Ouragan Ike - Haïti est au prise avec la violence provoquée par la faim et par les vols

L’aide mondiale est arrivée massivement aux Gonaïves mardi et hier. Près de 400 tonnes ont été débarquées au port, dont 150 tonnes de nourriture.
Photo: Agence Reuters L’aide mondiale est arrivée massivement aux Gonaïves mardi et hier. Près de 400 tonnes ont été débarquées au port, dont 150 tonnes de nourriture.

Gonaïves, Haïti — La violence provoquée par la faim et la peur des pillards, omniprésente, complique sérieusement la vie de la population et le travail des secours aux Gonaïves, la ville d'Haïti la plus touchée par l'ouragan Ike et où le bilan des morts ne cesse de s'alourdir.

Selon un nouveau bilan établi mardi soir par la sécurité civile haïtienne, 111 personnes ont été retrouvées mortes noyées depuis lundi aux Gonaïves, victimes à la fois des cyclones Ike et Hanna.

Mais ce bilan ne tient pas compte de la violence ordinaire dans ce pays parmi les plus pauvres du monde. Mardi, dans le dispensaire-hôpital mis sur pied par Médecins sans frontières (MSF) dans le quartier de Raboteau, un homme a «été massacré, la tête écrasée à coups de bassines par une foule qui l'avait pris pour un voleur», selon le chef de MSF-Belgique, Massimiliano Cosci. Cet homme venant d'un village voisin, voulait rendre visite à son neveu souffrant d'une fracture ouverte.

Les médecins n'ont rien pu faire, personne n'a voulu prendre en charge le corps du malheureux, et MSF devait ramener hier le neveu et la dépouille dans leur village.

Devant l'insécurité ambiante, les convois d'aide alimentaire, mais aussi les simples véhicules des humanitaires qui circulent, doivent obligatoirement être escortés par la police ou des Casques bleus de l'ONU, y compris à bord de véhicules à vocation militaire (VAB: véhicules à l'avant blindé).

Le Programme alimentaire mondial (PAM), dont plusieurs camions cernés par la foule affamée avaient eu les plus grosses difficultés mardi à livrer leur chargement dans certains secteurs, a inauguré hier une distributions la nuit à 4h.

«Ça a très bien marché, on fera dorénavant des transports d'aide la nuit dans les quartiers difficiles, mais en maintenant des distributions de jour», a affirmé une responsable du PAM, Cherichel Widline.

«On va faire aussi des distributions alimentaires uniquement pour les femmes, cela limite la violence», a expliqué un autre coordinateur du PAM, Raphaël Chuinard.

L'aide mondiale est arrivée massivement aux Gonaïves mardi et hier. Près de 400 tonnes ont été débarquées au port, dont 150 tonnes de nourriture, suscitant d'incessantes bagarres entre les candidats pour décharger les bateaux, un travail payé 8 à 10 euros (12 à 15 $CAN) par jour, ce qui représente une fortune pour les Haïtiens.

Hier, les dockers d'un jour n'avaient plus le droit de venir avec des sacs, après des bagarres entre eux pour recueillir du riz tombé par terre lors des déchargements, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le PAM va renforcer les forces de police autour du site de débarquement protégé par des grilles. «Pour les Haïtiens, ce site est le grenier à blé», explique un autre responsable du PAM, Baptiste Burgaud.

Partout dans la ville dévastée par les eaux, c'est la course aux cadenas et aux chaînes. L'association Caritas va quant à elle entreposer une partie de son aide à l'évêché, «un pari, mais jusqu'ici, les voleurs ne se sont jamais attaqués à l'évêché» explique un responsable.

Depuis un mois, quatre ouragans (Fay, Gustav, Hanna et Ike) se sont abattus sur les Caraïbes et l'on estime que 800 000 personnes ont un besoin urgent d'aide humanitaire à Haïti, dont près de 300 000 aux Gonaïves.

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