Dix ans après l'entrée en vigueur des accords de paix - De tristes nouvelles du Guatemala

Quelles nouvelles du Guatemala, dix ans après l'entrée en vigueur des accords de paix signés en décembre 1996? Mauvaises, affirme le cinéaste Nicolas Bergeron, qui vient de signer un documentaire sur l'«accompagnement international» dans ce petit pays d'Amérique centrale.

«L'impunité demeure entière, dit-il. Les accords de 1996 [qui mettaient fin à un conflit de 36 ans qui a fait plus de 200 000 morts et disparus] n'ont pas donné lieu à une démocratisation de la société guatémaltèque. Les assassinats politiques et mafieux sont monnaie courante. Les politiciens et les généraux qui étaient au pouvoir il y a 25 ans restent très influents.» Y compris l'ancien président Efraín Ríos Montt, dont la dictature, en 1982 et 1983, a donné lieu à une des périodes les plus sombres et les plus répressives de l'histoire du pays.

Avec le résultat qu'aucun des principaux cerveaux des massacres et des actes génocidaires commis contre les Mayas dans les années 80 n'a été traduit en justice à ce jour.

Le documentaire engagé de M. Bergeron, intitulé En toute solidarité et présenté en première hier soir au cinéma Beaubien, éclaire ce désolant état des lieux en décrivant la lutte des défenseurs guatémaltèques des droits de la personne pour exhumer les morts et la mémoire. Une lutte qu'il serait autrement plus difficile de mener, plaide le documentaire, si ce n'était du soutien des accompagnateurs internationaux, tant la répression demeure féroce au Guatemala.

Méritoire, le travail d'accompagnement. En 1992, le Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG) voyait le jour avec mission pour ses bénévoles d'aider des centaines de Guatémaltèques réfugiés au Mexique à rentrer chez eux. Cette mission s'est transformée et élargie depuis 1998: en collaboration avec d'autres ONG étrangères, surtout européennes, le PAQG assure maintenant une présence internationale lors de l'exhumation de fosses communes, accompagne des syndicalistes et des militants des droits de la personne dans leur travail, rend régulièrement visite à une centaine de «témoins du génocide» habitant un peu partout dans le pays. Aussi, ses bénévoles sont en quelque sorte des gardes du corps: la présence étrangère joue un rôle dissuasif auprès de ceux qui, à l'abri des regards internationaux, céderaient plus facilement à l'intimidation et à la répression.

En toute solidarité, dont le PAQG a parrainé la réalisation, sera par la suite présenté au deuxième Festival de films sur les droits de la personne de Montréal, qui se déroule fin mars.