Bolivie - L'Union juvénile à la tête de l'opposition à Morales

Des paysans boliviens ont franchi hier une tranchée creusée à Cuatro Canadas, dans la région de Santa Cruz.
Photo: Agence Reuters Des paysans boliviens ont franchi hier une tranchée creusée à Cuatro Canadas, dans la région de Santa Cruz.

Les vives tensions en Bolivie, qui ont déclenché une crise diplomatique entre La Paz et Washington, se sont poursuivies hier avec des affrontements qui ont fait au moins trois morts tandis que le président Morales avertissait que sa patience «avait des limites».

Santa Cruz — Vitres brisées, installations détruites et matériel brûlé dans la rue: les administrations publiques de Santa Cruz, région la plus riche de Bolivie et fief des opposants au gouvernement Morales subissent depuis mardi la furie des militants autonomistes. «Nous ne voulons pas des communistes ici», explique Ariel Rivera, étudiant en droit et chef de la garde d'honneur de l'Union juvénile de Santa Cruz (UJC), organisation radicale de droite qui revendique plusieurs milliers de membres dans toute la région.

Le cheveu court, il porte à la main un lourd bâton et se couvre le visage d'un masque de coton pour se protéger des gaz lacrymogènes lancés par les militaires. Sur son téléphone portable, il montre une carte tronquée de la Bolivie où seules apparaissent cinq régions sur neuf, celles dirigées par l'opposition de droite: «Ça c'est mon pays», lance-t-il fièrement. Autour de lui, les jeunes militants de l'UJC balancent des pierres et des pétards vers les édifices publics du centre-ville en criant «Autonomie!» et «Indépendance!» Face à eux, les militaires, peu nombreux, abandonnent un à un les différents bâtiments qu'ils étaient censés protéger.

Bonne organisation

Les institutions attaquées à Santa Cruz ne sont pas choisies au hasard et illustrent les griefs faits au pouvoir central: sièges régionaux des impôts, des douanes, du ministère du Travail, de l'entreprise de télécommunications récemment nationalisée Entel, ou encore l'Institut national de réforme agraire honni par les grands propriétaires terriens de la région. Une fois occupées, leslieux sont symboliquement remises entre les mains du gouverneur qui défend les actions entreprises par ses jeunes troupes de choc: «ce qui arrive et peut arriver est l'unique responsabilité d'Evo Morales» a affirmé le préfet régional de Santa Cruz Ruben Costas.

Etudiants, ouvriers, et même ex-prisonniers récemment libérés et recrutés pour trois euros par jour, les membres de l'UJC mènent la fronde contre le président socialiste Evo Morales. Qualifiés de «groupes fascistes» par le gouvernement, ils constituent le bras armé du mouvement autonomiste régional qui défie le pouvoir en place et sont régulièrement accusés de se livrer à des violences racistes contre la population indigène et les militants syndicaux ou d'organisations sociales qui soutiennent le gouvernement.

«Les seules armes qu'il y a à Santa Cruz, ce sont celles que le gouvernement a fait venir de Cuba et du Vénézuéla. Nous, nous sommes dans la confrontation démocratique, il n'y a ni racisme ni intolérance de la part de Santa Cruz», se défend David Sejas, président de l'UJC depuis son bureau situé dans l'arrière cour du Comité civique Pro Santa Cruz, principale organisation «apolitique» qui mène le combat autonomiste. Il ajoute cependant: «Nous défendrons à n'importe quel prix notre autonomie régionale.»

«Les Unionistes ont ouvert les portes de l'enfer», estime pour sa part Alejandro Colanzi, député centriste de l'opposition mais électron libre de la classe politique bolivienne, dont le bureau a été victime d'un attentat au cocktail molotov attribué à l'UJC il y a à peine une semaine.

Alors que le dialogue est totalement bloqué depuis plusieurs mois entre opposition et gouvernement, le conflit a brutalement pris une tournure insurrectionnelle cette semaine. Les violents affrontements de rue entre militants autonomistes et forces de l'ordre ou partisans de Morales se sont étendus à au moins trois régions rebelles, occasionnant plus d'une centaine de blessés. Dans la région du Pando, au nord du pays, des combats avec armes à feu auraient, selon la presse locale, fait trois morts. Les manifestants réclament notamment la restitution d'une partie de la rente pétrolière destinée aux régions que l'État a récupéré l'an passé pour financer une pension annuelle aux personnes âgées et l'abandon du projet de nouvelle Constitution que le gouvernement a décidé de soumettre au référendum le 7 décembre prochain.

L'opposition, qui contrôle les préfectures de cinq des neuf régions du pays, combat depuis plusieurs mois cette mesure, lutte en outre pour que le pouvoir reconnaisse les autonomies régionales approuvées lors de scrutins locaux jugés illégaux par le gouvernement et rejette la nouvelle Constitution. De son côté, le gouvernement accuse les mouvements autonomistes d'être manipulés par des oligarchies locales déterminées à saboter les réformes sociales en cours. «Ils veulent faire tomber l'Indien» répète souvent Evo Morales, premier président indigène de l'histoire de la Bolivie, qui appelle les mouvements sociaux à agir pour «défendre la démocratie».

Malgré le chaos qui s'installe, le gouvernement refuse pour l'instant de proclamer l'état de siège réclamé par certains. secteurs, craignant qu'une guerre civile n'éclate. Dans un communiqué, l'Organisation des États d'Amérique a d'ailleurs condamné «l'attitude de provocation et d'agression» des groupes autonomistes, tout en soulignant «la prudence des autorités boliviennes et de la force publique».

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