L'ambassadeur américain est prié de rentrer chez lui - Bolivie : nouvelles actions de l'opposition contre Morales

Des partisans de l’opposition ont mis le feu hier à du mobilier du gouvernement à Santa Cruz.
Photo: Agence Reuters Des partisans de l’opposition ont mis le feu hier à du mobilier du gouvernement à Santa Cruz.

Santa Cruz — L'opposition en Bolivie a poursuivi hier ses opérations de protestation contre la politique du président socialiste Evo Morales, au lendemain de manifestations violentes dans les régions qu'elle domine, tandis que l'Église catholique appelait à un dialogue.

Des groupes de jeunes manifestants ont provoqué hier l'arrêt de la livraison de gaz naturel à l'Argentine et partiellement au Brésil en occupant une station de pompage d'un gazoduc du sud de la Bolivie.

À la suite de cette occupation, «nous avons interrompu les opérations à Vuelta Grande», une station de pompage de la régions du Chaco, a déclaré Juan Callau, un responsable local. Vuelta Grande produit 2,3 millions de mètres cubes de gaz par jour, qui sont exportés en majorité vers l'Argentine mais aussi vers le Brésil, pays voisin dépendant fortement du gaz bolivien.

A Tarija, une foule de jeunes manifestants ont occupé l'aéroport Oriel Lea Plaza, obligeant la police à se retirer. Dans la région de Pando, l'aéroport de Cobija était également aux mains de manifestants, tandis qu'à Santa Cruz, l'accés à l'aéroport Viru Viru est contrôlé depuis mardi par des groupes d'étudiants.

Le porte-parole du gouvernement Yvan Canelas a accusé à nouveau les gouverneurs régionaux opposés au président Morales, soit cinq sur les neuf provinces que compte le pays, de «chercher la guerre civile» au moyen d'«un affrontement avec les militaires et la police».

Des affrontements avec les forces de l'ordre avaient fait plusieurs blessés mardi soir à Santa Cruz, la région la plus riche du pays andin, et à Tarija, province détenant la majorité des réserves d'hydrocarbures.

L'Église catholique et le bureau du Défenseur du peuple, une instance officielle de médiation, ont demandé hier au gouvernement et à l'opposition d'entamer un dialogue pour réduire les tensions et résoudre la crise politique que traverse le pays depuis huit mois.

Les échauffourées avaient cessé hierà Santa Cruz, bastion de l'opposition, où des groupes de jeunes ont poursuivi jusqu'à l'aube le pillage des bureaux de la société de télécommunication, récemment nationalisée. Des militants d'opposition continuaient hier matin de contrôler les locaux de plusieurs administrations publiques, dont la direction des impôts, qui avaient été mis à sac la veille.

Le gouvernement a qualifié ces incidents de «coup d'État civil», excluant néanmoins pour l'instant de décréter l'état de siège.

Ces graves incidents surviennent alors que cinq gouverneurs de régions ont lancé il y a trois semaines une campagne de blocage de routes pour protester contre le pouvoir central et obtenir un statut de large autonomie.

Les régions rebelles de la partie orientale du pays, dont les habitants sont surtout d'origine européenne ou des métisses, s'opposent notamment au projet de Constitution promue par M. Morales, premier président amérindien de Bolivie.

En fin de journée hier, le président bolivien Evo Morales a décrété mercredi persona non grata l'ambassadeur des États-Unis à La Paz, Philip Goldberg, qu'il a accusé d'alimenter la division et le séparatisme en Bolivie.

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