Ike quitte Cuba et menace maintenant les États-Unis

La Havane — Après avoir entraîné l'évacuation de plus de deux millions de personnes, endommagé ou détruit des milliers de maisons et causé la mort de quatre personnes, l'ouragan Ike a achevé hier une traversée de deux jours de l'île de Cuba et se dirigeait vers le sud des États-Unis.

L'oeil du cyclone a balayé pendant cinq heures la province occidentale de Pinar del Rio, voisine de celle de La Havane, avant de gagner le golfe du Mexique vers 19h45 GMT, selon le Centre de météorologie de Cuba (Insmet).

Ike était presque devenu une tempête tropicale lors de son passage sur la partie occidentale de Cuba avec des vents soufflant en moyenne à 120 km/h. Ouragan de catégorie 1, la plus faible sur l'échelle Saffir-Simpson, il était classé catégorie 3 lundi quand il avait frappé la partie orientale de l'île.

Aucune information sur d'éventuels dégâts n'était dans l'immédiat disponible pour la région de Pinar del Rio où plus de 60 % du territoire, célèbre pour ses plantations de tabac, avait été dévasté le 30 août par Gustav, «seize fois plus puissant qu'Ike», selon l'Insmet. Gustav, un ouragan de catégorie 4, n'avait cependant fait aucun mort sur l'île.

À La Havane, placée en état d'alerte maximale, des pluies intenses et des vents violents continuaient hier en fin de journée de balayer les rues désertes. Des brigades de secouristes étaient déjà déployées pour dégager des artères bloquées par la chute d'arbres ou de feux de signalisation.

Toute circulation à pied ou en véhicule était interdite sans autorisation pour les 2,2 millions de Havanais, dont 240 000 avaient été évacués dans des refuges ou chez des particuliers, notamment dans le quartier historique de la Vieille Havane qui risquait d'être inondé, selon la Défense civile.

«J'avais l'impression que le vent emportait tout. Des arbres sont tombés, je n'ai pas pu dormir de la nuit», a déclaré à l'AFP une habitante de 49 ans du quartier du Vedado.

Plus de deux millions de personnes, dont 10 000 touristes étrangers, ont été au total évacuées sur cette île de 11 millions d'habitants. Parmi eux, certains ont commencé à rentrer après le passage lundi d'Ike sur le centre et l'est, où il a fait quatre morts, notamment dans l'effondrement de maisons.

Les «mesures anti-cyclone» à Cuba sont dirigées d'une main de fer par les autorités communistes et, avant le passage d'Ike, il n'y avait pas eu de morts dans l'île dus à un ouragan depuis Dennis en 2005, qui avait fait 16 tués.

Le président cubain, Raul Castro, a réuni le Conseil national de Défense et son frère Fidel, 82 ans, l'ancien «Lider maximo» en convalescence depuis deux ans, suivait «minute par minute» l'évolution d'Ike, selon la télévision.

Selon les météorologues cubains, jamais encore Cuba n'avait été frappé par deux ouragans en seulement huit jours, comme cela vient d'arriver avec Ike et Gustav.

Dans le golfe du Mexique, où se concentre le quart de la production américaine de pétrole (1,3 million de barils de brut par jour), le groupe pétrolier anglo-néerlandais Shell devait évacuer par précaution son personnel des installations off-shore et donc y suspendre ses opérations.

D'autres compagnies, comme la britannique BP ou la française Total, envisageaient d'emboîter le pas à Shell dans cette région pétrolière où la production ne s'est pas encore relevée du passage de Gustav.

En Haïti, les fortes pluies provoquées par le passage d'Ike au large de ce pays ont causé la mort de dizaines de personnes, la majorité dans un village balayé par des trombes d'eau, selon un bilan officiel.

Dans ce pays très pauvre, des centaines de personnes sont mortes, et plus de 800 000 personnes ont été affectées, selon l'ONU, par le passage en trois semaines de quatre dépressions majeures, Fay, Gustav, Hanna puis Ike.

La Fédération internationale de la Croix-Rouge a lancé hier un appel de fonds de 3,9 millions d'euros pour «soutenir l'action humanitaire de la Croix-Rouge cubaine, confrontée à une saison cyclonique destructrice».

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