Haïti, le petit pays battu par les ouragans

Port-au-Prince — À Port-au-Prince, les ouragans sévissent pour l'essentiel à la télévision, comme pour le reste du monde. Les franges d'ouragans font tomber sur la capitale des pluies diluviennes, mais c'est à une petite centaine de kilomètres au nord, aux Gonaïves, que le passage successif de Gustav, Hanna et Ike est en train de faire les dégâts les plus graves, aux dimensions de ceux causés il y a quatre ans par Jeanne, qui avait laissé dans son sillage des centaines de morts.

Cette succession rapprochée d'ouragans est un phénomène sans précédent, alors que des régions du pays ont été durement touchées qui avaient auparavant toujours été épargnées. Ainsi en est-il de la petite ville de Cabaret, à l'ouest de Port-au-Prince, où, selon des sources locales, les pluies tombées dans la nuit de samedi à dimanche auraient fait au moins 25 morts.

Les Haïtiens câblés de la capitale suivaient hier sur CNN la progression d'Ike vers Cuba, pendant qu'à un poste de télévision local, on passait en boucle, sur fond de musique douce, les images d'un homme, de l'eau à mi-cuisse, remontant une grande rue de la ville côtière des Gonaïves.

Gonaïves: 300 000 habitants et des «dommages matériels plus grands que l'ouragan Jeanne qui avait pourtant été plus puissant», nous dit Gabriel Thimothé, directeur général de la sécurité publique au ministère de la Santé.

Traumatisés par Jeanne, affirme-t-il, les gens ont cette fois-ci été plus attentifs aux consignes et sont montés sur les toits de leur maison ou ont pris la peine d'aller s'installer sur des terres plus hautes à l'abri des inondations. Reste que Hanna a frappé avec une force telle que les efforts de secours et d'évacuation en ont été complètement paralysés. Les équipements de la MINUSTAH, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti, ont été bloqués par les pluies et les vents. Des gens ont passé deux, parfois trois jours sur les toits avant de pouvoir en redescendre.

Encore heureux que l'oeil des cyclones Hanna et Ike, qui est passé hier au large des côtes, n'ait pas frappé directement le nord d'Haïti. Décuplé par la déforestation quasi totale de l'île, l'impact des tempêtes n'en demeure pas moins catastrophique. Les routes coupées dans tout le pays ne se comptent plus, les sinistrés non plus, qui, profitant de l'accalmie de samedi, faisaient, les pieds dans l'eau, sécher le linge le long de la route avant d'affronter les nouvelles pluies déversées par Ike.

Hôpital inutilisable

Les ouragans ont à nouveau rendu l'hôpital des Gonaïves, fortement endommagé il y a quatre ans, totalement inutilisable. Les médecins haïtiens, cubains et belges qui sont sur place se sont regroupés dans un hôpital de campagne, gracieuseté du Panama.

Haïti était censé avoir pris des précautions. Des travaux d'irrigation autour des Gonaïves ont commencé après Jeanne pour parer au pire... mais n'ont toujours pas été achevés. À cinq kilomètres de la ville, la construction d'un grand pont a été entreprise à grands frais par l'Union européenne il y a deux ans sur une plaine, que l'on appelle ici la «savane désolée», où les très graves inondations de 2004 avaient mis des mois à se résorber.

Le pont devait pouvoir relier les Gonaïves au reste du pays, même dans le cas des pires intempéries. Gustav, puis Hanna, ont balayé ces prétentions en quelques heures. Les collègues haïtiens avec lesquels nous nous trouvions samedi au bout de la route coupée, au milieu des cactus noyés, n'en croyaient tout simplement pas leurs yeux. Le pont en construction était presque complètement submergé. N'émergeait plus qu'un court tronçon du tablier au centre de la plaine inondée sur des kilomètres carrés, formant un grand lac de plusieurs mètres de profondeur.

Hier après-midi, on attendait d'Ike qu'il commence à déverser ses pluies sauvages sur Haïti, qui n'est pas au bout de ses peines: Joséphine, le prochain ouragan, attend son tour.

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