Adoption : le Guatemala tente de lutter contre le trafic d'enfants

Le Guatemala, un pays considéré comme l'un des marchés les plus florissants au monde en ce qui concerne le trafic d'enfants, a franchi une étape importante cette semaine, si ce n'est qu'au plan législatif, avec le vote par le Congrès guatémaltèque d'une loi de réforme qui resserre considérablement ses règles d'adoption internationales.

«Nous espérons mettre fin aux mafias de notaires et de maisons de grossesse illégales qui contrôlent les circuits d'adoption au pays», a déclaré la parlementaire Nineth Montenegro après le vote du Congrès.

Près de 5000 enfants guatémaltèques ont été adoptés par des étrangers l'année dernière, la très grande majorité étant états-uniens, pour des sommes de 25 000 $ à

30 000 $. Le Guatemala est le principal marché d'adoption internationale pour les Américains, après la Chine. Il est officiellement fermé aux parents québécois depuis 2001.

Sous ces chiffres se déploie un scandaleux système d'exploitation des enfants et de mères démunies prêtes à vendre leur bébé pour des sommes oscillant entre 600 $ et 1500 $.

Les enlèvements

Le bureau du procureur pour les droits de l'homme (PDH) du Guatemala a par ailleurs fait savoir l'été dernier que le nombre de plaintes pour enlèvements d'enfants avait doublé cette année, à une centaine par mois. Selon le PDH, la plupart des enfants sont enlevés pour fins d'adoption, mais un certain nombre le sont pour trafic d'organes. Des réseaux de femmes existent un peu partout dans le pays qui se spécialisent dans le rapt de nourrissons.

L'adoption de la nouvelle loi, qui devrait sous peu recevoir la sanction présidentielle, vise à conformer le Guatemala aux dispositions de la Convention de La Haye sur l'adoption internationale, qui entre en vigueur le 31 décembre prochain. Des pays comme le Canada, l'Allemagne et la Grande-Bretagne, relevait récemment Québecadoption.net, se sont opposés à l'adhésion du Guatemala à la convention tant qu'il n'aurait pas fait le ménage dans ses pratiques. En mars dernier, le département d'État américain a déconseillé à ses citoyens d'adopter des enfants guatémaltèques.

Encore faudra-t-il que ce petit pays d'Amérique centrale, où la corruption est endémique, prenne les moyens d'appliquer sa réforme. En quoi, d'autre part, la nouvelle loi fera-t-elle le poids devant l'attrait qu'exerce, pour un couple qui vit dans la pauvreté, une rétribution de quelques centaines de dollars? Il n'existe actuellement au sein de l'État aucune autorité centrale en la matière. La législation tente de remédier à ce vide béant en créant, sous la responsabilité du bureau du procureur général, une agence nationale des adoptions.

Les changements ont soulevé aux États-Unis la peur qu'environ 3700 bébés, déjà promis à des parents adoptifs, se retrouvent dans des limbes législatifs. Des histoires d'horreur ont récemment circulé à ce sujet. L'une d'elles, rapportée par Québecadoption.net, veut que, selon l'avocat d'une ONG guatémaltèque, des césariennes aient été pratiquées sur des femmes enceintes de sept mois afin que puissent être complétées les procédures d'adoption avant l'entrée en vigueur de la convention.

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Avec la BBC et l'Agence France-Presse