Nicaragua - Le défi de Daniel Ortega

Daniel Ortega en compagnie du secrétaire américain à la Santé, Michael Leavitt.
Photo: Daniel Ortega en compagnie du secrétaire américain à la Santé, Michael Leavitt.

Managua — Le sandiniste Daniel Ortega a repris hier ses fonctions de président du Nicaragua, un retour au pouvoir — perdu il y a 16 ans — sous le signe de la modération avec des festivités en présence d'antiaméricains notoires et des alliés latino-américains de Washington.

Les cérémonies à Managua ont été précédées d'un coup de théâtre: le président américain George W. Bush, qui avait tout fait pour empêcher l'élection de M. Ortega, ancienne bête noire des États-Unis, lui a téléphoné lundi pour le féliciter et annoncer sa disposition à la coopération entre les deux pays. Une «conversation positive», selon Daniel Ortega.

Mardi, Michael Leavitt lui a proposé de vive voix, lors d'une rencontre en tête-à-tête, de «maintenir une bonne relation». C'est Daniel Ortega lui-même qui avait proposé à Washington, au lendemain de sa victoire, des «contacts formels». L'homme a changé. Après trois défaites électorales (1989, 1996 et 2001), le marxisme a disparu de son vocabulaire. Ses années d'opposition l'ont vu pactiser avec la droite nicaraguayenne, notamment pour se répartir des postes à la tête des institutions de l'État. Et ce sont les récentes divisions de cette même droite qui lui ont ouvert un boulevard électoral le 5 novembre.

Étaient présents aux cérémonies les amis antiaméricains de Daniel Ortega comme les présidents du Venezuela, Hugo Chávez, et de la Bolivie, Evo Morales, ou encore le premier ministre libyen Mustafa el-Qarubi. Le mentor de Daniel Ortega, le président cubain Fidel Castro, sera absent pour cause de maladie, mais également les dirigeants les plus pro-américains d'Amérique latine, comme les présidents Alvaro Uribe, de Colombie, Felipe Calderon, du Mexique, et ceux d'Amérique centrale.

Les États-Unis ont envoyé le sous-secrétaire d'État pour les Affaires continentales Thomas Shannon et le secrétaire à la Santé Michael Leavitt.

Élu pour cinq ans, le nouveau président d'un des pays les plus pauvres du continent latino-américain devra, sur le plan intérieur, composer ou trouver des alliances avec un parlement qui lui est défavorable et doté de nouveaux pouvoirs de contrôle sur l'exécutif.

Le parti de M. Ortega, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), n'a pas la majorité nécessaire pour voter les lois et encore moins la majorité qualifiée pour modifier la Constitution.

L'intronisation, devant un tel aréopage politique, de celui que les Nicaraguayens appellent familièrement Daniel met en évidence le jeu d'équilibriste que devra réussir le nouveau président s'il veut, comme il le dit, «sortir coûte que coûte le pays de la misère».

Depuis des mois, s'il promet la fin du capitalisme sauvage, le leader historique du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, gauche) assure qu'il respectera le traité de libre-échange centre-américain signé avec les États-Unis en mars 2006, qu'il est prêt à négocier avec le Fonds monétaire international et souhaite maintenir de bonnes relations avec Washington.

Avant même sa prise de fonctions, M. Ortega a choisi comme ambassadeur aux États-Unis un intellectuel de centre droit et ancien opposant du FSLN, Arturo Cruz. Une attitude qui semble avoir porté ses fruits puisque le président George W. Bush a passé un coup de fil à son nouvel homologue nicaraguayen en début de semaine pour lui proposer de mettre de côté le passé et d'oeuvrer pour le bien-être du Nicaragua.

«Les sandinistes continueront dans cette voie, en tout cas dans un premier temps», estime Alberto Aleman, journaliste au quotidien La Prensa, numéro un du pays. «Le Nicaragua est totalement dépendant des investisseurs étrangers et surtout de l'aide internationale, qui représente un tiers de son budget. Ortega ne peut pas nationaliser des pans entiers de l'économie comme le tente actuellement son ami Chávez. Mais le Venezuela fera de plus en plus pression sur Managua pour qu'il suive sa ligne radicale.»