurgie porté à la tête du Brésil en 2002.

Un leader communautaire, Wagner Souza, lui a fait écho en affirmant que les habitants avaient «vécu des années et des années d'abandon des pouvoirs publics. Ce programme ramène la dignité aux habitants du Complexo».

Non loin de ce rassemblement, on pouvait voir les travaux d'un futur téléphérique (sur le modèle de celui de Medellin, en Colombie) qui va relier entre elles les différentes favelas du Complexe, projet phare de la réhabilitation de ce quartier.

Lula avait lui-même lancé en mars dernier un programme urbanistique et social de 1,6 milliard de dollars pour les 700 favelas de Rio, dont 230 millions de dollars pour le seul complexo do Alemao. Il a affirmé hier que ce programme ne serait pas amputé par la crise économique internationale.

Sergio Santos, 42 ans, qui habite le quartier depuis 21 ans, est témoin de premiers progrès: «Les rues sont goudronnées, des écoles sont construites. Cela a aussi ramené la tranquillité.»

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