Chávez poursuit la nationalisation du pétrole vénézuélien

Des ouvriers appuyés par des militaires ont pris à l’aube le contrôle opérationnel du complexe de José, à 250 km à l’est de Caracas, «des installations qui nous avaient été usurpées par les capitaux étrangers», a affirmé le ministre de
Photo: Agence Reuters Des ouvriers appuyés par des militaires ont pris à l’aube le contrôle opérationnel du complexe de José, à 250 km à l’est de Caracas, «des installations qui nous avaient été usurpées par les capitaux étrangers», a affirmé le ministre de

Complexe pétrolier de José, Venezuela — Le président vénézuélien Hugo Chávez a posé un nouveau jalon dans la nationalisation des activités stratégiques du pays hier en faisant occuper symboliquement par l'armée et le «peuple», les gigantesques gisements pétroliers de l'Orénoque, jusqu'à présent aux mains de multinationales étrangères.

Des ouvriers appuyés par des militaires ont pris à l'aube le contrôle opérationnel du complexe de José, à 250 km à l'est de Caracas, «des installations qui avaient été usurpées par les capitaux étrangers», a affirmé le ministre de l'Énergie Rafael Ramirez qui dirigeait l'opération.

«Travailleurs du Venezuela, nous serons invincibles. Il nous est donné de réaliser le projet révolutionnaire de Simon Bolivar [le «libérateur» sud-américain]», s'est exclamé Hugo Chávez, depuis ce site proche de la Ceinture de l'Orénoque, zone au nord du fleuve homonyme qui couvre 55 300 km2 et qui est considérée comme le plus prometteur des réservoirs pétroliers de la planète.

L'occupation marque la fin de l'ouverture aux capitaux étrangers des années 90 et il s'agit d'une «vraie nationalisation de nos ressources naturelles» par comparaison avec celle de 1976, a assuré M. Chávez, devant 6000 personnes qui l'ont acclamé en disant: «c'est ainsi qu'il faut gouverner».

Le renforcement de la présence étatique dans le pétrole est l'une des facettes du virage antilibéral amorcée par Chávez, qui a annoncé à grands fracas lundi la sortie du Venezuela du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, «mécanismes de l'impérialisme» pour exploiter les pays pauvres.

Après sa réélection triomphale en décembre, M. Chávez, au pouvoir depuis 1999, a accéléré la prise de contrôle de secteurs stratégiques tels que l'électricité ou les télécommunications.

La nationalisation du pétrole de l'Orénoque passe concrètement par une montée du groupe public vénézuélien PDVSA à 60 % du capital des quatre entreprises mixtes exploitant le brut extra-lourd de cette région.

Il s'agit donc d'une occupation surtout symbolique puisque la quasi-totalité des firmes étrangères engagées dans la zone ont donné cette semaine leur accord pour céder la majorité de leurs filiales à Petroleos de Venezuela (PDVSA).

Les signataires (la française Total, la norvégienne Statoil, les américaines Chevron Texaco et Exxon Mobil, la britannique British Petroleum et l'allemande Veba Oel) ont jusqu'au 26 août pour négocier les détails de l'opération. M. Chávez s'est engagé à les indemniser pour la cession partielle de leurs actions mais sur la base de la valeur comptable, pas celle du marché.

L'américaine Conoco Philips poursuit de difficiles tractations tout comme l'italienne Eni et Petro-Canada.

Pour le gouvernement, l'Orénoque est stratégique parce qu'extrêmement riche en pétrole avec des réserves estimées à 270 milliards de dollars dont Caracas a entrepris la certification avec l'aide de firmes issues de pays émergents ou «amis». Une fois prouvées, elles propulseraient le Venezuela au premier rang mondial devant l'Arabie saoudite.

Mais le Venezuela a besoin du savoir-faire des «majors» du pétrole pour continuer de produire quotidiennement 600 000 barils par jour dans cette zone, ce qui explique que les entreprises mixtes conserveront une forte participation étrangère, selon des experts du dossier.

Jusqu'à il y a deux ans, elles bénéficiaient de conditions fiscales très avantageuses avec des royalties de seulement 1 % et des impôts limités à 34 %, portés respectivement à 33,2 % et 50 % par Chávez.

Le Venezuela, seul membre latino-américain de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et cinquième exportateur mondial de brut, produit 3,09 millions de barils par jour, vendus pour moitié aux États-Unis.