Haïti - Derrière les émeutes, le spectre d'Aristide

Les manifestants à Port-au-Prince ont reconstruit mercredi les barrages que les forces de l’ordre avaient été détruits au cours de la nuit.
Photo: Agence Reuters Les manifestants à Port-au-Prince ont reconstruit mercredi les barrages que les forces de l’ordre avaient été détruits au cours de la nuit.

Depuis quelques jours en Haïti, les groupes criminels des quartiers populaires ont repris le contrôle des rues. Historiquement très liées au parti Lavalas, des émeutes pro-Aristide seraient en grande partie responsables des violences qui ont assombri les manifestations contre la faim apparues il y a dix jours. On soupçonne aujourd'hui l'existence d'une tentative planifiée de faire tomber le gouvernement du premier ministre Jaques-Édouard Alexis.

Dans les rues assiégées de Petit-Goâve, un étal de fortune nommé Marché Clorox affichait mardi dernier un prix de vente de plusieurs centaines de dollars pour chaque sac fictif de céréales. La célèbre marque de blanchisseur Clorox est maintenant devenue le symbole des manifestations contre la hausse du coût de la vie. Elle fait référence à une expression populaire assimilant le goût de ce produit à la sensation de faim.

Comme au Salvador, au Cameroun, au Burkina Faso ou en Indonésie, la majorité de la population haïtienne, qui vit sous le seuil de la pauvreté, a subi une importante augmentation du prix des produits de base depuis le début de l'année, surtout celui du pétrole et des céréales. Le sac de riz est ainsi passé, selon l'agence de presse haïtienne HPN, de 750 à plus de 1150 gourdes (de 20 $ à plus de 30 $ environ). Le prix de la marmite de pois serait passé de 125 à 225 gourdes.

Dans un appel au calme lancé mercredi, le président René Préval a surtout montré du doigt les marchés mondiaux, les jugeant responsables de ces hausses. Il a rappelé la nécessité de reconstruire l'agriculture haïtienne, détruite notamment par l'importation massive du riz depuis la fin des années 80.

«Les manifestations qui se sont déroulées à travers les rues de la capitale et de plusieurs villes de province ont surtout été motivées, dans un premier temps, par le désir de lutter contre la vie chère, rapporte le journaliste et photographe Roberto Isaac, de l'agence HPN. Les manifestants demandaient de réduire les prix des produits de première nécessité pour pouvoir se procurer quelque chose à manger. Mais rapidement, cela a pris une tout autre tournure.»

Du vandalisme orchestré

Entamées aux Cayes le 3 avril, ces manifestations, le plus souvent pacifiques, ont rapidement laissé place à des actes de vandalisme orchestrés, selon certains, afin de paralyser le pays et de faire tomber le gouvernement. Le premier ministre Jacques-Édouard Alexis a accusé au départ les trafiquants de drogue. Depuis les émeutes majeures de Port-au-Prince mardi et mercredi, plusieurs casseurs semblent s'afficher comme partisans de l'ancien président Aristide.

«À Port-au-Prince, de nouveaux manifestants issus des groupes organisés de quartiers populaires liés à la Famille Lavalas [le parti d'Aristide] ont montré qu'on assistait à un travail systématique mené par les groupes d'Aristide», affirme le sociologue Laenec Hurbon. Cela s'est d'ailleurs confirmé cette semaine dans les autres villes bloquées le jour par des barricades. Bien que le vandalisme ait cessé à Port-au-Prince depuis mardi, la ville est morte: l'électricité et l'essence n'y sont plus disponibles. Des barricades de fortune étaient encore érigées avant-hier dans quelques villes du pays et les gens attendent une réponse du gouvernement à la menace de destitution du premier ministre par un groupe de sénateurs.

Un lourd passé

Les partisans de la Famille Lavalas ont fait un appel public à des manifestations pacifiques, mais il est connu de tous que, par le passé, ils ont organisé des manifestations violentes grâce au

soutien de bandes criminelles des quartiers populaires.

Une forte baisse du respect des droits fondamentaux avait d'ailleurs marqué le dernier passage d'Aristide à la présidence de 2000 à 2004 (élections truquées, liberté d'expression bafouée). À l'époque, plusieurs gangs de jeunes criminels s'en étaient pris violemment à des personnes et groupes critiques des politiques d'Aristide.

«Ils ont toujours procédé ainsi, poursuit M. Hurbon, chercheur affilié au Centre national de recherche scientifique de Paris (CNRS). Si vous lisez bien le message [du nouvel an 2008] d'Aristide, celui-ci demande "même amour", expression signifiant un renforcement des luttes et des pratiques dures contre le régime de Préval afin d'obtenir son propre retour, l'unique solution, selon les lavalistes, pour remédier aux problèmes du pays.»

«Dans les pratiques lavalassiennes, poursuit-il, le mot "pacifique" signifie qu'on peut attaquer les maisons: toute personne qui n'est pas de Lavalas est considérée comme un bourgeois et un riche. Autrement dit, derrière les manifestations des gens qui effectivement ont faim et demandent une baisse des prix des produits de première nécessité, il y a tout un militantisme politique de groupes lavalassiens liés à Aristide qui demandent son retour. Derrière la question sociale, il y a une question politique.»

Mardi, Port-au-Prince a vécu sa plus forte journée de vandalisme depuis l'époque d'Aristide: des magasins, des stations-services, des banques et des médias ont subi un pillage systématique. Mercredi, le chic quartier de Pétion-Ville a aussi connu des actes de saccage. «En Haïti, rien ne se fait par hasard, affirme Roberto Isaac, de HPN. Quelques groupes de personnes ont tenté de s'approprier le mouvement et les gens ne manifestent plus dans les rues pour une réduction des prix des produits; ils s'en sont pris à certains magasins et commerces. C'était la même situation en 2004.»

«Certaines informations nous portent à croire qu'il y a eu une réunion à Cité-Soleil pendant la nuit [de lundi à mardi dernier] pour planifier la journée [suivante]. Je n'étais pas sur place, je n'ai donc pas pu vérifier cette information, mais il semble que certains dirigeants du parti Famille Lavalas, Sò Anne et le père Jean Juste, auraient tenté d'attiser le mouvement.»

Certains groupes du centre-ville de la capitale auraient aussi demandé la levée de tous les contrôles douaniers, mesure qui profiterait aux importateurs, eux-mêmes souvent très proches des mouvances politiques. Le président de la République a d'ailleurs rejeté cette demande lors de son discours mercredi.

Stabilité

Au moment de son accession au pouvoir en 2006, le président René Préval affirmait que ses priorités étaient la sécurité et la lutte contre la corruption, qui permettraient d'attirer les investissements en Haïti et de relancer l'économie. Symbole et fierté de sa présidence, cette stabilité a été ébranlée pour la première fois à Port-au-Prince mardi et en province par la suite.

Depuis le début des troubles, «le gouvernement n'a pas été en phase avec les attentes et les angoisses de la population, explique M. Hurbon sur un ton enflammé. Nous avons assisté à une sorte de disparition, d'effondrement de l'État. Quand la foule n'a pas de bornes et quand tout est possible en politique, cela veut dire que nous sommes en plein danger, en pleine sauvagerie, en pleine barbarie. C'est ce qui est arrivé. Et Préval n'a pas répondu à l'attente de la population.»

Bien que des améliorations ont été apportées récemment à la liberté d'expression et aux droits des femmes, aucune avancée socioéconomique notable ne semble avoir été enregistrée dans le pays depuis la fin du régime dictatorial de la famille Duvalier en 1986.

«Si, effectivement, les manifestants n'avaient vraiment qu'une demande socioéconomique, ils auraient compris qu'il ne faut pas mettre à sac l'ensemble des magasins, des maisons de commerce, précise Hurbon. Ils n'auraient pas attaqué des ministères et des institutions qui n'ont rien à voir avec le problème. Autrement dit, le pays risque de s'enfoncer d'avantage dans la misère, la pauvreté, parce qu'il y aura moins d'investissements après ce qui s'est passé. C'est ça, le fond de l'affaire. C'est la réaction du gouvernement qui me pose problème: il aurait dû comprendre qu'il ne pouvait pas s'éclipser pendant deux jours et attendre pour intervenir. Il aurait dû expliquer que la loi doit assurer la sécurité de la population au quotidien. Dans la journée [de mardi], l'État s'est effondré, puisque tout était possible. Et c'est très dangereux puisque la sécurité n'existe plus pour personne, chacun est obligé de s'enfermer chez soi, et la foule devient ce qu'on appelle une populace.»

Collaboration spéciale
 
4 commentaires
  • Dominic Pageau - Inscrit 12 avril 2008 06 h 12

    Propagande, quand tu nous tiens.

    Les méchants, c'est le pro Aristide, bien certainement. Les méchants Lavallas qui défendent les pauves qui sont exploités à Haiti.

    René Préval, le président élu au grand dam des bourgeois et autres grand maitres internationaux des esclaves haitiens, est un Lavallas, c'était le bras droit d'Aristide, ils s'échangeaint leposte de président et de premier ministre depuis fort longtemps. Et avant que les rebelles, menés par Guy Philippe financé et approvisionné par la CIA, foute le bordel, Haiti allait mieux que jamaiz etce, malgré le fait que fond monétaire internationale et la banque mondiale leur mettait des batons dans la roue. Car ils voulaient que tout soit privatisé comme ils exigent dans tous les pays en voie de développement. Aristide s'y opposait.... Préval, lui a obtempéré.

    Les vrais criminels à Haiti, c'est les riches à qui appartiennent les usines, les terres et les médias haitiens.....

    Arisitide allait augmenter significativement le salaire minimum et refusait de privatiser tout à Haiti afin de plaire aux financiers internationaux du FMI et de la BM.....

    Dans les médias, ont veut faire passer les Lavallas pour des fous dangereux qui seraient une menace pour Haiti, Préval est un Lavalas, du moins un ex, avant qu'ils se vendent aux plus offrants.

    Aristide a été victime d'un coup d'état orchestré par la CIA pour le compte des financiers et industriels internationaux qui étaient dérangé par l'insolence d'Aristide qui refusait d'appliquer leurs politiques.

  • vincent dostaler - Inscrit 13 avril 2008 06 h 02

    Les choix des plus pauvres...

    Tout à fait d'accord avec M. Dominic Pageau. Il y a un temps où ce sont les plus opprimés qui doivent donner la direction, faire les choix. Ce sont eux qui ont le plus mal, ce sont donc eux qui vivent dans leurs entrailles l'urgence de bouger. Ces très démunis, formant la grande majorité de la population haïtienne, s'étaient donné un président qui avait fini par accepter de se présenté pour parler en leur nom... Dès les lendemains de l'élection du Président, la CIA affirmait qu'il s'agissait d'un psychopathe... Et elle n'a jamais eu de cesse de dénigrer Aristide jusqu'à aujourd'hui.

    Avant de se retrouver à la tête de l'État haïtien, le petit prêtre des pauvres avait survécu à plus d'une dizaine de tentatives d'assassinat. Et il semble qu'il y ait toujours eu beaucoup d'argent pour financer toutes les opérations visant à le faire disparaître... Sûrement pas l'argent des plus pauvres... sans voix et sans pouvoir! C'est désolant de lire des textes moutons qui suivent le troupeau inconscient manipulé par le discours dominant.

  • Stanley Lucas - Inscrit 13 avril 2008 17 h 29

    Aristide source de l'instabilite politique et de la violence en Haiti centurionlucas@gmail.com

    La mauvaise gestion du premier ministre Alexis et l'inexistence d'un plan de developpement economique a cree une situation de misere en Haiti. Le chomage represente 76% de la population active alors que les produits de base ont augmente de 150% en Haiti dus a la situation internationale mais aussi a cause des monopoles donnes par le gouvernement a quelques allies du secteur prive. Le peuple a reagi par des manifestations pacifiques contre la faim. Les partisans d'Aristide ont infiltre le mouvement pour creer le chaos.
    Aristide est responsable de la violence et de l'instabilite politique actulle en Haiti. Depuis quelques temps les coordonateurs d'Aristide le pere Gerard Jean Juste recemment convoque par le juge d'instruction comme auteur intellectuel de l'assassinat du journaliste Jacques Roche, Rene Civil un criminel de lavalas recemment liberer par la justice a cause des pressions politiques et So Ann distribuent des armes aux militants criminels du parti Fanmi Lavalas. Ils sont aussi la coordination centrale des kidnappings en Haiti. Ces chimeres de lavalas sont responsables des pillages et violences de cette semaine. J'ai poste leurs photos attaquant le palais national a l'adresse suivante: http://groups.google.com/group/haitipolitics/web/a pour y acceder il faut avoir un compte a www.gmail.com . Ces criminels doivent etre desarmes sinon il n'y aura pas de stabilite.

    Stanley Lucas
    www.solutionshaiti.com

  • Dominic Pageau - Inscrit 16 avril 2008 01 h 29

    Même si c'était vrai mr Lucas, ça serait légitime, car il a été élu deux fois et a a subi deux coups d'états made in CIA

    Mais l'histoire, c'est que c'est pas vrai, tout comme l'histoire de la majorité d'Haitiens qui voulaient le voir disparaitre en 2004. C'est plutot la CIA et le groupe 184 dirigé la americano haitien André Apaid, homme d'affaire en Haiti.