Haïti: le bâtiment n'aurait jamais dû servir d'école

Les sauveteurs ont continué à briser le béton et à creuser à la recherche d’éventuels survivants. Dans les hôpitaux et à la morgue, des gens cherchaient à obtenir des nouvelles de leurs proches qui fréquentaient l’école qui s’est effrond
Photo: Agence Reuters Les sauveteurs ont continué à briser le béton et à creuser à la recherche d’éventuels survivants. Dans les hôpitaux et à la morgue, des gens cherchaient à obtenir des nouvelles de leurs proches qui fréquentaient l’école qui s’est effrond

Pétionville — Le ministre de la Justice haïtien, Jean-Joseph Exumé, a déclaré hier que l'école, dont l'effondrement a fait au moins 93 morts vendredi dans la banlieue déshéritée de Port-au-Prince, n'était pas un bâtiment «approprié» pour abriter un établissement scolaire.

«C'est un vrai drame. On voit que cet établissement n'était pas approprié pour une école», a affirmé M. Exumé, qui a pris ses fonctions hier au ministère de la Justice, lors d'une visite sur les lieux du drame, à Pétionville.

L'accident a fait au moins 93 morts et 150 blessés, des enfants pour la plupart.

«Il y a des démarches en cours au niveau du gouvernement pour ouvrir une enquête et déterminer les responsabilités», notamment pénales, a-t-il assuré.

Le propriétaire de l'école, Augustin Fortain, un pasteur évangélique, s'est rendu de lui-même samedi à la police. Il a été interrogé par les enquêteurs dimanche, mais sans «être formellement accusé», selon le ministère de la Justice.

Selon des témoignages d'habitants du quartier recueillis par l'AFP, M. Fortain, âgé d'une cinquantaine d'années, aurait lui-même construit l'école sans faire appel à des spécialistes du bâtiment.

Le ministre de la Justice a également indiqué qu'un «processus d'évaluation de certaines écoles» avait été lancé «afin de voir si elles comportent autant de risques» que celle de Pétionville.

Il a assuré que les écoles faisant l'objet d'évaluation négative seraient fermées.

«Je viens de parler au ministre de l'Éducation [Joël Desrosiers Jean-Pierre], il faut voir ensemble dans quelle mesure on peut prévenir ce genre d'accidents, a dit M. Exumé. Il y a de nombreux cas de ce genre qu'on pourrait éviter si les inspections étaient plus strictes».

Hier matin, un cordon de sécurité entourait toujours l'établissement scolaire et des ouvriers haïtiens continuaient de déblayer les décombres, a constaté un journaliste de l'AFP.

De nombreux sauveteurs de différentes nationalités étaient toujours à l'oeuvre, mais plusieurs ont indiqué que l'espoir de retrouver des survivants était mince, sans pouvoir dire si le bilan, qui tient compte des corps coincés sous les ruines, pouvait s'alourdir.

«Je ne pense pas» qu'il y ait encore des personnes en vie sous les décombres, a affirmé à l'AFP le capitaine Pépin Rosselly, qui dirige une équipe de sauveteurs français venus de la Martinique.

Seuls quatre enfants ont pu être retirés vivants de l'école effondrée.

Le capitaine Rosselly a précisé qu'il allait proposer aux autorités haïtiennes de «détruire» complètement le bâtiment.

Coincée entre les maisons du quartier, la construction en dur s'élevait sur deux étages, tandis qu'un troisième était en construction. Le premier étage s'est effondré vendredi matin, entraînant la chute du reste du bâtiment sur les élèves qui étaient en classe.

L'école, un établissement privé baptisé La Promesse, accueillait près de 700 élèves âgés de 3 à 20 ans, en majorité issus d'un bidonville.