Le Brésil adopte un plan de lutte contre la déforestation

Rio de Janeiro — En 2015, le Brésil plantera autant d'arbres qu'il en détruira. D'ici là, il doublera les surfaces allouées à ces nouvelles plantations, soit 5,5 millions d'hectares. Plus d'un tiers d'entre elles devront accueillir des espèces autochtones. La déforestation sera dès maintenant réduite «de manière soutenue». Cette réduction sera quantifiée tous les quatre ans. Elle a pour ambition d'en finir avec le déboisement illégal.

Le président Lula rappelle, face aux critiques internationales sur la gestion de l'Amazonie, que le Brésil conserve 64 % de la superficie de sa forêt originelle. La partie brésilienne de la forêt amazonienne représente 36 % du territoire national. Les cours d'eau amazoniens contiennent 23 % de l'eau potable de la planète. Créée pour des raisons administratives et économiques, l'Amazonie dite «légale» s'étend sur neuf États fédérés. Elle abrite 23 millions d'habitants, dont près de 500 000 Indiens. La déforestation y est à 80 % illégale. En 2007, 22 000 incendies ont été recensés. Destinés à accélérer la mise en culture des terres, ils sont, pour les trois quarts, à l'origine de l'émission annuelle, par le Brésil, d'un milliard de tonnes de CO2. La forêt renferme un stock de CO2 de 70 milliards de tonnes.

Ces engagements officiels sont contenus dans un document diffusé, lundi 29 septembre, par Carlos Minc, ministre brésilien de l'Environnement, et intitulé «Plan national sur les changements climatiques». Les brûlis, notamment en Amazonie, génèrent les deux tiers des émissions de gaz à effet de serre recensées au Brésil.

Fruit tardif d'une promesse faite, en septembre 2007, par le président Luiz Inacio Lula da Silva, le plan sera promulgué au début de 2009. «Un plan sans objectif ressemblerait à un sac vide», a commenté Carlos Minc. L'ennui, c'est que le principal de ces objectifs, l'éradication de la déforestation, n'est assorti d'aucune date. Le gouvernement a préféré s'en tenir à une ferme déclaration de principes plutôt qu'être démenti tôt ou tard par les faits.

La deuxième limite du plan est son caractère volontaire. Sa réussite dépend largement de la bonne volonté d'une part des autorités fédérales et locales, d'autre part des producteurs agricoles responsables du déboisement. Or la lutte contre la déforestation se heurte aux intérêts économiques de nombreux exploitants agricoles, soutenus plus ou moins ouvertement par plusieurs gouverneurs d'États amazoniens soucieux de ménager leur électorat.

Carlos Minc, successeur, en mai, d'une autre écologiste militante, Marina Silva, est sans illusion sur la difficulté de sa tâche. Dans un plaidoyer pro domo à l'occasion de ses 100 premiers jours passés au ministère, il déplore «la lenteur» des progrès, le manque de moyens et d'hommes, la résistance au changement de trop de maires et de gouverneurs, les divisions «au sein du gouvernement, du Parlement et de la société tout entière».

Le ministre dénonce l'impunité dont jouissent trop de prédateurs: 90 % des amendes infligées aux coupables, rappelle-t-il, n'ont pas été payées à cause des multiples recours administratifs et judiciaires qui leur sont offerts.

Lundi, il a publiquement pris pour cible l'Incra, l'organisme en charge de la réforme agraire, en l'accusant d'avoir dévasté 230 000 hectares de forêt depuis trois ans. Face aux abus, il a défendu l'idée d'une police de l'environnement. En attendant, la forêt amazonienne continue de reculer. Selon les chiffres publiés lundi à partir des relevés satellites, les déboisements par incendies volontaires ont plus que doublé

(+ 133 %) en août par rapport à juillet: 756 km2 de jungle ont été transformés en pâturages, l'équivalent de la moitié du territoire municipal de São Paulo.

Sur un an (août 2007-août 2008), la forêt a perdu 8673 km2 de sa couverture végétale, soit une hausse de 64 % par rapport aux douze mois précédents.

Crimes écologiques

De 2005 à 2007, le rythme des déboisements s'était pourtant ralenti. Mais la flambée des cours mondiaux des denrées agricoles, notamment du soja, a incité les exploitants à déboiser davantage pour produire. En outre, le Brésil est, depuis plusieurs mois, en campagne électorale, ce qui pousse les élus locaux à une grande complaisance, au détriment de la forêt. Et il affiche un objectif de doublement de l'usage des agrocarburants d'ici à 2017.

Carlos Minc a obtenu la signature de plusieurs décrets présidentiels qui répriment plus sévèrement les «crimes écologiques» et qui encouragent financièrement les forestiers clandestins à exploiter le bois légalement. Le Brésil s'est doté d'un «Fonds amazonien» qui pourra recevoir jusqu'à 21 milliards de dollars en dons d'ici à 2021 pour investir dans la préservation de la forêt. La Norvège a été le premier pays donateur. Autant de mesures destinées à relever les défis lancés par ce que le ministre de l'Environnement appelle «l'éco-anxiété» amazonienne.